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▬ la mia cantante insanguinata [CLOS]

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Russian Vampire ۞ there is a fine line between love and hate

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MessageSujet: ▬ la mia cantante insanguinata [CLOS] Sam 8 Mai - 2:03

    La chasse. C’est la chose que j’apprécie le plus dans ma condition de vampire. Ça, et le fait de ne jamais vieillir et d’être quasiment indestructible. Lorsque je suis en chasse, j’ai l’impression d’être le prédateur le plus puissant, le plus craint du monde vampirique. Je suis à la trace mes proies, reniflant leur odeur sur le moindre pavé, puis je les accule. La douce fragrance de la peur : c’est un parfum dont jamais je ne pourrais me passer. Pourquoi se rabattre sur les animaux lorsque l’on a la possibilité de planter ses canines dans de jolis cous fins, de voir des visages se tordre sous la douleur ou la terreur… Non, je n’arrive décidément pas à comprendre ces Immortels dits « végétariens ». Trop stupides à mon goût.
    Seulement, il n’y avait qu’un être que je désirais plus que les autres, et c’était précisément celui-ci qui m’échappait perpétuellement. Encore cette nuit, je l’avais pistée, cette femme au sang irrésistiblement attirant. Ses talons claquaient sur les pierres des ruelles, ou sur le bitume des rues. Elle n’avait pas l’air de se rendre compte que je la suivais… Ses longs cheveux bruns tressautaient au rythme de ses pas, et voletaient parfois sous une brise légère, m’apportant leur fumet alléchant. Et puis il y avait eu ce bus. Un gros autocar de couleur vive m’est passé devant les yeux et le temps qu’il s’éloigne, elle avait disparu. Évaporée, la sublime créature. Envolée, la mia cantante.

    J’aurais pu passer toute la nuit à maudire mon goût immodéré pour le jeu, quand un bout de tissu écarlate attira mon attention. Mon regard s’accrocha à cette touche de couleur : une écharpe. Elle avait dû la laisser tomber. Emporté par le vent, l’accessoire s’envola sur un balcon. Une idée se fit alors dans mon esprit : peut-être ressurgirait-elle de la pénombre à la recherche de son écharpe ? Si tel était le cas, j’aurais la possibilité de la kidnapper en moins de temps qu’il ne fallait pour le dire… Une minute vint à passer, puis deux. Non, elle ne venait pas. Un rayon de lune pâle vint caresser mon visage tandis que mon regard s’assombrissait. Plan B : récupérer le tissu, flairer la trace de cette humaine et remonter jusqu’à elle pour la vider de son sang.
    D’un bond gracieux, je rejoins le balcon, m’empare de l’objet et atterri sans un bruit, le tout en une poignée de secondes. J’enfouis mon visage dans le tissu soyeux, j’inspire profondément et je grave dans ma mémoire cette fragrance à la fois subtile et intense. C’est un peu honteux comme comparaison, mais les vampires sont comme des chiens de chasse ; si on leur fournit un élément appartenant à leur proie, ils ont plus de facilité à les traquer. Et c’était totalement vrai pour moi. En reniflant avec attention les alentours, je perçois le sillage laissé par son parfum. Ou plutôt le parfum de son sang enivrant. Je remonte le col de mon pardessus et je me lance à sa poursuite.


. :: Deux heures plus tard ::.


      « Réveilles-toi, la mia cantante. »


    Juché sur un tabouret décrépi, je la regarde ouvrir lentement les yeux. Le bandage que j’ai maladroitement noué autour de son cou gracile est déjà teinté de sang. J’en aurais presque des regrets de l’avoir mordue si fort. Presque. Dès que je l’ai trouvée, j’ai fondu sur elle comme un oiseau de proie et j’ai planté mes dents dans sa carotide. Vous ne pouvez pas savoir depuis combien de temps je rêvais de cette instant. Sentir ce liquide chaud couler le long de ma gorge, ressentir l’extase de savourer un sang aussi parfait… Les vampires ressemblent aux serpents sur certains points. L’odorat des serpents est principalement disposé sur leur langue - voilà la raison pour laquelle ils la sortent en permanence - et lorsque nous mordons quelqu’un, nous ne faisons pas que « sentir » l’odeur de leur hémoglobine, nous la « ressentons » dès qu’elle touche notre langue.
    Mais vous n’êtes pas là pour un cours de biologie, après tout. Et moi-même je ne pense guère à ça en observant ma prisonnière s’éveiller. Elle papillonne des paupières, n’ayant pas l’air de comprendre où elle se trouve. Remarque, à sa place j’aurais la même réaction : son seul souvenir doit être l’instant où je l’ai mordue. Ensuite, je l’ai assommée et enlevée. Pourquoi ? … C’était par pur intérêt personnel. Quand j’ai senti la puissance de son sang, je me suis dis que je ne pouvais pas simplement la vider et la laisser là. Et fait étrange : elle était encore en vie alors que je l’avais vidée d’au moins trois quart de la quantité de sang qu’un corps humain a, normalement. Cela m’intriguait. Et puis…

      « Inutile d’essayer de t’échapper. La nuit, je suis réveillé, et le jour, tu seras attachée. De même que lorsque je m’absenterais. »


    D’un mouvement du menton, je lui fais remarquer qu’un lourd anneau de fer entoure sa fine cheville gauche. Curieusement, elle n’a pas l’air aussi effrayée que je l’imaginais. Je salue presque son courage… ou sa folie ? Ses gestes incertains m’arrachent un sourire moqueur.

      « Tu dois te sentir faible, sans tout le sang que je t’ai pris… mais tu n’es pas morte. Il faudra que tu m’expliques pourquoi, d’ailleurs. »


    Je sors une pomme rouge sang de la poche de mon pardessus. Où l’avais-je trouvée dans ce pays en décadence ? Aucune importance. Je me lève et m’approche d’elle en faisant sauter le fruit d’une main à l’autre. Arrivé près de ma cantante, je m’accroupis, pose la pomme devant elle et effleure - presque avec tendresse - ses pommettes hautes.

      « Et il fallait qu’en plus de sentir divinement bon, tu sois une reine parmi les femmes… »


    Mon ton est presque mélancolique. Seulement, je me tiens trop près d’elle. Son sang m’appelle. Il vaut mieux que je m’éloigne si je ne veux pas la terminer et ne plus disposer de ma poche de sang enchanteresse. Le carmin de mes iris noircit progressivement. Ma gorge s’assèche. Je me penche sur elle… et l’embrasse avec fougue. Presque innocemment, mes dents acérées percent sa lèvre inférieure et rend notre baiser sanglant. Je me recule vivement et mon visage reprend une expression impassible.

      « Mange ta pomme, je ne veux pas que tu meures de faim. »








      « Celui qui se transforme en bête,
      Se délivre de la souffrance d'être un Homme
      »


      [Terry Gilliam]
      Extrait de Las Vegas Parano


    Dernière édition par Alexey P. Andropov le Lun 24 Mai - 23:33, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: ▬ la mia cantante insanguinata [CLOS] Lun 10 Mai - 9:57



Les rayons de Lune sont intenses, et l'air froid, statique. Pas de vent, pas de souffle, juste cette lumière qui déchire le ciel d'ombres bleutées et cette atmosphère glaciale qui m'enveloppe. J'ai du mal à ouvrir les yeux, la lumière est aveuglante. Une dernière fois, je caresse du bout des doigts la pierre tombale, aussi froide que le corps de celui qu'elle honore. Mes nuits s'étirent jusqu'à lâcher prise et céder au jour, mais j'ai l'impression de ne pas pouvoir sortir des ténèbres dans lesquelles elles m'ont plongée. Il faut pourtant se lever, s'animer, secouer un peu cette âme que je suis censée encore avoir en moi, quelque part. Les mots gravés sur la tombe étaient comme irréels, floutés par la fatigue, presque aptes à me convaincre que ce n'était qu'un cauchemar de plus, mais l'horreur dépasse infiniment les capacités de mon imagination. Je me relève, enfin, et époussète machinalement mon manteau, puis ce cadeau empoisonné qu'est la robe de Sylphe, la cousine de mon défunt mari. Elle me l'avait tendue le lendemain de sa mort, un sourire crispé par la fureur aux lèvres, en déclarant « qu'avec ça tu auras au moins l'apparence d'avoir été une Wingates et de ressentir de la douleur pour l'homme qui t'a aimée jusqu'à en devenir fou. ». Que répondre ? Ma langue s'était liée, et mon regard indifférent à tout la fit enrager. Je n'avais même pas pu me mettre en colère, car durant des semaines, j'avais été inapte à ressentir la moindre émotion. Ni peine, ni peur, ni tristesse, ni colère, j'étais anesthésiée de la manière la plus absolue. C'était comme si j'avais de nouveau six ans, et que mon monde s'était refermé sur moi comme une coquille protectrice, mais étouffante par son inhumanité. Elle avait eu raison d'être dure avec moi, de me donner cette robe, car je n'avais pas pleuré sa mort. J'en étais toujours incapable, d'ailleurs. Il y avait juste cet engourdissement terrifiant, et la culpabilité dévorante, seule preuve qu'au fond j'étais encore humaine, et c'était uniquement cette conviction d'être coupable qui me poussait à me laisser « punir » ainsi. Ça pouvait ne rien vouloir dire pour beaucoup de personnes, mais Sylphe savait ce que cela signifiait pour moi, pour eux.
La dentelle noire, imprimant des motifs compliqués sur ma peau de porcelaine, me donnaient véritablement l'air d'une veuve en deuil sans avoir besoin d'arborer cette expression de profonde tristesse qui aurait dû marquer mes traits. La robe était véritablement magnifique, soulignant mes courbes avec grâce, mais c'était comme des chaînes que j'aurais volontairement accepté de porter, un masque d'une fausseté effarante, cruelle.

Le corps meurtri qui repose au fond de la tombe aurait dû être le mien, voilà l'avant-dernière pensée qui occupe mon esprit avant de sentir deux crocs s'enfoncer violemment dans la chair de mon cou dénudé puis un coup violent me projeter dans la noirceur de l'inconscience. J'ai perdu mon écharpe.

      « Réveilles-toi, la mia cantante. »


J'obéis involontairement, tirée du silence de mon corps par une voix grave, profonde. Avant même que mes paupières ne se soulèvent complètement, je tente de me redresser, mais un violent frisson me parcourt et me laisse inerte sur le lit. Il fait atrocement froid, et l'épais manteau qui me couvrait n'est plus sur mes épaules. Je bats des cils, ce que je crois être un puissant rayon lunaire, ma confusion et surtout cette douleur familière n'aident pas à fixer mon regard, à reprendre mes esprits. Ma main gauche se presse involontairement contre mon cou brûlant et ensanglanté, tandis que l'autre se porte à mon front. J'ai été violemment assommée, ce qui explique pourquoi je suis aussi frêle et confuse, mais je n'arrive pas à reconnaître le visage de mon agresseur qui se profile lentement, ni à comprendre ce qu'il me dit. Ma respiration se fait lente, calme, tandis que j'essaye à nouveau de me redresser fébrilement, de me tenir droite et de le regarder dans les yeux. La pièce tangue, mais finit par s'immobiliser au bout de quelques minutes, et j'arrive enfin à distinguer clairement ses traits. Ses yeux d'un grenat intense me dévorent du regard, et perché sur son tabouret, il semble ravi de me voir péniblement émerger des ténèbres de l'inconscience. Il a un visage fin, gracieux, qui aurait pu inspirer la confiance si ses traits n'étaient pas marqués par la soif dévastatrice qui devait serrer sa gorge, malgré tout le sang qu'il avait dû me prendre. J'étais apte à le reconnaître, car Sayanel avait la même expression dure lorsqu'il était affamé mais qu'il ne voulait pas s'éloigner de moi. La même beauté glacée, froide, un masque impassible dissimulant souvent les pires souffrances... Le même masque que je portais involontairement depuis qu'il était parti. La ressemblance était frappante, et je sentis mon cœur se serrer douloureusement dans ma poitrine. Je détourne brusquement le regard, le portant sur la pièce. Des murs en pierre, humides et froids comme ceux d'une cave, d'un cachot, sans autre issue que la porte de bois épais qu'il avait refermée. Pas de fenêtre, empêchant même la lune rayonnante de laisser filtrer son éclat d'argent. Il y n'y avait que ce chandelier, posé sur la commode en bois à ma droite. La lumière tamisée de la bougie réchauffait la pièce, reflétant légèrement sur la peau du jeune homme qui me faisait face, et ses crocs étincelèrent presque lorsqu'il s'adressa de nouveau à moi.


      « Inutile d’essayer de t’échapper. La nuit, je suis réveillé, et le jour, tu seras attachée. De même que lorsque je m’absenterais. »



Attachée... Il me désigne d'un geste léger ma jambe, et je vois enfin l'anneau qui enlace ma cheville. Je relève la tête, pour le regarder fixement, sans une once de peur. Qu'il m'emprisonne. Qu'il boive mon sang comme on boit du vin jusqu'à la lie, je m'en moque. Mon fils est en lieu sûr, Sayanel veut sûrement ma mort et regrettera seulement de ne pas avoir pu m'arracher la vie du bout de ses crocs, et enfin le seul être humain capable de ressentir de l'amour pour l'espèce de monstre que j'étais en était mort. Je n'avais plus besoin de m'accrocher encore et encore. Je n'avais pas peur de cet inconnu qui me dévisageait sans retenue, car il n'avait rien pour pouvoir réellement m'atteindre. J'ignorais ses intentions concrètes : me torturer, s'amuser de la douleur physique qu'il était en pouvoir de me faire ressentir, jusqu'à voler ma vie ? Me garder près de lui comme une réserve de sang, jusqu'à ce que je m'épuise ? Quels que soient ses plans, je reste enfermée dans un mutisme buté. J'osais même le regarder de haut, malgré mes tremblements incontrôlés et ma vision encore légèrement floue. Il ne pouvait pas m'atteindre.


      « Tu dois te sentir faible, sans tout le sang que je t’ai pris… mais tu n’es pas morte. Il faudra que tu m’expliques pourquoi, d’ailleurs. »



Il était hors de question qu'il le sache, ou du moins que je le lui dise de vive voix. Il finirait bien par le comprendre lui même, mais s'il me traitait avec brutalité peut-être arriverait-il à me briser, et ainsi cesserait cette spirale incompréhensible de violence que semblait être ma vie. Je l'espérais du moins, mais je n'arrivais pas à lire cette envie de meurtre que j'avais souvent vue dans les iris d'autres vampires. Au contraire, je voyais presque de la tendresse... Comme pour se moquer de moi, il sort une belle pomme de sa poche, d'un rouge presque aussi intense que celui de ses yeux. Il se lève et s'approche, tandis que je reste immobile et droite, ma fierté rigide m'empêchant de me reculer ou d'esquisser le moindre mouvement craintif. Je le regarde se pencher sur moi, et ferme les yeux lorsque sa main glacée effleure mes joues. Une sensation oubliée, qui me perd le temps de quelques secondes. Qui était cet homme ?

      « Et il fallait qu’en plus de sentir divinement bon, tu sois une reine parmi les femmes… »


Sa voix mélodieuse me laisse presque entendre qu'il le regrette, et je rougis brusquement, ma peau s'enflammant sous le flot de sang qui court sous elle. J'étais à présent réellement intriguée, mais si la douleur dans mon cou n'était pas la pire que j'eus connue, elle était suffisamment intense pour ne pas me laisser baisser ma garde malgré ces mots … inattendus. Son corps imposant, parfait, se penche dangereusement sur moi : je serre les dents et clos mes paupières, persuadée qu'il va me mordre à nouveau, mais ses lèvres se pressent contre les miennes avec force. Sous le coup de la surprise, je cède à ces pulsions incompréhensibles, et lui rends son baiser. Il m'embrasse avec une violente passion, et lorsque finalement je sors de cette brève confusion, je n'ai pas la force de le repousser. Je ressentais enfin quelque chose d'autre que la douleur, un désir étrange, animal... Je profite de ces quelques minutes, où mon corps ne répond plus qu'à ces impulsions électriques et chimiques étranges, avant qu'il ne morde ma lèvre. Le sang coule rapidement, et il s'en empreigne avant de me relâcher vivement. Son visage se recompose, et je fais de même. Mon regard est de nouveau dur, étranger. Ma langue glisse sur ma lèvre ensanglantée, goutant à mon tour à cette hémoglobine qu'il semblait tant chérir. L'ironie du sort était que j'aimais le goût salé et métallique du sang, malgré le fait qu'il fut souvent la source de drames...

      « Mange ta pomme, je ne veux pas que tu meures de faim. »


Je relève le menton, et balaye la pomme d'un geste dédaigneux.

      « Je ne reçois d'ordres de personne. Ne prétendez pas vous soucier de ce qui pourrait m'arriver si je ne m'alimente pas. Et surtout, ne me tutoyez pas. », dis-je d'un ton froid et égal. Quitte à mourir, autant mourir en s'amusant un peu. J'avais toujours détesté qu'on emploie ce ton direct et autoritaire avec moi, et puisque je n'avais plus rien à perdre, autant le provoquer un peu, et voir de quoi il était capable. Un lointain sentiment d'excitation parcourt mon corps engourdi, muet. Je me relève un peu, jusqu'à son oreille, pour lui murmurer ces mots avec un sourire glacial dans la voix, avant de me laisser retomber doucement sur le coussin. « Je préfère les fraises. »



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MessageSujet: Re: ▬ la mia cantante insanguinata [CLOS] Jeu 13 Mai - 13:36

    J’aurais pu décider de la tuer. Ou bien de la laisser se vider misérablement de son sang dans une ruelle, en cours de route. J’aurais pu, aussi, terminer mon repas pendant son sommeil. Elle aurait certainement eu le temps de se réveiller, mais elle serait morte rapidement. Mais elle était encore là, que je sache. Alors elle devrait se montrer plus reconnaissante que ça, envers ma clémence et la maîtrise dont j’avais fait preuve durant le voyage devant l’appel insistant de son sang. Mais non. Madame me regardait avec un air hautain. Madame repoussait la pomme en disant préférer les fraises. Suite à cela, il y eu un moment de flottement. Je ne savais pas comment réagir. La tuer ? La bousculer un peu pour qu’elle comprenne qui était le maître ? Mon s’accroche un instant à la fine flamme de la bougie qui vacille, puis je passe une main sur mon visage et éclate d’un rire authentique. Légèrement fou, peut-être, mais vrai.

      « Sais-tu que tu as failli mourir bêtement ? Tu aurais pu trembler devant moi, geindre et te satisfaire de ta pomme. Tu aurais même pu crier et essayer de t’en aller malgré ta chaîne quitte à te blesser plus que tu ne l’es, mais non. Il a fallu que tu prennes un ton digne d’une Reine, et que tu balaies la nourriture que je t’ai gentiment apporté. »


    Je me penche pour prendre le fruit, enlève la poussière imaginaire qui aurait pu se trouver dessus et le porte à ma bouche. Quand mes crocs se fichent dans la chair de la pomme, je ne ressens rien. Comme si je mordais dans du vide. J’avale sans me presser ma bouchée, donnant l’impression de savourer un met délicat, mais ce n’est pas le cas. De l’air. Ou peut-être de la cendre, vu le goût désagréable qu’il me reste sur la langue. J’examine le fruit rouge avec insistance, puis je fourre sans ménagement dans ma poche.

      « Tu as raison. C’est vraiment dégoûtant… »


    Passant ma langue sur mes lèvres pour en faire disparaître le goût dérangeant de la pomme, je jette un coup d’œil à la jeune femme affalée sur le coussin que je lui ai laissé. Elle a l’air affaiblie. Seulement, ses yeux brillent de défi. Comme un animal sauvage, elle ne baisse pas sa garde malgré le fait qu’elle soit « mortellement » blessée. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit ravie de sa condition, néanmoins cela n’empêche pas d’être surprit par l’orgueil, la fierté dont elle fait preuve. Je la vois frissonner. Presque instinctivement, je recherche le manteau qu’elle avait des yeux. Où avais-je bien pu le mettre ? Dans la pénombre de la cave, je vois un vêtement jeté en travers de l’escalier. Le temps d’un battement de paupières, et je suis accroupi près d’elle. J’ajuste le manteau sur ses épaules, essayant d’éviter de respirer l’odeur enivrante de son sang. Si je coupe ma respiration, je devrais pouvoir y résister, seulement la tâche rouge au beau milieu du bandage immaculé autour de son cou semble attirer irrémédiablement mon regard. Une goutte de sang perle au coin de ses lèvres, vestige de la morsure que je lui ai infligé en l’embrassant.

      « Comment t’appelles-tu ? »


    Mes iris carmins sont rivés sur cette petite sphère rouge. Je la regarde glisser avec une lenteur inouïe le long de son menton, traçant une traînée écarlate sur sa peau diaphane. Ma gorge s’assèche. J’entends les battements de son cœur désordonnés. Pourquoi est-elle si troublée ? Est-ce parce qu’elle a peur ? Parce que je suis trop près d’elle ? Parce qu’elle a perdu trop de sang ? Je me dis que ce doit être ça, la perte de tant d’hémoglobine. Cependant, même perdu dans mes pensées je me sens toujours attiré par elle, par ce liquide vermeil qui menace de tomber de son menton. Sans même m’en rendre compte, je suis déjà penché sur elle. Mes lèvres effleurent presque avec tendresse sa peau tiède partout où le sang a coulé. Je remonte vers sa bouche, en savourant du bout de ma langue la saveur enivrante qu’elle possède, mais je m’arrête à quelques millimètres de ses lèvres. Rouges. Dessinées avec une indécence telle qu’aucun homme ne pourrait résister à leur appel. Légèrement entrouvertes, comme attendant un baiser. Un fruit défendu. C’est à cet instant que je me rends compte que ce n’est pas seulement son sang, qui chante pour moi, mais son corps tout entier.
    Que ce soit ses iris enflammés, ses traits ciselés avec finesse, sa chevelure en désordre, aux reflets cuivrés. Ou bien les formes qu’elle possède. Oserais-je dire que je ne pense plus à son sang ? Non, c’est faux. J’y pense toujours… J’y penserais toujours car son appel ne changera jamais, ce qui ne veut pas dire que je ne pense plus qu’à ça. Quelque chose d’autre a envahi mon esprit. Un feu brûlant. Je cède à mes pulsions sans avoir recherché à les combattre. J’effleure ses lèvres des miennes, je presse ma bouche contre la sienne. Elle est si chaude, si tendre… Puis la fougue reprend le dessus et je l’embrasse presque avec brusquerie. Comme si elle n’était plus une femme, mais un remède à mes blessures. Comme si elle n’était plus la mia cantante, mais un être fait des flammes du désir et de la fragilité propre aux humains. Elle n’est plus « une » sorcière, mais « la » sorcière. « Ma » sorcière ? Non… Je m’arrête tout aussi vivement que j’avais commencé, et retire un long morceau de bois de la poche de son manteau. Je me relève avec un sourire sarcastique aux lèvres.

      « Je crois que je vais t’enlever ça. Ce serait dommage que tu essaies de me lancer des sorts avec. »


    Je ne vais pas la briser : quel intérêt ? Cela anéantirait le seul espoir qu’elle a de pouvoir s’enfuir. Je me contente donc de la poser près de la bougie, sur la commode. La chaîne qu’elle porte à la cheville l’empêchera de s’en approcher. Ça suffira le temps de mon absence…

      « Des fraises, tu as dis ? … Je pense pouvoir en trouver. Mais tu ferais bien de te montrer plus reconnaissante quand je reviendrais… »


    Je me retourne pour la contempler. Elle ne doit pas comprendre ce qui lui arrive. Pas comprendre mes réactions ; mais c’est mieux ainsi. Aussi bien pour elle que pour moi. En allant chercher ses fichues fraises, je m’éloignerais assez pour ne plus penser à elle de cette façon… pour ne plus avoir envie d’elle aussi puissamment. Pour ne plus ressentir l’appel de son corps et de son sang.








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MessageSujet: Re: ▬ la mia cantante insanguinata [CLOS] Ven 14 Mai - 15:46



    Le trouble s'emparait de lui. Il semblait réfléchir à toute allure, et je retins ma respiration. C'étaient peut-être là mes derniers instants, mais j'étais calme. Pour une raison que j'ignorais, je savais que je n'allais pas mourir maintenant. Son regard n'était pas assassin, malgré l'expression de son visage. Il dévia sur la flammèche de la bougie qui se consumait lentement, cette flammèche aussi fragile que ma vie entre ses mains. Je gardais le silence bien sûr, il ne fallait pas tenter le diable plus que je ne l'avais pas déjà fait. Dans le silence absolu qui régnait dans la cave, son éclat de rire faillit me faire sursauter. Je réussis à me contenir, mais la surprise marqua mes traits quelques secondes, mon cœur ayant eu un raté.

      « Sais-tu que tu as failli mourir bêtement ? Tu aurais pu trembler devant moi, geindre et te satisfaire de ta pomme. Tu aurais même pu crier et essayer de t’en aller malgré ta chaîne quitte à te blesser plus que tu ne l’es, mais non. Il a fallu que tu prennes un ton digne d’une Reine, et que tu balaies la nourriture que je t’ai gentiment apporté. »


    C'était étrange, parce qu'il paraissait presque fier de moi. Je n'aurais même pas pu, en vérité. J'étais complètement incapable d'adopter un tel comportement, tant je me sentais rabaissée dès lors que je devais supplier pour préserver ma vie. Le « gentiment apporté » me fit sourire, d'un sourire ironique. C'était pour lui qu'il l'avait apportée, lui qui avait besoin de m'avoir encore en vie, moins faible, pour pouvoir encore profiter de mon sang. S'il m'avait amenée ici en vie c'était uniquement pour pouvoir s'assurer encore quelques moments de plaisir gustatif, car je ne devais être à ses yeux qu'un réservoir d'hémoglobine particulièrement à son goût. Il n'avait pas besoin de prétendre se soucier de moi, car je le comprenais parfaitement. S'il me voulait en vie, alors il prendrait soin de moi. Une fois lassé, il m'achèverait ou m'oublierait. Mon cynisme me surprenait presque, mais j'étais rendue à l'évidence.
    Il ramasse le fruit tombé à terre, et croque à pleines dents dans a chair acidulée. Amusée, je le regarde feindre apprécier le goût de la pomme, mais il ne peut me tromper. Je sais que les vampires ne peuvent savourer autre chose que le sang. Je ne savais pas s'ils le regrettaient, car le goût de l'hémoglobine tant convoitée avait beau varier d'un individu à l'autre, elle n'en était pas moins toujours et encore la même au fond : liquide, fluide, inconsistante...

      « Tu as raison. C’est vraiment dégoûtant… »


    Je me refais méfiante, dès qu'il détourne son attention du fruit et la reporte sur moi. La chair de poule trouble la surface de ma peau trop fine, caressée par un vague courant d'air glacé. Ma robe est trop découverte au niveau des épaules, et le léger décolleté n'arrange rien. Les manches sont légères, fluides, inutiles face au froid ambiant. J'essaye de me concentrer sur autre chose, mais avant même d'avoir pu esquisser le moindre mouvement, il est là près de moi, tenant mon épais manteau noir. Il le place doucement sur mes épaules, avec précaution, et j'avoue être surprise. Je le regarde faire, sans vraiment comprendre cette fois. Le froid n'allait pas me tuer. Il n'avait pas besoin de me couvrir ainsi, mais il l'avait fait. J'ai presque du mal à ne pas détailler les traits de son visage délicat, empreint d'une beauté fière. Je veux comprendre, puisqu'il n'a pas l'air de faire semblant, pourquoi tant d'attention ? Un autre vampire, ne s'en serait pas soucié. Il aurait pris garde à ne pas tuer sa victime, ne pas la brusquer trop fortement, mais aurait ignoré tout ce qui ne menaçait pas de raccourcir la durée de son plaisir. Même moi, si j'avais été vampire, j'aurais agi en conséquence. Et pourtant, il m'avait assommée, presque plongée dans le coma en me vidant, et enchaînée, ce qui prouvait qu'il n'était pas ce qu'on pouvait appeler un « gentil vampire ». L'incohérence de ses actions me perturbait. Son corps se rapproche encore du mien, et je détache mon regard du sien avant qu'il ne devine mon trouble.

      « Comment t’appelles-tu ? »


    Mes lèvres restent scellées quelques longues minutes. J'hésite, car c'est lui donner comme une porte d'entrée, un début d'intimité inappropriée dans la situation présente. Mon prénom est lourd de sens. Et mon nom n'est pas inconnu, même pour un vampire. Une longue histoire lie nos deux « clans », sans même mentionner mon père lui-même vampire depuis vingt ans. Mais peut-être qu'il n'en sait rien. Je n'avais qu'à mentir, mais c'était inutile. Je n'en avais pas envie. Pourquoi tant d'histoires pour une si simple question ? Je ne le savais pas vraiment. J'avais l'impression que dès le moment où je le lui aurais révélé, je ne serais plus vraiment la même à ses yeux. J'aurais un nom, je serais peut-être plus qu'une réserve de sang. Et peut-être, peut-être, arriverais-je à comprendre l'homme qui se tenait devant moi.

      « Psyché... Psyché Wolstenholme. »


    J'essaye d'être froide, sèche, mais ma voix résonne avec une douceur involontaire. Je sens quelque chose de froid à la commissure de ma bouche. Une goutte de sang résiduelle, que j'aurais voulu pouvoir essuyer, mais son regard est intense, fixé sur cette infime gouttelette. Il me paralyse, et j'attends, tendue, qu'il fasse un mouvement, n'importe lequel, pourvu qu'il s'éloigne un peu. La proximité me rend confuse, et la tension électrique provoquée par ce bourgeon carmin m'électrise à mon tour. Je sens tout mon corps se tendre vers lui, attiré comme un aimant, mais je me crispe pour m'empêcher de céder. J'ai l'impression d'avoir à nouveau dix sept ans, tentant fébrilement de résister à l'attraction inhumainement puissante que Sayanel exerçait sur moi. Je ne respire plus son parfum, je ferme les yeux pour ne plus voir son visage, mais mon cœur s'affole de plus belle. Je sens ses lèvres effleurer ma peau, avec douceur, retraçant la ligne écarlate laissée par la chute de la goutte du coin de mes lèvres. Sa langue, aussi glacée que le reste de son corps, laisse elle aussi son empreinte, et je suis toujours aussi immobile, figée. Je n'ai pas peur, et qu'il puisse le penser me fait enrager, mais je préfère cela à ce qu'il comprenne que sous mes airs farouches et sous mon indifférence apparente, je le désire comme j'ai rarement désiré. Je concentre mes pensées sur la colère qui devrait m'habiter, en voyant combien il aime s'amuser avec moi, comme si je n'étais qu'une poupée remplie de sang, prête à se plier à ses caresses, le laissant m'embrasser puis me repousser. Je tente de glisser discrètement ma main dans ma poche pour récupérer ma baguette, tandis qu'il semble encore hésiter, effleurant ma bouche avec légèreté. Mes mouvements sont infiniment lents, de peur qu'il ne les remarque, mais il m'embrasse à nouveau, et la tendresse qui l'anime me surprend une fois de plus au point de me faire oublier ma baguette. Il m'attendrit presque, et ce baiser est différent, me dit autre chose. Il pouvait-il réellement me faire du mal, s'il m'embrassait avec autant de douceur ? J'avais énormément de mal à suivre le cours de ses pensées, et sur le moment, les miennes n'avaient pas plus de sens. Je veux le repousser, mais j'en suis incapable. J'ai envie que nos lèvres se retrouvent, encore et encore, je veux même plus, quitte à me sentir ridicule et faible ensuite. Mon esprit est vide, clair. Puis, la violence reprend le dessus, mais cette fois, je lui rends son baiser avec autant d'empressement. Je perds mon souffle, enlaçant mes bras autour de son cou, caressant ses cheveux, je me redresse, mais il me relâche brusquement. Mes yeux de glace s'assombrissent, tandis que j'essaye de retrouver une respiration normale. Mes joues sont en feu, tout comme le reste de mon corps, mais je le poignarde du regard tandis qu'il me prend ma baguette. De toute manière, je n'avais pas eu beaucoup d'espoir de la saisir, que ce fut quelques minutes auparavant ou maintenant.

      « Je crois que je vais t’enlever ça. Ce serait dommage que tu essaies de me lancer des sorts avec. »


    Il la pose sur le meuble, mise en évidence par la lumière douce du chandelier. Inutile de tenter de la saisir, la chaîne est bien trop courte pour que je puisse l'atteindre d'une quelconque manière. L'idée de la faire tomber de la commode en balayant avec mon manteau me traverse l'esprit, mais je reviens vite à la réalité. Impossible, tout simplement. S'amuse-t-il de ma condition ? Il semblait bien, car laisser la clé hors de portée était nettement plus cruel que de la briser en deux.

      « Des fraises, tu as dis ? … Je pense pouvoir en trouver. Mais tu ferais bien de te montrer plus reconnaissante quand je reviendrais… »


    Il fait un mouvement pour s'éloigner, et je me redresse inconsciemment, comme pour l'en empêcher. Était-il sérieux ? Je ne parviens pas à dissimuler le sourire que ses mots m'inspirent. Son visage est tendu, presque contrarié, et je me rends compte qu'il reflète sûrement le mien. Aussi tordu que cela pouvait paraître, j'avais envie qu'il reste. Je voulais en savoir plus, sur lui, essayer de comprendre, car ses pensées restaient désespérément opaques.

      « Attends... »


    Je me relève, tente de marcher jusqu'à lui, mais ses petits jeux ainsi que ma faiblesse actuelle m'ont donné le tournis et je vacille un instant avant de perdre l'équilibre. Ses bras m'enlacent immédiatement, m'empêchent de tomber à terre, et je m'accroche doucement à lui, à son pardessus. Je respire à peine, en me redressant une nouvelle fois sur mes pieds. Mes pulsations cardiaques s'envolent, et cette fois je ne sais qui de la proximité involontaire ou de l'effort produit en est le responsable. Mon regard s'accroche au sien, décidée, mais à la fois bien plus adoucie.

      « Et toi... Quel est ton nom ? »


    Lorsque je m'en sens capable, je le relâche brusquement. La chaîne tire mon pied en arrière, griffant de sa poigne métallique la peau de ma cheville découverte.

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MessageSujet: Re: ▬ la mia cantante insanguinata [CLOS] Mer 19 Mai - 17:49

    Cette jeune femme me rappelait quelqu’un. Malgré ma mémoire défaillante, pour ne pas dire inexistante, j’avais le sentiment d’avoir déjà rencontré une personne comme elle. Douce, légèrement hautaine, fière et fragile tout en étant forte. Nos chemins ne s’étaient jamais croisés, je le savais car son odeur, bien qu’exceptionnelle, n’avait pas réveillé de souvenirs en moi, ce qui ne m’empêchait pas d’avoir cette désagréable sensation qui pourrait s’apparenter à un frisson le long de ma colonne vertébrale, ou à un fourmillement au niveau de mon cerveau. Au moment où je tournais des talons, elle m’interpella. Malgré moi, je me figeais et attendis de savoir ce qu’elle voulait. Des oranges à la place des fraises, peut-être ? Le bruit de la chaîne qu’elle traînait derrière elle me fit comprendre qu’elle s’approchait de moi, mais je ne me retourna pas pour autant. Si je croisais son regard une nouvelle fois, je ne garantissais pas de réussir à me maîtriser : et résister à l’appel de son sang était déjà un exploit alors je n’allais tout de même pas tenter le diable.
    Un frémissement dans l’air. Elle chutait. Avant que son corps ne lâche complètement prise, j’étais déjà là. Rattrapant la belle humaine entre mes bras de vampire, je la maintiens de sorte qu’elle ne tombe pas, le temps qu’elle se remette d’aplomb. Elle sent si bon… Une odeur d’interdit… Presque instantanément, je coupais ma respiration. De nouveau, ce sentiment d’avoir déjà rencontré un être semblable à elle m’assaille et je me mords l’intérieur des joues pour ne pas succomber à l’énervement que cela me procure. Pendant des jours, des semaines, j’avais vécu seul, chassant à la fois pour le plaisir et pour assouvir ma faim impressionnante, et voilà qu’en à peine deux semaines, je rencontrais deux femmes qui chamboulaient mon esprit. Deux femmes. Deux.


    Spoiler:
     

      « Quel est ton nom ? », me demanda-t-elle d'une voix faible.


    Une fois plus sûre d’elle, elle me relâcha et dû reculer car la menotte griffait sa cheville fine. Un peu de sang perla. Rester dans la cave avec cette sorcière était une véritable torture pour moi. Je m’étais nourri d’elle pendant de longues minutes, et pourtant la fragrance de son sang, la brillance vermeille de ce liquide m’attirait toujours autant. Je me fis violence, n’hésitant pas à reculer davantage pour ne pas être tenté de l’attraper en tendant le bras.

      « Alexey. »


    Je semble hésiter un instant.

      « Andropov, je crois. »


    Je jette un coup d’œil à la chevalière que je porte à l’index gauche. Ornée d’armoiries qui ne signifient rien pour moi. Deux A entrelacés. A la base, cette bague en or massif était à mon majeur droit, j’avais voulu m’en débarrasser dès que je m’étais rendu compte que j’étais devenu amnésique, mais l’inscription à l’intérieur m’avait incité à la garder : « Андропов однажды, Андропов для всей вечности ». J’ignorais ce que cela voulait dire. La seule chose qui m’interpellait était Андропов… ce mot ne voulait strictement rien dire, et j’ignorais en quelle langue il était écrit… pourtant, je l’avais compris : Andropov. J’en avais alors déduis que cela avait un lien avec moi… mais de là à savoir si cela était mon nom, il y avait un fossé. Tout comme entre ce que je pensais qu’elle me rappelait, et elle.

    Spoiler:
     

      « Mais cela n’a pas d’importance. »


    Posant un pied sur la première marche de l’escalier en bois, je m’interrompis pour jeter un bref coup d’œil à la jeune femme que je laissais derrière moi.

      « Psyché. Je t’apporterai des couvertures et tes fraises dans quelques heures. Tâche de ne pas mourir d’ici-là. »


    Psyché… son prénom était original, mais il lui correspondait. Etrange, recherché, emprunt de mystère et de beauté. Psyché… peut-être allait-elle avoir plus d’importance que je ne le pensais.

    Spoiler:
     

    Je fis un mouvement de la tête pour chasser les souvenirs qui me revenait à l’esprit. Seul comptait le moment présent… Et si elle continuait à me rappeler des réminiscences froides et intangibles, je la tuerais, purement et simplement. Vitesse surnaturelle. J’avais disparu.








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MessageSujet: Re: ▬ la mia cantante insanguinata [CLOS] Ven 21 Mai - 15:20



      « Alexey. »


    Son air décidé laisse place à la surprise lorsqu'il prononce son prénom. Alexey Andropov, chef du clan des vampires jusqu'à peu de temps ? Elle ne l'avait jamais rencontré bien évidemment, mais le savait végétarien. C'était un exemple de maîtrise, de contrôle sur soi, et cette noble décision de ne plus tuer d'humains pour se nourrir l'avait toujours impressionnée...Elle avait été plus que fière lorsque Sayanel s'y était contraint pour elle. Comment avait-il pu déraper ainsi, et l'attaquer ? Mais ce qui la surprend encore plus, c'est cette hésitation marquée.

      « Andropov, je crois. »

    Il croyait ? La surprise la laissait muette. Elle ne savait pas comment réagir. Son regard rejoignit le sien, détaillant sa chevalière. Il ne semblait pas se moquer d'elle en s'amusant à la déstabiliser ainsi. Lui même semblait déstabilisé, en réalité. Incapable de réagir, elle resta là, à le fixer avec une incompréhension mal dissimulée.

      « Mais cela n'a pas d'importance. »


    Comment pouvait-il dire une chose pareille ? Ce fut à ces mots que le poing de Psyché se serra convulsivement, surprise par la soudaine peine qui venait de l'assaillir. Il s'était perdu, et ne semblait pas s'en soucier, mais personne ne pouvait renier ce qu'il était, qu'importe à quel point il pouvait le désirer. Étrangement, le voir ainsi, comprendre son manque de repères, était douloureux. Pourtant, elle ne le connaissait que depuis quelques heures, et n'aurait pas dû ressentir de compassion. Après tout, elle ne devait être rien d'autre que sa proie à ses yeux. Et il n'aurait pas dû être autre chose que le prédateur. Mais elle ne pouvait pas s'en empêcher. Il semblait dur, froid, égoïste, mais tout ce qu'il avait fait jusque là n'avait fait que l'éloigner de cette apparence. Il avait pris soin d'elle, même si cela allait dans son intérêt, et ses accès de violence étaient doux, s'apparentant plus à de la passion qu'une quelconque agressivité. Elle prit soin de garder le silence : il lui était impossible de prévoir ses réactions, et elle ne tenait pas à le mettre hors de lui par une parole maladroite ou déplacée maintenant qu'elle le sentait se rapprocher un peu. Rien qu'un peu, mais assez à ses yeux pour ne pas tenter briser cette ébauche fragile de relation.

      « Psyché. Je t’apporterai des couvertures et tes fraises dans quelques heures. Tâche de ne pas mourir d’ici-là. »


    L'entendre prononcer son prénom eu un effet étrange sur elle. Elle n'avait pas pensé qu'il l'appellerait par son prénom aussi rapidement, qu'il accepterait de la voir comme une femme, une humaine portant un nom et un prénom, une histoire. Lui semblait avoir mis de côté la sienne, et elle s'était attendue à ce qu'il en fasse de même avec elle.

      « Je ferai de mon mieux. », répondit-elle avec un demi-sourire qui aurait dû la faire passer pour une folle. C'était bête, mais il l'amusait sans le vouloir. «Merci... Alexey. »


    Puis il y eu ce mouvement, bref mais perceptible, qui la troubla. Il avait secoué la tête, comme elle le faisait si souvent pour chasser les pensées parasites qui s'imposaient à son esprit. Il était bien en train de se forcer à rejeter certaines choses, comme son hésitation et son indifférence apparente le lui avaient chuchoté. Avant même qu'elle ne tente de savoir si elle ne se trompait pas, il avait disparu dans un courant d'air. Elle soupira, et traîna sa chaine jusqu'au lit où elle s'effondra mollement. Le sommeil la gagnait, et elle savait qu'il ne lui fallait plus que quelques heures encore avant de recouvrir complètement de sa perte massive de sang, mais elle ne voulait pas sombrer. Elle voulait être consciente lorsqu'il reviendrait, rien que pour lui montrer qu'elle restait tout de même sur ses gardes... Mais la nuit blanche passée au cimetière et la fatigue qu'avait causé son agression eurent raison d'elle, et avant même de l'avoir réalisé, elle avait plongé dans les profondeurs du sommeil.

    Dring dring dring.

    C'était son téléphone qui sonnait. Les notes la tirèrent doucement de son sommeil, et elle poussa un soupir en se redressant. La douleur dans son cou et son crâne l'élançait toujours un peu, mais elle pouvait totalement l'ignorer à présent. La pièce était définitivement stable, sa vue précise, et elle avait retrouvé des forces. Elle se leva brusquement, cherchant le mobile des yeux, avant de voir son écran clignoter sous l'escalier, hors d'atteinte.
    C'était un objet qu'elle n'utilisait que très rarement, en cas d'urgence extrême, et on ne la contactait dessus que dans le même cas. En réalité, elle ne faisait que prendre des nouvelles de ses enfants lorsqu'elle les sentait en danger, pourtant bien cachés chez sa tante Ielena en province. Et cette sonnerie, c'était celle qu'elle avait attribuée à sa tante. La panique la gagna brusquement. Et si quelque chose leur était arrivé ? Elle était pourtant certaine que là où ils étaient, personne ne pourrait leur faire du mal. Très peu de personnes connaissaient leur existence, et il était impossible de les retrouver en pleine campagne écossaise...Sa tante avait beau être âgée, elle n'en était pas moins une excellente sorcière parfaitement apte à les protéger. De toute façon, même le Spirit ne s'était pas donné la peine de ravager les campagnes...
    Elle passa ses mains sur son visage, et jeta un regard furieux à la chaîne qui l'empêchait de répondre. Il ne fallait pas qu'elle cède à l'hystérie, et tente de s'échapper stupidement. Alexey perdrait l'humanité dont il faisait preuve à son égard si elle venait à essayer de le tromper ainsi, et elle perdrait ainsi sa seule chance de savoir ce qui se passait. Et il fallait aussi qu'elle veille à ne pas paraître trop désespérée, ou il l'utiliserait peut-être comme moyen de pression... Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine, elle tremblait, terrifiée. Il fallait absolument qu'elle se calme avant qu'il ne revienne. Elle s'allongea à plat ventre sur le lit, se débarrassant du manteau, et ferma les yeux en faisant de son mieux pour contrôler sa respiration. Lorsque la sonnerie se coupa enfin, elle parvint à se concentrer et se calmer. Elle se détendit totalement, progressivement, et lorsque Alexey réapparut, elle était toujours dans cette position, les jambes pliées en l'air jouant avec sa chaîne pour la faire tinter doucement. Elle ne l'avait pas entendu descendre les escaliers, trop concentrée à ralentir les battements de son cœur toujours aussi affolé. Aussi, elle sursauta presque lorsque sa main caressa doucement ses cheveux.

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MessageSujet: Re: ▬ la mia cantante insanguinata [CLOS] Dim 23 Mai - 11:44

    J’avais parcouru la ville en long, en large et en travers à la recherche de ces fichues fraises. Les quelques épiciers encore ouverts - dont la grosse majorité était envoûtés - n’avaient que des fruits et des légumes pâlichons, sans aucun intérêt. Qui plus est, l’Angleterre n’était pas réputé pour être le pays des fraises alors ce n’était même pas la peine d’essayer de trouver un verger avec des fraisiers. Non, la seule option qui me restait… c’était d’attendre des livraisons aux docks. Et en un sens, c’était aussi la plus dangereuse puisque les bateaux arrivaient surtout tôt le matin. Aux premiers rayons du soleil, en fait. Mais curieusement, je me sentais prêt à relever le défi, un peu comme si cela allait être un moyen de me prouver que je n’étais pas qu’un monstre assoiffé de sang. Me prouver ? Mais qu’étais-je entrain de raconter ? Depuis quand essayais-je de changer ? Et puis, pourquoi changer ? J’aimais être un vampire. J’aimais me délecter du sang de mes victimes, j’aimais m’enivrer de leur parfum de peur, j’aimais… Oui, j’aimais toujours cette partie de moi, violente, imprévisible, dangereuse. Animale. Mais depuis quelques heures, depuis l’arrivée de cette sorcière dans ma petite routine, j’avais envie d’autre chose. Et cela m’effrayait.
    Tapi dans la pénombre, j’attendais que l’énorme navire que je voyais au loin arrive. J’étais peut-être d’une immobilité à faire pâlir les statues de marbre, mais cela ne m’empêchait pas de réfléchir à toute vitesse. Et à cet instant, je réfléchissais surtout aux réelles raisons qui me poussaient à agir ainsi. A me procurer ces malheureuses fraises que cette belle jeune femme m’avait demandées. En plus, je savais qu’elle l’avait dit de façon à me contrarier, et pourtant j’étais là, à attendre. N’étais-je qu’une marionnette entre ses mains diaphanes et gracieuses ? N’étais-je devenu qu’un brave loup qu’elle aurait réussi à domestiquer d’un coup de baguette magique ? Tant de possibilités qui me hérissaient le poil. Je ne voulais pas être à sa merci… D’ailleurs, n’était-ce pas elle qui était en ce moment même enfermée dans ma cave, retenue par une chaîne ? N’était-ce pas elle, que j’avais mordu si fort et si profondément qu’elle avait sombré dans l’inconscience ? Peut-être. Mais c’était moi, le plus à plaindre. Un mince rayon de soleil m’effleura la main. Bien que cela ne me soit pas fatal, que cela ne m’occasionne aucune blessure, je retirais ma main. J’avais appris à me détourner de tout ce qui pouvait me blesser.

    J’avais passé cinq heures là-bas. Cinq heures ! Cinq heures à essayer de ne pas me faire trop toucher par les UV, cinq heures à rester accroupi dans l’ombre pour ne pas me faire voir, cinq heures pour deux malheureuses barquettes de fraises. De jolies fraises, certes, mais des fraises quand même. Des fraises d’une taille appréciable, d’un rouge étonnant, mais j’étais tout de même énervé d’être resté si longtemps sur les docks. J’étais resté cinq heures sur ces quais puants le poisson, où les humains - parfois deux ou trois envoûtés sur un groupe - juraient comme des charretiers, fumaient, buvaient et riaient d’un rire gras, dérangeant. J’aurais pu tous les tuer. Sans fausse modestie. Il m’aurait suffit de leur briser la nuque, de cacher les corps pour ne pas que les nouveaux venus ne s’inquiètent, puis répéter l’opération jusqu’à ce qu’il n’y ai plus personne. Un beau carnage. Un carnage qui aurait fait la une des journaux, moldus ou humains, dès le lendemain. Voire même dès le matin si les journalistes avaient eu le temps de couvrir l’affaire avant l’impression des journaux. Mais non, je m’étais contenté d’être silencieux. Furtif.
    J’avais traversé le reste de la ville à une vitesse surhumaine, à la fois pour m’éviter de rester en plein soleil, et pour faire en sorte que les fraises que j’avais laborieusement trouvées, ne brunissent. Il devait être huit heures du matin lorsque je passais le seuil de cette vieille maison abandonnée où je l’avais laissée. Avant de descendre à la cave, j’étais monté prendre quelques couvertures sur les lits défaits et poussiéreux encore dans un état relativement bon. Bon, il n’y avait ni bêtes rampantes, ni bêtes venimeuses vu la force avec laquelle je les avais secoués, alors bien qu’ils sentent un peu le renfermé, elle devrait s’en satisfaire. Les barquettes dans une main, les draps dans l’autre, je descendis l’escalier branlant. Un éclat lumineux attira mon regard carmin. L’écran d’un téléphone portable. Que faisait-il ici ? N’était-elle pas une sorcière ? Aucun sorcier que j’avais rencontré jusque là, ou observé, n’utilisait ce genre de gadget purement technologique. Et moldu. Haussant brièvement les épaules, je déposai le tout près de son lit. Elle ne réagissait pas, comme si elle était perdue dans ses pensées. Le doux tintement de sa chaîne en fer n’aurait pas pu occulter le bruit que j’avais fais en déposant mon fardeau, néanmoins elle n’avait pas l’air de m’avoir entendu. Peut-être avais-je, inconsciemment, camouflé le bruit de mes pas. Une habitude de chasseur. Et de vampire. Attiré par sa fragrance, je m’approche, tend la main, et effleure délicatement sa chevelure sombre. Elle sursaute, se retourne légèrement. Ses grands yeux m’observent avec un mélange de surprise et… de peur ? Non. Elle n’a pas peur. Elle n’avait jamais peur de moi… enfin, pas depuis hier soir. Elle n’avait pas montré le moindre signe de faiblesse alors pourquoi maintenant ?

      « Je t’ai apporté tes fraises. Mange-les tant qu’elles sont fraîches. » un temps « Et j’ai tes draps aussi. Je sais, c’est un peu tard, mais je ne sais pas si tu as froid ou pas… Vous autres, mortels, êtes d’une fragilité déconcertante, et depuis que le Spirit est là, il fait de plus en plus glacial la nuit. Alors, je te les ai quand même apportés. »


    D’un geste lent, je sortis de ma poche le téléphone repéré précédemment. Inutile que vous sachiez comment j’ai réussi à le mettre là alors que j’avais les mains occupées. Non, vraiment, cela ne ferait que vous embrouiller l’esprit. Je le lui présente, puis je lis ce qu’il y a marqué sur l’écran.

      « Un appel en absence. Tante Ielena. Apparemment, quelqu’un se fait du soucis pour toi. »


    Rangeant l’objet, je m’approche d’elle et m’assois sur le bord du lit. La chaleur qui émane de son corps est semblable, pour moi, à la chaleur réconfortante d’un feu de cheminée. Je tente de me faire violence, mais ce besoin viscéral que je ressens envers elle est trop fort, trop puissant. Il faut que je la touche. Que je la morde. Que je l’embrasse. Mes doigts passent sur le dos de sa main, courent le long de son bras, chatouillent le creux de son cou et s’y arrêtent. Ils descendent légèrement vers sa poitrine, mais je les arrête brusquement. Je sais qu’elle voit dans mes yeux cette flamme insensée. Celle du désir corporel, celle du désir de son sang. Mais voit-elle aussi à quel point je me retiens pour ne pas la blesser ou la brusquer ? A-t-elle comprit que tout ce que je faisais, je le faisais malgré moi ? Les ressorts du lit grincent lorsque je me penche sur elle pour l’embrasser doucement. Ses lèvres ne sont plus ensanglantées, et même si, de ma langue, je peux toujours caresser la morsure que je lui ai laissée, j’arrive à ne pas y planter de nouveau mes dents. Le poids de mon corps sur le sien l’oblige à s’allonger légèrement. Il serait facile pour moi d’abuser d’elle à cet instant précis, d’autant plus qu’elle est faible et qu’elle n’a pas sa baguette. Mais je ne pense pas à ça lorsque ma bouche bifurque vers son cou. Je caresse le bandage qu’elle a encore. Mes iris s’obscurcissent en pensant au sang qui pulse à travers cette fine enveloppe de chair. Je gronde et l’instant d’après, je suis à trois mètres d’elle. Mon souffle est court, et je n’arrive pas à recomposer mon visage inexpressif.

      « Si tu restes ici, je vais finir par te tuer. »


    Elle l’a sans doute remarqué, mais au moment où je me suis éloigné, j’ai défais la menotte qui entourait sa cheville.

      « Tu ferais mieux de t’en aller, Psyché. »








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MessageSujet: Re: ▬ la mia cantante insanguinata [CLOS] Dim 23 Mai - 17:52



    J'essaye de me reprendre. J'essaye de ne pas avoir l'air d'un petit animal piégé par la peur, ce que je ne suis définitivement pas, mais cet appel, c'est un brusque rappel à la réalité. J'avais cru être détachée de tout, ne plus avoir à m'inquiéter pour ma vie, ni pour personne, mais j'avais été assez stupide pour croire que les seules êtres vivants qui comptaient à mes yeux aujourd'hui étaient hors de danger. Qu'ils ne dépendaient plus de moi. J'étais leur mère, mais c'était à peine si je m'en rendais compte, confortée par l'idée qu'ils étaient en sécurité chez leur tante, au fin fond des plaines émeraudes de l'Écosse. Il y avait aussi le fait que malgré l'instinct maternel qui m'animait même à présent, me faisant trembler comme une feuille, je n'arriverais pas à les élever avec l'amour dont un enfant a besoin. Ma mère m'avait traitée en qualité d'étrangère, et je n'avais pas envie de répéter ce schéma avec eux, même si je savais cela inévitable. Je lui ressemblais tellement.... Ils méritaient une meilleure mère que celle que je serais pour eux. Que celle qu'elle avait été pour moi.

    Son regard profond s'imprime en moi, tandis qu'il lit l'expression d'inquiétude paniquée que j'avais eu tant de mal à dissimuler. Je ferme les yeux et laisse retomber ma tête sur le matelas mou avec un soupir, néanmoins légèrement rougissante. L'intensité avec laquelle il me détaille est paralysante, mais je me reprends facilement cette fois. Me concentrer sur son la visage, ne pas baisser le regard, mais ne pas non plus me laisser une nouvelle fois distraire par sa beauté qui m'hypnotise presque, ni par ce désir absurde de lui ôter l'idée de m'avoir effrayée...

      « Je t’ai apporté tes fraises. Mange-les tant qu’elles sont fraîches. »

      « Et j’ai tes draps aussi. Je sais, c’est un peu tard, mais je ne sais pas si tu as froid ou pas… Vous autres, mortels, êtes d’une fragilité déconcertante, et depuis que le Spirit est là, il fait de plus en plus glacial la nuit. Alors, je te les ai quand même apportés. »


    Je me redresse doucement sur mes coudes. Mon regard reste résolument accroché au sien, mais ce n'est pas le défi qui m'anime. Je murmure un merci et en prend délicatement une de la barquette, toujours légèrement étonnée. Il est un peu hésitant, et ses gentilles railleries me font sourire. Je ressens une vague de tendresse me réchauffer mieux que n'importe quelle couverture. Quel singulier vampire... quel homme singulier. Il savait pertinemment que je n'avais fait que le taquiner, cherchant à le contrarier pour provoquer sa colère, mais il avait fait preuve d'une patience déconcertante. Et malgré moi, j'avais été touchée par cette attention, et bien que restant silencieuse, mon expression s'adoucit encore un peu. Je n'avais aucune idée de la manière dont il y parvenait, mais il me rassurait. Je sentais cette chaleur m'envahir, ce sentiment de sérénité dû à l'intimité involontaire qui s'était invitée entre nous. L'homme qui m'avait presque fait tomber dans l'inconscience, enfermée et enchaînée me faisait ressentir ce genre de choses. J'étais décidément plus atteinte que je ne le pensais... Je porte le fruit à ma bouche, mais avant d'avoir pu goûter à sa chair rouge, il extirpe de sa poche le téléphone. Je ne l'avais pas vu le prendre. Je me fige, l'éloignant de mes lèvres.

      « Un appel en absence. Tante Ielena. Apparemment, quelqu’un se fait du souci pour toi. »


    Ne pas laisser mes lèvres trembler. Ravaler cette boule qui obstrue ma gorge, m'empêche de respirer. Je ne sais encore rien, c'est peut être une erreur, ou bien elle appelle véritablement pour prendre de mes nouvelles, sachant à quel point j'étais encline à me mettre dans les situations les plus critiques... Non. Je lui avais parlé trois jours auparavant, et sa voix fatiguée m'avait répondu avec allégresse. Je l'avais rassurée sur mon état, et demandé de me parler des enfants. Elle ne m'aurait pas appelée à nouveau aussi tôt. Je ne lui demande pas de me le donner. Il est évident qu'il n'en a aucune intention, et c'est compréhensible. Il faudra peut être que je l'amadoue encore un peu, mais je suis trop fatiguée et confuse pour penser à user de mon charme pour cela.

    Le téléphone disparaît dans sa poche, et il s'assied près de moi. Il n'a pas besoin de parler, c'est moi qui lis en lui à présent. Sa ressemblance avec Sayanel est douloureuse, tant il semble déchiré par l'envie de s'abreuver de mon sang une nouvelle fois. J'ai du mal à comprendre à quel point cela pouvait leur être difficile, de me toucher sans me frapper, de m'embrasser sans me mordre, de me prendre dans leurs bras sans me briser, d'être intimes sans me tuer... J'ai presque envie de l'encourager, de le laisser faire, tant cette tension est insupportable. S'il arrive à se maîtriser et ne pas me mordre trop fort, je n'aurai pas à retomber dans cet état proche de la léthargie. La perte de sang étant compensée presque instantanément, c'était surtout la douleur des crocs plantés violemment dans mon cou et la possibilité de me trancher l'artère qui m'avait poussée à une tel état de faiblesse.
    Ses doigts frais me caressent, parcourant ma main, puis mon bras, s'aventurant même jusqu'à ma poitrine découverte par ma robe échancrée, envoyant des frissons de plaisir visibles sur ma peau qui se réchauffe. Je n'arrive pas à me détourner de ses prunelles étincelantes, qui me font rougir tant elles sont expressives, dissimulant mal un désir irrépressible. Nul doute quand aux miennes : elles en sont le reflet. Extrêmement chatouilleuse, mes mains se crispent sur le drap, et mes lèvres s'étirent en un fin sourire lorsqu'il arrive à mon cou. Ma poitrine se soulève à un rythme plus soutenu, ma respiration s'emballant au fil de ses caresses. Il se penche vers moi, et c'est avec douceur qu'il s'empare de mes lèvres.
    J'ai une faiblesse sa façon de m'embrasser, tantôt tendre, tantôt violente, et c'est peut-être la raison pour laquelle je me montre si étrangement docile. Bien sûr, il ne me connaît pas, et ignore mon ordinaire aversion pour ce genre de démonstration de faiblesse. J'aurais dû le repousser bien plus tôt, et maintenant il était trop tard, mais c'était un choix que je n'avais même pas envisagé en réalité. Il m'avait entraînée dans cette frénésie passionnelle, et rien qu'à sentir son corps puissant et glacé se presser contre le mien, je n'avais pas à m'en étonner. Je ne peux pas lui résister. Je n'en ai ni la force, ni l'envie, à vrai dire.
    Je rejette doucement ma tête en arrière, m'allongeant sur le dos, et un soupir s'échappe de mes lèvres lorsque les siennes, glacées rencontrent mon cou. Un fourmillement agréable naît dans le bas de mon ventre, tandis que je l'enlace doucement, entrouvrant mes lèvres pour l'embrasser avec plus d'intimité.

    Comme un piège, où l'on consent avec joie à le laisser se refermer sur nous. Je me rappelle hurler à Sayanel que je n'étais pas son objet, ce jouet avec lequel il semblait tant s'amuser, avant de me donner corps et âme lors de notre première nuit, puis les suivantes avec encore plus de ferveur. J'avais presque l'impression de revivre la même situation. J'avais eu l'impression d'être une poupée de chair et de sang avec laquelle il se divertissait, et qu'une fois que mon sang ou mon corps le lasseraient il s'en déchargerait de la manière la plus simple possible, mais son regard, son ton doux, ses caresses délicates...tout me poussait à croire que jamais il ne le ferait. Intentionnellement ou pas. Mes pulsations s'envolent à nouveau, ce qui est particulièrement mal venu étant donné sa position. Qu'importe. Je serre les dents, à nouveau persuadée qu'il ne résistera pas, et attends l'éclair de douleur tandis qu'il effleure mon bandage rougi. Au lieu que ce soit mon cri qui secoue la pièce, c'est un grondement profond qui me fait involontairement trembler. Le temps d'un battement de paupières, son corps ne m'enlace plus. Un clic. Je me redresse lentement, l'observant reprendre son souffle, le visage comme crispé par la torture que je lui inflige inconsciemment. Je m'en veux presque. Mon regard se baisse sur ma cheville, libérée de l'arceau de fer. Je le relève doucement, presque sans respirer. Qu'est-ce que ça signifie ? Vient-il réellement de me libérer ?

      « Si tu restes ici, je vais finir par te tuer. »


    C'était une possibilité non négligeable, en effet. Une issue inévitable, en vérité. La violence de sa nature finirait par avoir raison de sa tendresse à mon égard, et il me trancherai une artère vitale en me mordant trop brusquement, ou me briserai la nuque en m'embrassant avec trop de passion. Je savais n'être qu'un morceau de cristal entre les mains d'un jeune enfant, mais c'était dur à réellement comprendre. Je me sentais parfaitement bien dans cette étreinte étrange, et malgré une première morsure violente, je savais qu'il était capable de se maîtriser, étant donné la retenue et la patience dont il avait fait preuve jusque là. Difficile de penser que c'étaient des preuves d'un effort surhumain de sa part. Mais oui, il finirait par me tuer, indubitablement.

      « Tu ferais mieux de t’en aller, Psyché. »


    Je le regarde, pas sûre de ses intentions. Était-il en train de jouer ? Ou peut-être s'était-il finalement lassé ? Non... Il m'aurait tuée si cela avait été le cas. Je me redresse, mais il me tourne le dos, comme si ma simple vue lui était douloureuse. Je ne l'avais pas dégouté, j'en étais certaine à présent. J'avais du mal à croire que c'était par égard pour ma vie. C'était difficile à croire, tant cela devait lui coûter de prononcer ces mots. Laisser partir une poche de sang à remplissage automatique, qui de plus semblait tout à fait à son goût ? Mon cynisme me fait doucement sourire, mais je le dissimule rapidement, d'autant plus qu'il est résolument tourné vers le mur. Je m'approche lentement, comme attirée par une force incontrôlable, mes talons claquant avec un bruit sourd sur le parquet poussiéreux, jusqu'à n'être qu'à quelques centimètres de lui. Mes mains se posent sur ses hanches, puis j'enlace sa taille, et mes mains remontent avec délicatesse sur sa poitrine tandis que j'appuie doucement mon front contre le creux entre ses omoplates. Je serre un peu sa chemise, tandis que je me hisse sur la pointe de mes pieds pour embrasser la peau nue de sa nuque. Il n'a aucune idée de ma reconnaissance. J'ai presque envie de lui avouer pourquoi il est si important que je le quitte maintenant, contrairement à l'attitude détachée dont j'avais fait preuve quelques heures auparavant. Tout lui dire, pour ne pas qu'il se méprenne sur mes pensées, mes sentiments.

      « J'ai... »


    Mon souffle meurt sur la peau glacée de cet homme étrange. Je n'arrive pas à m'exprimer, sans rougir, sans m'embarrasser. J'ai envie de lui dire que je lui en suis reconnaissante, qu'il m'inspire une confiance étrange, que j'ai presque envie de rester pour mieux le connaître, fouiller ses iris grenat un peu plus... Mais bien évidemment, je me tais. Je relâche mon étreinte, reprends mon téléphone, mon manteau, remets droite ma robe et arrange d'un geste rapide mes boucles, avant de lui jeter un dernier regard. Ma main est posée sur ma baguette.

      « Est-ce que... Est-ce que tu me retrouveras ? »


    Ma question, posée presque innocemment, est lourde de sens. Il n'y a aucune peur là dessous, et il le sait.

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MessageSujet: Re: ▬ la mia cantante insanguinata [CLOS] Lun 24 Mai - 23:31

    Comment voulez-vous que je me retienne de la vider de son sang alors qu’elle m’approche ? Cette fille est totalement imprévisible. Je dirais même que c’est une tête brûlée. Ou alors, elle n’a pas bien conscience de ce qu’elle encourt avec moi… Ou peut-être qu’elle s’en fiche ? Je frémis lorsque je sens ses lèvres se poser sur ma nuque. « Va-t-en ! » ai-je envie de lui hurler. Mais aucun son ne sort de ma bouche. Mes lèvres sont pincées, livides et je me fais violence pour ne pas me retourner et lui sauter à la gorge (ou dessus ?). Je sens les moindres particules de son souffle qui s’éparpillent sur ma peau. C’est une véritable souffrance. Et les battements de son cœur qui résonnent d’une course effrénée contre sa cage thoracique. Je retiens un grondement pour ne pas l’effrayer. Finalement, elle se détache de moi. Le froid m’envahit de nouveau à l’endroit où son corps était collé contre le mien. C’est étrange, cette sensation. Je ne l’avais jamais ressentie auparavant, même pendant que je tenais mes proies entre mes bras tandis que je les vidais de leur sang. Je me sens vide. Je crois que c’est le bon mot : vide. Je ne comprends pas pourquoi, d’ailleurs. Cette sorcière n’est rien pour moi. Certes, son sang m’appelle comme le chant d’une sirène, mais cela s’arrête là. Son corps est attrayant, et ma condition de vampire fait que j’ai envie d’elle, mais cela s’arrête là, n’est-ce pas ?

      « Est-ce que… Est-ce que tu me retrouveras ? »


    Sa voix vibre dans l’air. Les légers frémissements qui parcouraient mon corps tendu à l’extrême s’espacent jusqu’à complètement disparaître. Je me redresse, mes yeux cherchent les siens. Leur éclat bleuté me rappelle les glaciers, la neige. Me rappelle… ? Si seulement je savais où. Intérieurement, je souris de façon sarcastique. Dire que cette femme me rappelle des choses alors que je viens à peine de la rencontrer.

      « Toujours. »


    Il faut que je sorte d’ici, son parfum devient trop entêtant. A l’aide de ma vitesse vampirique, je me déplace pour saisir les barquettes de fraises et les glisser entre ses mains tièdes en les effleurant délicatement. Son souffle caresse mon visage lorsque je me penche pour l’embrasser. Seigneur, que j’aime la douceur de ses lèvres… Je m’écarte avant de déraper et je disparais en prenant l’escalier. Je me réfugie à l’étage, sur le plus grand des trois lits qui sont encore en état de supporter mon poids. J’entends ses talons claquer sur les marches, puis sur les lattes de bois. La porte grince lorsqu’elle l’ouvre. Puis elle claque doucement. La poignée se relève. Je respire à nouveau, mes iris carmin rivés au plafond. Je soupire : sa présence me manque déjà.


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      « Celui qui se transforme en bête,
      Se délivre de la souffrance d'être un Homme
      »


      [Terry Gilliam]
      Extrait de Las Vegas Parano
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MessageSujet: Re: ▬ la mia cantante insanguinata [CLOS]

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▬ la mia cantante insanguinata [CLOS]

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