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Les absents ont toujours tort de revenir. ||R.||

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MessageSujet: Les absents ont toujours tort de revenir. ||R.|| Ven 7 Aoû - 23:33


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    J’ai soif de vengeance. Arrachée à ma terre par la force, j’ai cru mourir, enfermée dans cette cage humide. Le souvenir de ses murs ternes, de son sol froid, de ses barreaux gris, de ce matelas troué, de son obscurité et de son inconfort n’est que rancune. Seules ses chimères que j’espère prémonitoires retenaient la folie qui me guettait alors. J’ai vécu dans une maison sans toit, dormi dans un lit sans couverture, été contrainte d’asservir mon sang au sombre dessein de l’ennemi et vu mes proches, comme Kallista, me nourrir de l’illusion du réconfort, du mensonge de l’amitié pour que perdue, je trahisse les miens. Pauvre enfant. S’imaginait-elle seulement que ma derrière rencontre avec le maître de sa maison fut houleuse et douloureuse ? Devinait-t-elle que je claquai la porte de son bureau dans la contrariété pour devenir la prisonnière d’humains et sorciers quelques heures plus tard ?

      ___ Flash Back

      Dans un bureau isolé du reste d’une maison trop grande, dans cette pièce oubliée de chacun, deux âmes vampiriques s’entendent, s’écoutent et partagent leur complicité dans quelques pas de danses. Elle, que l’on nomme Irina, ternit sa beauté par des iris inquiètes et s’apaisent aux bras et aux mots de son sauveur. Lui, appelé Alexey, ruse pour qu’elle sourit et noie ses sincères efforts dans la susceptibilité maladive de son interlocutrice. Comment peut-il prétendre qu’elle est en sécurité quand, ces nuits d’épouvantes, il ne prétend quitter les bras de sa maîtresse sorcière pour réconforter sa muse épouvantée ? Quelle est donc cette mauvaise foi récente qu’elle ne lui reconnait pas ?

      Ulcérée, les pupilles cuivrées de la musicienne s’écarquillent de surprise et se dilatent d’agacement. Prétendre que sa sûreté l’emporte sur sa concupiscence n’était certes pas très malin mais, ajouter qu’il serait malsain qu’il veille sur son sommeil à ses côtés quand elle aimerait, une fois seulement, s’endormir sans craindre ce récurrent cauchemar, c’est beaucoup trop pour ses humeurs.


      « Indécent ? Ce serait indécent de me veiller quand je rêve de dormir juste une nuit avec la certitude que mes cris seront étouffés par ta présence. Que je ne réveillerai pas Saskia,… que je n’effrayerai pas tous nos hôtes camarades à cause des cernes noires sous mes yeux. Tu….trouves ça indécent toi ? Foutaises. Le bon terme c’est gênant mon cher. Je te gênerais cette nuit-la car tu ne pourrais recevoir ta petite Charlotte. Mais est ce que tu te rends compte de ce que tu dis ? »

      Elle hausse le ton, le repousse même de ses bras fins et ajoute, non sans irritation :

      « Je n’aurais jamais imaginé qu’elle compterait plus que moi un jour… »

      Elle a envie de sortir, de quitter ce bureau en claquant la porte mais, suspendue à ses lèvres, elle espère une explication et souhaite qu’il la détrompe.

      ___ Flash Back


    L’évocation de ce souvenir me laisse un gout saumâtre. Si mon incarcération fut insoutenable, mon exil m’est intolérable puisqu’il persiste encore. Chaque jour, j’entends ses conseils, ses consignes d’homme déterminé. Je bois chacun de ses mots comme d’antan où je cueillais à ses vocables le fruit du réconfort. Il a du cœur au ventre et je le déteste un peu plus encore. Peine-t-il seulement à mon absence ? Dieu que je regrette nos heures complices quand, d’un pas, je pourrais l’approcher. Ô, fierté mal placée, mécanique de mon cœur et frein à mes choix, cesseras-tu un jour de me torturer ? Las et blasée, je quitte les hangars pour ce cimetière où je me nourris d’impétueux adolescents en cherche de frissons. Ils sont victimes de ma rancune avide. Il mérite de mourir, de souffrir et d’être vidé de chaque goutte d’hémoglobine coulant dans leurs veines. Tressés, mes longs cheveux noirs flottent au vent dégagé par ma vélocité. Qu’il est bon d’être à nouveau soi.

    Bien cachée derrière la pierre tombale d’une certaine Becky Sanders, mes sens en alerte épient le mouvement d’un buisson, flaire l’arôme capiteux du sang chaud et frais d’un être humain mais n’entend rien. Quel vampire est assez fou pour chasser sur mon terrain ? Folle de rage, je jette ma discrétion aux oubliettes, assaillant l’audacieux vampire aux réflexes aiguisés. Il arrête mon geste sans l’ombre d’un effort et un grognement sourd s’échappe de ma poitrine quand mes lippes se retroussent sur mes canines étonnamment blanches. Ai-je manqué de vitesse ou ma proie est-elle émérite de chasse ? Qui est-elle ? Jusqu’ici aveuglée par ma colère, mes pupilles inquisitrices répondent à ma curiosité, dévoilant mon phare éteint. Mon cœur rate un battement, accélère sa cadence et mon poignet tremble sous ses doigts. Stupéfaite, je souffle dans un mélange d’émotions indéfinissable son prénom. Quels dilemmes. Je suis déchirée entre l’envie de lui cracher mon venin, le regret que mon attaque soit avortée et le désir d’avouer dans une accolade comme il m’a manqué. Mes lèvres vermeilles s’ouvrent et se referment frénétiquement quand mes vocables restent écroués à ma jugulaire.


Dernière édition par Irina A. Andropov le Sam 8 Aoû - 2:52, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les absents ont toujours tort de revenir. ||R.|| Sam 8 Aoû - 2:39

    J’ai fais des promesses. J’ai pris la responsabilité de les tenir de mon mieux, parce que je m’en sentais capable. J’étais fort. J’étais sage. Ou tout du moins, mon entourage me donnait l’impression de l’être. Ils m’aimaient. Ils appréciaient m’entendre leur dire quel était notre but. Et lorsque l’un d’eux défaillait, j’étais toujours là pour le remettre dans le droit chemin. Seulement… Je n’avais été que l’agréable araignée qui tissait une toile de mensonges. J’étais fort, foutaises. J’étais sage, foutaises. Je n’étais rien sans eux. Rien sans elle. Comment aurais-je pu continuer à jouer le rôle du parfait protecteur sans l’être qui monopolisait toutes mes marques de réelle affection ? Délicate poupée de porcelaine… Je l’avais perdue par quelques mots malencontreux. Néanmoins, au plus profond de mon être tortueux, je ne pouvais m’empêcher de songer qu’elle n’avait pas tort. « Je n’aurais jamais imaginé qu’elle compterait plus que moi un jour… » Cette phrase, dite avec la voix si douce de ma perle rare, prononcé avec une haine et un dégoût déformant ses traits parfaits m’avait détruit. Moi qui n’avais toujours désiré que sa protection, son bien-être, je m’étais rendu compte – Ô combien trop tard – que je n’avais fais que la blesser, encore et encore. Puis ma petite fée avait prit la poudre d’escampette, laissant sa fureur de chaton éclater contre la porte qu’elle claqua violemment. Je n’avais pas eu le cœur de la rattraper. Le courage m’avait fait défaut que d’affronter ses pupilles ardentes.
    Et cela fut ma deuxième erreur. Je n’aurais pas dû la laisser s’en aller, même si en faisant ça j’aurais récolté des coups de griffes ravageurs ainsi qu’une haine éternelle. Qu’importe. Qu’importe sa haine lorsque j’aurais pu la sauver de ces deux années de souffrances. Qu’importe l’ignorance dont elle m’aurait affublé si j’avais pu faire en sorte que son cauchemar ne devienne jamais réel ! Mais malgré sa disparition, je dû garder mon poste de chef des Andropov… Et en endosser un nouveau, encore plus lourd sur mes épaules. Quelques jours avant la Guerre qui allait éclater, Lokhyan m’avait rejoins dans mon bureau. Il avait un air fatigué que je ne lui avais jamais vu, ses traits étaient tirés à l’extrême.
    « Si jamais il devait m’arriver quelque chose, tu devrais faire en sorte que le monde des Vampires continue d’avoir un Chef, Alexey. Et ce Chef, ce serait toi. » Bien entendu, je n’avais tout d’abord pas accepté sa proposition.

    Être le patriarche de ma propre famille me suffisait entièrement, je n’avais que faire du reste des Vampires. Qu’ils restent à la botte de Dewitt s’ils le désiraient, qu’ils restent tout aussi sanguinaires les uns que les autres si cela pouvait les garder loin de Moscou. Loin de ma Russie. C’était sans compter les talents d’orateur de mon vieil ami, ses capacités à pousser quiconque à le rejoindre. A épouser sa cause. Je n’étais pas faible de volonté à ce point mais je succombais à ses paroles flatteuses, nostalgiques pour lui promettre que je ne laisserai pas nos semblables sans un phare. Mais à l’époque, la probable mort de Lokhyan était telle une chimère. Je n’y croyais pas. Je ne pouvais pas croire qu’un jour, il disparaîtrait. Il était bien trop malin pour ça, bien trop doué dans sa sauvagerie. Bien trop lui. C’était le parfait Prédateur. Et pourtant… Pourtant, la Guerre éclata. Une Guerre si différente de celle que j’avais connu que je ne l’avais pas sentie venir… La Guerre des mensonges, des tortures et des kidnappings. La Guerre des Lâches. Irina ayant disparu, je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même. Alors, je conduisis le reste des miens loin de notre ville russe. Direction Londres…
    Nous fûmes traqués. Enlevés par masse. Torturés. Et je n’échappais à cela que grâce à la vigilance des autres Immortels dont j’avais pris le commandement. Une fois, particulièrement, je failli y laisser la vie. Mon salut je le dois à du sang. Pas du sang d’animal, ni du sang extrait d’une artère battante d’un homme mais le sang de vampires. Ils me l’offrirent afin de permettre ma survie et mon rétablissement. Je leur dois la vie… Et tellement plus. Néanmoins, ce soir, je ne pense plus à cela. Ce soir, je chasse le Spirit. Accompagné de deux autres prédateurs, deux mâles, nous fonçons de notre vitesse si époustouflante. Depuis que j’ai arrêté le traitement d’Edyard, je retrouve les avantages à être puissant, vif, immortel. Cela me grise parfois, mais la raison l’emporte sur la bête qui sommeille en moi. Toujours. La nuit camoufle notre sortie, les nuages empêchent la Lune de darder notre peau marbrée de ses rayons lumineux. De toute façon, nous sommes vêtus de noir afin de ne pas alerter le commun des Mortels avec nos éclats digne des plus beaux diamants. Une erreur est si vite arrivée…


    « Chef ? Ce sont eux. »

    Je secoue nerveusement la tête pour reprendre le fil de mes esprits. Il ne faut pas que je sois distrait. Nous allons tenter de sauver l’une des nôtres qui s’est faite capturer quelques heures plus tôt. Un éclair de chevelure rousse. C’est elle. Perchés en haut de l’immeuble, nous observons le quatuor de Sorciers s’éloigner vers une ruelle un peu trop sombre en compagnie de la jeune femme. Nos membres fléchissent. D’un geste flou de la main, je lance le signal. Nous sautons, nous rapprochons, et nous fondons sur ces quatre êtres humains qui allaient commettre un meurtre. La Vampire rousse qu’ils retenaient tombe au sol, elle est encore en vie, je le sens, mais plus pour longtemps. Qui sait ? Nous arrivons peut-être trop tard. Un Avada Kedavra fuse. Je l’évite fiévreusement. Un choc sourd derrière moi m’indique cependant que l’un de mes compagnons n’a pas eu ma chance. Mes iris s’obscurcissent brutalement alors que je saisis deux Sorciers par le cou. Je voudrais leur faire payer au centuple ce qu’ils avaient fait à Ava, la rouquine. Mais nous n’avons pas le temps. Nous n’avons jamais le temps. Je brise le cou du premier et me force à boire le sang du deuxième. C’est encore chaud. Epais. Le goût du fer emplit ma bouche.
    Cela me révulse. J’ai envie de recracher ce liquide vermeil tout comme je brûle de désir de vider cet homme jusqu’à la dernière goutte. Mais je jette le cadavre – pas si mort – contre le mur le plus proche, entendant avec satisfaction les os craquer. Sa colonne vertébrale est en morceaux. Malgré moi, un sourire sadique se peint sur mes lèvres encore rougies que j’efface bien vite en reprenant mon sérieux. Ava est en piteux état. Des marques de lacérations ornent son corps de déesse, et sa chevelure de feu est emmêlée par le sang. L’un de mes acolytes souffrait lui aussi, celui qui n’avait pas réussi à éviter le sortilège. Pernan. Je pris la frêle Vampire dans mes bras, tandis que mon second compagnon épaulait son ami. Nous avions massacrés quatre sorciers. Mais à quel prix…


    « Rentrons. » ordonnais-je d’une voix grave, aux accents veloutés.

    Une demi-heure plus tard, j’étais de nouveau seul. Si j’écoutais mes semblables, mon statut de nouveau chef ne me permettait pas de sortir en solitaire et pourtant je le faisais. Je ne pouvais pas rester les bras croisés alors que j’avais tant sur la conscience. Irina. Irina. Ce prénom hantait mes pensées… Si j’avais encore la capacité de dormir, son visage hanterait mes nuits. Irina, qu’ai-je fais ? J’avais tant fais pour la protéger, et aujourd’hui elle n’était plus là. Pourtant, mes recherches secrètes sur sa position étaient restées vaines. Mes pas incertains me mènent jusqu’au cimetière. Quelle heure est-il ? Comme je n’ai pas de montre, je lève la tête vers ce ciel brumeux. Mes yeux aguerris aperçoivent l’éclat de la Lune brièvement ; pas loin de deux heures du matin. Si ce n’est plus. Alors que le flux tortueux de ma culpabilité m’entraînait de nouveau, mes instincts de prédateur captèrent un mouvement offensif. Automatiquement, mon corps réagit. Mes mains pâles se tendirent pour attraper les poignets de mon attaquant, les serrant sans toutefois briser leurs os. Mon regard – qui tirait désormais plus sur le carmin avec des filaments dorés – s’arrêta sur ce visage. Je le reconnaissais. Je ne pouvais pas l’avoir oublié. C’était elle. Un mirage ou la réalité ?
    Une lueur vengeresse restait allumée dans ses iris profonds. C’est la raison principale qui me poussa à ne pas défaire mon étreinte, à ne pas l’enlacer comme je l’aurais désiré. Son parfum sucré et si doux me monta au nez telle les effluves d’un met interdit. Elle sentait toujours aussi bon l’innocence, pourtant je me doutais que sa vie n’avait pas dû être rose ces deux dernières années. A vrai dire, je me fichais du passé. Je la dévorais des yeux, redécouvrant son visage qu’il m’avait tant plu autrefois, redécouvrant la finesse de ses traits parfaits. Sa fragrance, aux milles et une odeurs m’envahissait entièrement. Précautionneusement, je fis deux pas vers elle tout en maintenant ses mains éloignées de moi ; elle avait l’air prête à me griffer, m’enlacer, me crier dessus, toutes ces choses à la fois.


    « Irina… Irina, tu es en vie… »

    Je devais avoir l’air pitoyable, moi le grand Alexey Piotr Andropov, chef de tous les Vampires. Je tremblais faiblement d’émotion, ma voix si irrésistible avait de la peine à se faire entendre, et ma force faiblissait peu à peu.

    « Irina, pardonne-moi mes fautes… »

    Incapables de la retenir plus longtemps, mes mains relâchèrent ses poignets alors que ma tête se baissait. J’étais heureux de la retrouver, certes, néanmoins sa haine ne signifiait rien de bon. Tendre, douce Irina… Si le passé pouvait être effacé, je donnerai tout ce que je possède pour que tu oublies cette peine. Je voulais la serrer contre mon corps de pierre, mais mon courage m’avait encore une fois délesté. Traître.








      « Celui qui se transforme en bête,
      Se délivre de la souffrance d'être un Homme
      »


      [Terry Gilliam]
      Extrait de Las Vegas Parano
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MessageSujet: Re: Les absents ont toujours tort de revenir. ||R.|| Sam 8 Aoû - 15:39

    Si je n’étais pas prisonnière des paumes de cet inconnu vampire, sans doute aurais-je récupérer de mon index un peu de l’arôme subtile du sang restant à ses lèvres. Pourtant, la délicate poupée, arroseur arrosé, baisse petit à petit la garde de stupéfaction. A me retrouver si proche de ce corps de marbre, j’en perds mes moyens. Je considère les traits de mon bourreau et j’en reconnais les expressions. Comme Jadis, l’abîme caramel de ses grands yeux brûle les miennes, plus sombre que le charbon mais, au demeurant aveuglante de rancune.

    « Lâche-moi. Lâche-moi je te dis. » hurlais-je de toute mes forces, qu’il cède à mon caprice. « Et puis, bien sûr que je suis en vie. Qu’est ce que tu t’imaginais ? Que j’étais morte comme un chien sans maître, au milieu de la toundra quand tu roucoulais avec Dieu sait qui ? »

    De mon exode auprès de Charlotte, jamais je n’osais la questionner sur Alexey si bien qu’aujourd’hui, je ne sais si mon mentor lutta avec bravoure ou s’il oeuvra de chair loin des tumultes de la guerre. Rampante à sa porte, je mourrais d’une overdose de ce traitement d’Edyard que m’administraient en surdose les sorciers volant mes entrailles. J’avais besoin d’elle pour survivre. J’avais besoin du sang qu’elle me sacrifiait pour tenir debout quand il m’en manquait tant. Le respect et la reconnaissance que m’inspirait ce vampire suffirent à taire ma curiosité. Jamais je ne prononçai ces prénoms : Lokhyan ou Alexey. Mon ignorance s’est donc nourrie de mes ressentiments, prêtant une aventure torride à Alexey à mes heures les plus noires.

    « Ca t’aurait sans doute donné meilleure conscience de me savoir morte quand tu mènes les vampires à la guerre sans te soucier de mon sort. Mais tu vois, je suis bien la. Et je n’ai pas eu besoin de toi. Tu es la dernière personne que j’espérais croiser dans ce cimetière. Alors, je t’ordonne de me lâcher et de me laisser partir avant que j’agisse de façon inconsidérée. »

    Je fronce les sourcils, peinée de déchiffrer à ses traits, sa stupeur et sa dévotion quand il s’avance vers moi timidement, captive de sa force. A chacun de ses pas, je recule, endiguant ma course pour me débattre encore quand il se confond en excuse. Lui pardonner ? Lui pardonner sa désertion ? Il m’a laissée, là, en déroute au milieu du tapis arabe de son bureau, ébahie par ce silence me confessant son choix. Qu’a-t-il tenté pour me détromper quand je claquai la porte ? Qu’a-t-il éclairci pour me retenir ce soir-la ? Je le priais pourtant. Offerte en pâture à ses confessions sur l’echafaut, Je demeurais plaintive et suppliante, pour qu’il déjoue le sombre plan de ma confiance fuyante. Il négligea mes grands yeux noirs, parcimonieux d’y déchiffrer leur doléance. Et aujourd’hui, quand j’appris contre mon gré à survivre sans ses mains pour porter mes fardeaux, il m’implore de blanchir son âme de sa culpabilité. Quel culot. A-t-il guéri la mienne quand j’étais seule ?

    Ma beauté est déformée par la colère et je peste contre ce monde cruel qui, d’assauts injustes et égoïstes, laminèrent les restes de cette miséricorde mortelle savamment préservée, au temps de Moscou, par Alexey. Fière et altière, je le toise de mon œil le plus mauvais. Son timbre mesuré aux accents tragiques m’inspirent l’indulgence mais, je me soupçonne incapable de douceur, incapable de reposer à nouveau ma tête sur son épaule, sensible à sa patte de velours.

    « Va au diable. Etouffe-toi avec tes excuses.» m’écriais-je en me dégageant avec fougue de ses doigts pris sur mes poignets. « Tu n’espères tout de même pas que je vais te sauter au cou en te criant ma joie de te savoir en vie. Je suis étonnée que tu te souviennes encore de mon nom Moi, je savais que tu étais vivant. Je t’entends tous les soirs nous parler de liberté, de bataille et de solidarité. Toi et moi, nous savons que tu n’es pas capable de tenir ce genre de promesse et tu nous les confies comme si elles étaient évangiles. Je mène ma propre guerre à présent. Une guerre où tu n’as pas ta place Alexey.»

    Où était-il quand je criai à l’aide, emportée par la magie de sorcier malintentionné ? Veillait-il sur moi quand je tablais sur son affection pour qu’il me sauve ? Avec qui était-il lorsque je me languissais de voir son ombre barrée par les bâtons de fer rigide et froid de ma prison ? A qui pensait-il quand je rêvais d’évasion et de terre d’asile pour que mes prémonitions taisent son image ? Il peut bien baisser la tête, ce lâche, il m’a laissé pour compte.

    « Traître. Tu m’as abandonnée. Tu les as laissé me prendre quand j’étais sans défense par TA faute. J’ai suivi tes conseils, j’ai suivi le traitement, j’étais sans défense mais je comptais sur toi pour me sauver. Tu m’as si souvent auguré ta présence. J’ai compté sur toi mais tu n’étais pas la…tu n’es jamais venu….tu n’étais pas avec moi pour me sauver tandis qu’on me tuait à petit feu.»

    Agitée de tremblements incontrôlables, mon corps se détend légèrement et mon cœur me semble plus léger quand, au paroxysme de mon ire, mes poings s’abattent tour à tour et sans cesse, sur le torse de pierre d’Alexey. Je suis secouée de sanglots sans larmes et suis trahies par les tremolos de ma voix claire de soprano. Certes, je souffre toujours. Je souffre du mal de l’absence et de la trahison et malgré tout, m’assécher de mon saoul comme brailler mes griefs me soulage un peu. Je sais, c’est inutile. Mes plaintes et mes complaintes ne me rendront pas ma sérénité. Je suis devenue une instable à l’instinct animal plus exalté que jamais mais au moins, réveillent-ils les débris de mon humanité cachée au cœur même de mes traumas.
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MessageSujet: Re: Les absents ont toujours tort de revenir. ||R.|| Dim 9 Aoû - 2:41

    La peine que ressentait celle qui fut autrefois l’unique protégée de mon cœur me blessa. Autant qu’autrefois ses mots m’avaient brûlés, aujourd’hui, ils me détruisaient. Avec la précision d’une chirurgien. Avec la vitesse d’un javelot de Sparte. Avec la dureté du marbre dont nous sommes faits ; je mourrais. Mes yeux étaient aussi secs qu’à l’habitude, mais ils auraient versés des larmes ensanglantées s’ils l’avaient pu. Je serrais fortement mes mâchoires puissantes, laissant le venin qu’elle me crachait me parcourir. Il s’insinuait en moi, courant dans mes veines tel un poison qui – j’en étais sûr – allait éternellement vivre en moi, et m’affaiblir jusqu’à ce qu’un beau jour je ne puisse plus lui résister. Et elle parlait, elle parlait, comme si sa vie en dépendait. Non, plutôt comme si elle avait attendu ce moment depuis ces deux ans de séquestration. La surprise vola sur mon visage lorsqu’elle parla de mes aventures, lorsqu’elle affirma que j’aurais certainement eu la conscience plus tranquille si elle était morte. Comment pouvait-elle oser dire ces phrases blessantes, en me regardant dans le blanc des yeux ? En les pensant vraiment ? C’était injuste. Je lui avais tant donné ! Je n’avais jamais voulu la brusquer, jamais désiré l’entraîner sur ce terrain dont elle semblait avoir peur, et aujourd’hui, c’était tout juste si elle ne me le reprochait pas ?
    Puis ses petits poings, si faibles en comparaison de la force que j’avais retrouvée, me frappèrent de toutes leurs maigres forces. Une, deux fois. Les bruits sourds se répercutaient dans mon torse, tels des battements de tambours. Ils résonnaient toujours plus fort tandis qu’elle se mettait à sangloter, sans qu’aucune perle d’eau salée ne vienne rouler sur ses joues diaphanes. Longtemps, j’avais cru qu’elle me comprenait, qu’elle était la seule à voir qui j’étais réellement. Et là, je me trouvais face à une chatte en furie. J’étais plein de remords, certes, mais cela ne justifiait pas que je ne réagisse pas à ses accusations. Oui, j’avais fais des erreurs : mais non, je ne les avais toujours pas acceptées au plus profond de moi-même. Et, comme cela m’arrivait de plus en plus régulièrement, la rage prit momentanément le dessus. Un grondement rauque déchira ma gorge ; mes mains vinrent de nouveau emprisonner ses frêles poignets et je la repoussai. Brutalement. Fermement. Mais avec une certaine douceur en réserve. Je ne voulais pas la brusquer, juste qu’elle arrête de me crier dessus, qu’elle essaie de retrouver un peu de cette sérénité dont elle semblait faite au temps de Moscou.


    « Arrête. Arrête, Irina ! » lui intimais-je, mon regard recherchant le sien.

    Une odeur était mélangée à la sienne. Subtilement cachée parmi celle de tous les autres Vampires qu’elle avait fréquenté ce soir. Une fragrance que je ne pourrais jamais oublier ; le sang, la passion dévorante. Charlotte. Ainsi, elle lui avait rendu visite ? Depuis combien de temps ? Je me collais soudainement contre le corps de pierre de celle que j’appelais autrefois – dans mes pensées – ma petite fée. Ma muse parue surprise. J’inspirais profondément les moindres effluves dont elle pouvait disposer ; la senteur ferreuse de l’hémoglobine humaine, les exhalaisons de tous les Éternels rassemblés dans les Hangars, et Charlotte. Encore Charlotte. Toujours Charlotte. Son arôme embaumait mes sens maintenant que je l’avais détecté, annihilant celui d’Irina. Cela faisait longtemps, peut-être des mois qu’elles se fréquentaient. Un rictus de dégoût déforma mes lèvres. Je m’éloignais un peu trop violemment d’elle, la relâchant par la même occasion. D’un côté, je lui en voulais, à Leonhart de m’avoir caché ça, et de l’autre, c’était à ma Moscovitch que j’en voulais. Pourquoi avoir tant tardé ? Ne savait-elle pas que je… Non, elle ne pouvait pas savoir que je l’avais recherchée pendant ces deux longues années, car je n’en n’avais parlé à personne. J’avais tout fais tout seul, c’était à l’époque un sujet qui me tenait bien trop à cœur pour que je consentisse à y envoyer d’autres Vampires. Un sourire méprisant tordit mes traits. J’étais si calme, dans le temps… N’étais-je donc devenu qu’un animal traqué ? Méfiant et colérique, tel Lokhyan ? Je refusais de le penser, de le croire. J’étais encore moi… Même si j’avais quelque peu changé.


    « Et c’est moi le… Comment as-tu dit déjà ? Le ‘traître’ ? J’ai ma part de responsabilité dans ce qui t’es arrivé. J’en ai conscience, et je n’ai jamais cherché à oublier mes fautes à ton égard. Mais tu oses me traiter de traître alors que ces deux dernières années, je n’ai fais que te rechercher à travers tous les pays ? »

    Mes iris virèrent à un noir abyssal. La colère prenait le pas de manière affolante.

    « Ne parle pas de ce que tu ignores, petite fille, veux-tu ? »

    Je me sentais prêt à la bousculer tant l’adrénaline – inexistante en réalité – m’excitait. Alors, je me forçais à faire des pas afin de me calmer. Dix dans un sens, dix dans l’autre. J’avais la rigidité d’un automate ; tel ce pauvre soldat de Casse-Noisette, je me laissais emporter par le courant, mon corps de bois ne me donnant la capacité que de flotter, pas d’y résister.

    « C’est toi qui me parle de traîtrise alors que désormais tu te terres aux côtés de Charlotte, celle que tu semblais tant haïr ? Tu penses sincèrement que j’étais allé me consoler dans les bras d’autres femmes alors que je t’avais perdue, ma Muse ? Non, tu n’as jamais moins compté qu’elle. Et pourtant elle sait depuis plus longtemps que moi que tu es en vie, et libre. Alors quoi ? Tu penses que je vais attendre sagement que ta colère se soit évaporée, que tu veuilles bien revenir vers moi ? Je t’ai recherché avec une hargne dont tu ignores tout ! Tout, tu entends ! Tu… Je… »

    Les mots n’arrivaient plus à sortir, tant ma gorge était serrée. Plus je parlais, plus je m’énervais contre elle. Je perdais les pédales. Ce contrôle que j’avais mis tant de temps à perfectionner s’effilochait entre mes doigts pâles.

    « Ne. M’approche. Pas. » réussis-je à articuler entre mes dents serrées.

    Vitesse vampirique. Force surhumaine. L’arbre s’effondre en gémissant. Je n’ai pas pu refouler ma colère bouillante. Les bras ballants, j’observe le cadavre végétal gisant à mes pieds. Cela ne passera pas inaperçu parmi les Mortels. Je devrais m’en débarrasser, avant de quitter les lieux. Ma respiration hachée me permet d’enfin soulever le brouillard qui m’empêchait de penser clairement. Ma voix de velours s’élève, si basse en comparaison des éclats que je laisse percer dans la nuit précédemment.


    « En ton absence, j’ai souffert moi aussi. Mais je devais être fort, pas pour moi, ni pour tous les autres qui attendaient un Chef, mais pour être capable de te sauver si j’arrivais à retrouver ta trace. Ces sermons que tu entendais, nous avons besoin pour ne pas perdre espoir. J’en avais terriblement besoin depuis que tu n’étais plus là. Alors… Je préfèrerai ton indifférence à ta colère, car cela signifierait que tu n’as pas perdu cette parcelle d’humanité que j’affectionnais tant… »

    Je soupire fortement, puis inspire longtemps. Les gestes mécaniques d'une vie humaine désormais oubliée. Il me faut retrouver le courage. Pas de lui parler, mais de partir. Je ne sais plus quoi dire désormais. Je m’étais attendu à tout, aux pires scénarios, sauf à celui-ci.

    « Tu peux continuer à venir, si tu le souhaites, je saurais au moins que tu vas bien. Je vais me débarrasser de cet arbre, fais ce qu’il te plaît. Retourne te cacher dans les jupes de Charlotte si c’est réellement ce que tu souhaites, une place te sera néanmoins toujours réservée auprès de moi, tu le sais. Oh, et passe-lui mes respects. Ça fait deux ans que nous ne nous sommes pas adressés la parole. Que je n’ai adressé la parole à aucune femme. »

    C’était une façon détournée de lui signifier que non, je n’étais pas allé me consoler dans d’autres bras. Je n’étais peut-être pas un modèle, mais je ne lui avais pas menti. Son bien-être et sa sécurité primaient malgré tout. Je l’avais cherché ardemment, désormais elle était libre et apparemment apte à se débrouiller elle-même : je pouvais me noyer dans le sexe, si je le désirais. Cela n’aurait plus aucune importance, ni aucun impact sur personne.








      « Celui qui se transforme en bête,
      Se délivre de la souffrance d'être un Homme
      »


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MessageSujet: Re: Les absents ont toujours tort de revenir. ||R.|| Lun 10 Aoû - 1:40

    A ma rancune, je parle trop. Je lui bats mon fiel en plein visage comme un serpent cracherait son venin pour anesthésier sa proie. Mes reproches dépassent ma raison et calomnieuse, j’oublie ces valeurs qui comptaient tant pour nous, Andropov, ces jours heureux où notre guilde n’inspirait que force, respect et révérence. Nous avons, dans notre maison, reçu de prestigieux vampires comme de renommés sorciers tous éblouis par notre courtoisie et notre politesse. Nous recueillions leur sympathie tant nous dégagions cet amour des uns des autres. Que reste-t-il de nous aujourd’hui ? Que reste-t-il de notre alliance ? Que reste-t-il de mes sentiments confus pour le maître des lieux ?

      Alexey. Jadis, tu comptais plus que mon égoïsme, plus que ma suffisance et plus que ma désinvolture. Tu étais le quai de mon bateau ivre, la lumière de mon phare dans l’obscurité et le bâton de traverse pour affronter mon éternité. Tu n’étais que sourire, conseil et réconfort, qu’insouciance, indulgence et bienveillance. Alexey. Tu étais le paradoxe entre apprécier une vie éternelle à tes côtés et regretter une vie humaine aux inconnues sensations. Et maintenant, que représentes-tu encore ? Suis-je différente au point d’être trop mesquine que d’ordinaire ? Plus étranglée que de coutume ? D’autant plus invectives que d’habitude ? A la minute même où mes injures quittent mes lèvres, les remords m’assaillent et pourtant, je répands mon acrimonie avec violence, je t’ébranle sans scrupule d’amertume et de désarroi et je jubile étirant dans un sourire mauvais, presque dangereux mes lèvres vermeilles jusqu’à ce que tu troques cette mine contrite pour l’effarement et la surprise. Qu’ai-je bien pu alléguer de si ahurissant pour que tu me prives aussi brusquement de ton désappointement quand, claustrée dans cette cellule sans fenêtre, sans porte, sans intimité et surtout, loin de l’atmosphère rassurante du manoir Andropov, je rêvai à ton malheur, à ta souffrance et à ta culpabilité ? Alors, peux-tu réellement me blâmer d’avoir nourri d’illusion et puis de haine mes espoirs de délivrance ? Peux-tu me blâmer quand je suis vide de chimères loin de toi ?


    A présent, j’aboie pour qu’il réagisse, qu’il crie, qu’il me raisonne comme d’antan, qu’il ôte à mon esprit ce sentiment d’invulnérabilité au profit de cette fragilité confiée à lui seul ces soirs de grandes complicités où le timbre de sa voix grave berçait ces heures interminables où il me racontait ses fables. J’abats mes poings fermés sur sa poitrine, encore et encore, qu’il m’enchante à nouveau de sa présence, de son existence et de ses promesses, qu’il rappelle à mon bon souvenir comme je ne suis rien sans lui et comme il m’est si aisé de me noyer dans ses prunelles et dans ses bras. J’embaumerais des mots d’excuses du miel de mon affection, me serrerais contre lui et pesterais d’être incapable de verser une seule larme quand j’en aurais tant besoin.

      Alexey, mon cher Alexey, peut-il te rester un peu d’égard pour moi ? Pourras-tu seulement me guérir de cette souffrance corrompant ma nature ? Falsifiant mes sens ? M’assoiffant de vengeance ? Alexey, sois-toi et je m’allierai à ta cause, honteuse et repentante.


    Enfin, il m’exauce… Il réagit. Certes, je n’avais imaginé qu’il me chasse avec tant de poigne mais, si mon cœur est de papier, mon cadavre est fait d’albâtre. Je ne crains pas autant sa force que son indifférence et cette réplique physique serait d’ailleurs aubaine si elle n’était accompagnée d’une effrayante et inconnue lueur de rage au fond de ses iris cramoisie, d’un grommellement animal des plus inhabituelles, de ses paumes menottant encore mes poignets et son corps tendu et crispé poussé contre le mien


    « Alexey. Arrête. Tu me fais mal. » suppliais-je.

    Mais il est comme un animal flairant sa proie, humant l’arôme épicés de son met, imperméable au son de ma voix. Qui est-donc cet homme ? Je ne reconnais ni son regard tendre, ni ses mains câlines et j’avoue, il m’intimide assez pour que je respecte son ordre au silence. Je n’ai donc ajouté aucun mot, aucun reproche, aucune autre question, juste le bruissement de ma respiration heurtée par le soulagement qu’il me laisse à nouveau libre de mes gestes. L’inconnu aurait à sa guise pu me broyer les os. Dès lors, si j’ai perdu légèrement l’équilibre sous le poids de cette bousculade, si la stèle d’un défunt m’a retenue, cela m’est bien égal. Seul compte cette aversion profonde que je lui inspire.

      Est-ce moi qui t’écoeure ou mes propos osés ? N’as-tu donc pas compris que mon unique motivation est la vengeance et la rancœur ? Que j’espère bien plus qu’un « pardonne-moi » pour soulager mes bleus au cœur ?


    Retrouvant un peu de contenance et n’osant exprimer ma colère autrement que par mon mutisme, je frotte mes poignets douloureux avec douceur quand enfin, Alexey prend la parole. Il exprime avec une telle ardeur des aveux et des critiques si troublantes que j’en frémis. Ma chair se soulève et je reculerais encore de quelques pas tant il est emporté mais, émue par son inopinée révélation, mes lèvres dessinent égoïstement un imperceptible sourire sur mon visage et pourtant, je doute qu’il me faille me réjouir de cette confession alors qu’il tempête.

    « Calme-toi. Tu me fais peur.» admettais-je sans succès alors que je doute qu’il puisse m’entendre ou me voir. Il est aveuglé par cette rage possédant son âme ou son humanité. Il tourne comme un lion en cage, les pupilles assombries tel ce traqueur affamé qu’il est devenu. Tout mon être tremble comme une feuille, je recule de quelques pas, me cogne à ce même tombeau empêchant ma précédente chute quand, trop vampirique pour être Alexey, l’homme déracina un arbre centenaire qui s’écrasa à nos pieds dans une pénible complainte.

      Est-ce tout ce dont l’Irina meurtrie est capable par rancœur ? Réveiller ce que tu as de moins noble en toi ? Je suis perdue. Que dois-je faire ? Qu’es-tu prêt à entendre ? Si tu m’as recherché sans relâche, puis-je souhaiter que ton ire nait de ma propre trahison puisqu’a priori, m’abriter chez Charlotte te rend ivre de rage.


    De longues secondes me furent nécessaires pour retrouver l’usage de mes mains et de mes jambes. Effarée, je m’approchai méthodiquement de la démarche traînante d’une brebis apeurée. Le terrain est-il sûre à présent qu’il respire normalement, qu’il s’exprime posément, sans cri et sans hurlement ? Légères, je vacille à chaque pas, luttant contre cette peur qui me colle au cœur et au corps et cette envie de le fui. Doucement, chuchotant, j’annonce avec un semblant de sérénité :


    « Mes cauchemars n’ont rien d’anodins Alexey et je t’ai cherché dans mes rêves. Je t’ai cherché pour retrouver un peu d’espoir. Je ne voulais pas mourir mais, tu étais absent. Tu étais toujours absent. Tu désertais mes songes comme j’ai déserté ta vie. »

    Mon cœur palpite d’effroi et ma voix chevrotante est à peine audible mais, je progresse encore. .

    « J’ai cru que tu m’avais oublié et Kallista m’a raconté tellement de choses ignobles. J’étais si faible, faible et mourante, c’est dans le désir de vengeance que j’ai puisé assez de force pour me traîner à la porte de Charlotte. Elle m’apparaissait ces longues nuits sans fin où je dormais si profondément que j’en perdais le fil du temps. »

    Eprouvée par ce souvenir, je me tais quelques instants, cherchant un peu de paix et de réconfort aux pupilles du vampire puisqu’à présent, je tiens ma petite taille fièrement devant sa stature. Je soupire, malhabile aux confidences en ces heures troubles et baise la tête sur les doigts d’une main se mêlant nerveusement à ceux de l’autre quand soudain, audacieuse, j’hasarde ma frêle menotte vers la sienne, craintive et aux aguets d’un geste malencontreux.
    « J’ai cru…que tu étais avec elle. Je n’ai jamais souhaité pleurer mon sort à son épaule, je voulais survivre, rien de plus. Encore aujourd’hui, je m’interdis de prononcer ton nom en sa présence. Je me l’interdis car vois-tu, je n’ai jamais détesté cette femme. Bien au contraire, je la jalousais. Je convoitais son ridicule morceau de bois magique, sa beauté renversante, son âge avancé, son assurance et cette lumière qu’elle allumait dans ton regard. »

    Je ne ménage pas mon orgueil et si j'éludais la place qu'il m'offre toujours à ses côtés, c'est qu'il m'est pénible d'avouer je l'ai trop espéré pour y croire quand il m’avoue des secrets qui, au demeurant, ne me regarde nullement. Le deuil de ma disparition l’éloigna de toute présence féminine et l’idée d’avoir monopoliser ses pensées me réjouit. Quelle bassesse. Je ne suis pas très fière et pour dissimuler mon émoi, je reporte la discussion et mon attention sur le tronc de bois mort. Quel vampire pourrait le soulever seul sans détruire la vie d’autres adolescents le soir même en quête d’une énergie nouvelle ? Sans cette force herculéenne que seule l’ire peut animer, je doute que l’auteur de ce crime végétal puisse suffire à dissimuler l’épave de l'arbre à lui seul.

    « Ce saule. Il était presque aussi vieux que moi mais plus vivant que je ne le serai jamais plus. »

    Ce n’était pas à propos… Certes, mais au moins puis-je me réjouir de respecter encore une vie, aussi infime et impalpable soit-elle.
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MessageSujet: Re: Les absents ont toujours tort de revenir. ||R.|| Lun 10 Aoû - 3:23

    La voix d’Irina avait autrefois eu un effet apaisant sur mes humeurs. Les rares fois où mes nerfs étaient trop tendus, il suffisait que je l’écoute me parler de tout et de rien pour retrouver mon calme légendaire. Tout aurait pu rester simplement ainsi si seulement elle n’avait pas été enlevée. Si seulement le Spirit n’avait pas eu autant d’emprise. La peur des Humains, phénomène contagieux, s’était répandu à travers la planète. Si d'antan ils nous chassaient par dégoût ou par peur, aujourd’hui c’était par effroi qu’ils nous kidnappaient, recherchant notre sang si spécial pour se protéger de cette Entité malfaisante. Et maintenant… Maintenant, quoi ? Le Premier Ministre s’était fait envoûté, il avait décrété que les Eternels n’avaient plus leur place dans ce monde. Quel stupide petit bonhomme. Nous n’avons jamais eu notre place ici, parmi eux. Pas plus que le Spirit. Et pourtant, nous nous étions adaptés, pliés à leurs exigences. Pour la plupart d’entre nous. Et voilà comment ils nous remerciaient ? « Crédules Immortels, merci d’avoir joué les chiens de Cirque, maintenant, laissez-nous vous exterminer sans vous débattre. » J’avais beau être un Végétarien, un ‘Pacifiste’ comme certains nous surnommaient avec humour, je n’étais pas pour autant prêt à me laisser tuer sans bouger le moindre cil. Je me battrais, puisqu’ils en avaient décidé ainsi. Je devais au moins cela à Lokhyan. Lokhyan… Etait-il vraiment mort ou n’était-ce qu’une fable de plus qu’il s’était amusé à faire circuler ?
    Délicatement, la main d’Irina avait effleuré mon poignet sans que je ne frémisse. Cela faisait si longtemps. J’avais oublié à quel point sa peau était douce, particulière. Unique. Intérieurement, je frissonnais. Pourtant, son caractère était bien différent de celui qu’elle arborait lorsque nous étions encore à Moscou. Même si après son éclat de colère, ses mots se faisaient plus doux, je ne pouvais pas totalement oublier tout ce qu’elle avait eu le temps de me cracher comme venin avant que moi-même je ne puisse plus me contenir. Nous avions changés tout les deux. Trop, peut-être. Oui, c’était peut-être une conversion trop profonde pour que nous retrouvions notre lien si spécial ? J’aimerais espérer le contraire. Vraiment. Tandis qu’elle terminait de parler, je m’accroupis pour caresser du bout des doigts l’écorce du saule pleureur. On dit que les femmes en peine accrochaient parfois leurs cœurs encore battants, ensanglantés, aux branches de ce végétal ; que c’était pour cela que ces dernières penchaient autant. Je me plaisais à croire à cette histoire, digne des contes de bonne femme que j’entendais parfois dans mon enfance. Une pensée désolée vola vers cette mort que je venais de causer – une de plus à mon palmarès – tandis que je me relevais.


    « Tu n’avais rien à lui envier, Irina. »

    Le souffle d’un vent froid parcourut le cimetière. Peut-être apporterait-il la pluie. Une averse salvatrice, qui pourrait me laver de tous mes péchés. Oui, je l'écoutais parler, mais mes pensées étaient tellement éparpillées, tel un château de cartes offert au vent, que je parlais sans m'en rendre compte.

    « Je ne suis plus le Alexey que tu as connu. J’ai changé. Et je vois que tout aussi. Sache que j’aurais préféré me damner encore plus si cela aurait pu t’épargner les souffrances. »

    Mon long manteau s’enroulant autour de mes jambes, je me tournais alors vers elle. Mes prunelles avaient retrouvé leur éclat doré ; j’étais calme. Pour combien de temps cependant ? J’avais tendance à m’enflammer de plus en plus régulièrement. Je me plaisais à me rassurer en me disant que ce n’était que de la fatigue, seulement…

    « Dit-moi… »

    Emprisonnant son frêle menton dans mes doigts pâles, je relevais sa tête afin que nos regards auparavant si semblables, se rencontrent.

    « Je t’effraie, n’est-ce pas ? »

    Je n’attendais nulle réponse de sa part. Sa voix tremblante avait déjà murmuré que j’avais raison. Mon Dieu. N’étais-je donc devenu qu’un monstre, même aux yeux de ma propre famille ? Je refoulais mes inquiétudes, me détournant une nouvelle fois vers le saule pleureur gisant face contre terre. La brise me ramena les effluves de différents Humains, beaucoup plus loin de l’endroit où nous nous trouvions, ainsi que le fumet d’un ou deux lapins sauvages. Une chouette passa en hululant au-dessus de notre tête, volant à tire-d’aile. La vie animale avait retenu sa respiration durant ma fureur, et elle reprenait peu à peu vie. J’étais dangereux. Alors, d’une voix blasée je me remis à parler. Vite, avant que le jour ne se lèvre – même si c’était dans quatre heures. Vite, avant que le courage ne me délaisse. Vite, et pourtant si lentement.

    « Il fut un temps où nous avions une âme. Toi, comme moi. Même si la mienne était déjà entachée. Ce temps est d’ores et déjà révolu, ma Muse. Nous avons échoué. Nous n’avons pas été capables de garder cette parcelle d’humanité que j’affectionnais tant. Tout cela par ma faute : je n’avais pas à me montrer si naïf. »

    Je passais une main lasse dans mes cheveux désormais trop courts et soupirais avant de reprendre.

    « Errare humanum est, perseverare diabolicum. J’ai trop de fois été la victime de mes erreurs, et pourtant je persévère dans cette voie… Mon âme n’est plus à racheter, Irina. Sauve au moins la tienne, veux-tu ? »

    Pivotant sur mes talons dans la terre humide, mes iris vinrent chercher les siens. Je ne voulais pas qu'elle vive dans cette carapace de haine. Qu'elle continue de se nourrir de sang humain. Même si je n’étais pas capable de la protéger, même si je n’étais plus capable de préserver son âme du sang, de la mort, je voulais qu’elle trouve au moins la force de le faire elle-même. Je lui avais tout appris, à elle de s’en servir. L’élève surpasse le maître. L’élève reste meilleur que le maître. Alors, non, je ne lui en voulais pas. Pas plus qu’à Charlotte d’ailleurs. J’étais las des Guerres, quelles qu’elles puissent être. Mon regard se voila tandis que je me remettais à penser à la façon dont je pouvais me débarrasser de ce saule pleureur. Un soupir franchit le barrage de mes lèvres froides. Je survivrais. J’étais Immortel, après tout, non ?








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Les absents ont toujours tort de revenir. ||R.||

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