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L'inspecteur des travaux finis

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MessageSujet: L'inspecteur des travaux finis Ven 2 Avr - 18:56

Je claquai la porte derrière moi et balançai sac et manteau en vrac dans l'entrée. J'avais passé une journée épouvantable. Entre le rabâchage agacés des profs et la stupidité insondable de mes pairs, j'avais aussi dû supporter les railleries voilées de mon prof vampire, qui ne semblait pas vraiment dérangé d'avoir récemment été promu au rang de pauvre mortel. Certes, j'étais la seule à comprendre et je ne me gênais pas pour lui répondre sur le même ton, mais c'était pas mal frustrant quand même.

Espérant me calmer un peu, j'allai chercher ma guitare et m'installai en tailleur au milieu du salon. J'avais à peine gratté trois cordes qu'un son désagréable venait perturber mes harmonies : quelqu'un frappait à la porte. Je soupirai. Allons bon, c'était pas mon jour. Je posai mon instrument sur le sol et retournai à l'entrée. Je recevais très peu de visites (pour ne pas dire aucune) et je n'étais pas franchement curieuse de savoir qui venait troubler la paix de mon petit havre miniature. Fichez-moi la paix et laissez-moi vivre.

Malheureusement, je savais qu'il valait mieux que je réponde. J'en eu vite confirmation en entrouvrant la porte : je reconnus sans peine les deux gus du département de l'enfance. Gé-nial. En même temps, j'aurais dû m'en douter.

-Hey ! V'là les flics, lâchai-je, sarcastique - et résignée.

Je m'écartai du passage, bien à contrecœur, pour les laisser entrer. J'aurais pu, je les aurais laissés mariner dehors jusqu'à ce qu'ils en aient marre. Mais ça n'aurait servi à rien : ils auraient eux-mêmes insisté jusqu'à ce que moi, j'en ai marre. Ils en étaient capables, ces deux bougres. Ils étaient déjà venus me rendre visite à l'orphelinat, il y avait trois et six mois. Ils étaient chaque fois repartis en me laissant une très mauvaise impression. Vermine.

-Faites comme chez vous, ajoutai-je, ironique - ils ne m'avaient pas attendue pour se croire chez eux.

L'appart ne payait pas de mine. Un toit en pente, des murs gris et un parquet plus rayé que ciré, des portes de bois qui mériteraient d'être revernies un bon coup... Des toiles d'araignées pendaient du lustre bon marché terni par un amas de poussière (je n'avais pas encore pris le temps de monter sur une chaise pour aller récurer un peu tout ça). Le coin cuisine sommairement décrassé deux mois plus tôt, dont seul le comptoir le séparant du salon avait conservé quelque chose d'accueillant. La guitare abandonnée par terre, devant une horrible table basse disparaissant sous un monceau de notes de cours diverses et de partitions dépareillées.

En gros, une espèce de vieille chambre de bonne à l'ancienne, d'époque même, située sous les combles, et très mal entretenue. Avec le salaire de misère d'une serveuse de resto-café mineure bien qu'émancipée, on ne pouvait pas s'attendre à mieux ; il pouvait paraître affreusement vétuste, n'empêche que c'était chez moi. En prime, j'adorais cet endroit. On avait une vue imprenable sur les toitures du quartier.

-Les rats ne sont pas encore de sortie, dis-je en refermant la porte, comme si j'annonçais que ma copine de chambre n'était pas encore rentrée de cours. Mais si vous restez un peu, vous devriez pouvoir les voir. La piste de danse est par là, conclus-je en désignant un coin miraculeusement vide du salon, devant une vieille chaîne hi-fi récupérée du rebut.

Je me retins difficilement d'éclater de rire devant le regard consterné que les deux bonshommes me retournèrent. A voir leurs têtes, on aurait cru que j'avais atterri sous un pont ! D'un autre côté, c'était quand même très vexant. Déjà, il fallait se rendre compte que je n'étais là que depuis deux mois tout juste ; le temps de trouver un boulot correct et un truc à louer, presque quatre mois s'étaient déjà enfuis à travers les courants d'air de l'orphelinat. J'avais bien cru ne jamais pouvoir en sortir. Bref, en deux mois passés avec cours et soirées job, je n'avais pas franchement eu le temps d'y faire le grand ménage de printemps. Pas non plus le tour de tous les antiquaires de la ville ; c'était déjà bien que j'aie réussi à transformer ce vieux grenier en espace habitable - et sans aide, encore.

-C'est ici que vous vivez ? demanda le plus jeune des deux, avec son allure d'agent secret propre sur lui.

-Il semblerait, répliquai-je succinctement, tout amusement envolé.

-Vous vivez seule ici ? demanda l'autre, un gros rougeaud aux lunettes en hublot de bateau, un carnet toujours à la main, tel un hippopotame reporter.

-Ça serait une solution, répondis-je après une courte réflexion.

-Une solution à quoi ?

A mes factures ? Je ne pouvais vraiment pas leur répondre ça. Je me contentai d'un haussement d'épaules désabusé.

-Votre salaire vous suffit ?

Mon silence ne les avait pas bernés. Dommage.

-Vous travaillez toujours au même endroit ?

Ah oui, l'endroit. Ils avaient presque fait un scandale quand ils étaient venus voir mon lieu de travail. Mon chef en avait presque fait une syncope - j'avais réussi de justesse à éviter d'être virée.

-Hey, on est en temps de crise, mon gars, on fait avec ce qu'on a. C'est pas parce que t'es super bien payé pour aller fliquer les gens que c'est pour tout le monde pareil.

Bon, j'avais un peu poussé le bouchon, mais l'entrée impromptue d'un jeune bellâtre dans mon petit appartement suffit à détourner les esprits de la cocotte minute sifflante - le mien y compris.

-Hey ! m'écriai-je aussitôt, outrée, oubliant instantanément les deux zozos qui se trouvaient avec moi. On frappe avant d'entrer chez les gens !
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MessageSujet: Re: L'inspecteur des travaux finis Mer 14 Avr - 9:59


    Me rendre à l’atelier n’était jamais une sinécure. Il y’avait d’abord la volée d’escaliers à gravir avec métier ; car on ne pouvait l’aborder l’esprit léger sans commettre un sacrilège. Il fallait à chaque pas s’appliquer d’ors et déjà à participer de son être au pays des poutres et des cloisons de fortune ou l’on allait bientôt entrer. Me rendre à l’atelier était un rite. Il y’avait surtout, entre la dernière marche franchie et le seuil de mon grenier, le couloir et sous la semelle, son plancher grinçant, comme un ricanement cynique. Je pris vite ce couloir poussiéreux et, fréquenté par ma seule personne, en adoration. Comme toutes les longues gorges sombres, parce qu’on ne sait jamais ou elles nous mènent et qu’elles ne nous dévoilent rien des secrets enfouis derrière les parois ou trop grandes ou trop petites. Ma porte était au fond, dans la pénombre insondable de cet édifice voué à la décrépitude. Et je me réjouissais déjà de la refermer derrière moi, scellant ainsi mon espace mortel. Là lorsque le soleil se faisait trop joyeux ou entêté, les parchemins se noircissaient à vue d’œil sous les assauts de mes pensées torturées. L’atelier était un havre, insoupçonnable aux âmes grouillantes de l’extérieur, et tant que l’administration occupée par d’autres sujets, n’érigeait pas un avis de démolition, je n’avais pas à craindre quelques curieux audacieux.

    Tu verras comme dehors la nuit cherche à tomber! Les passant effrayés allument leurs bougies, tous, sans exceptions. Eux sont fous...oui, ce sont eux les fous! Les enseignes jouissent bruyamment des flots de lumière qui coulent vers les fleuves. C'est la grand amnésie collective, tous chantent la déesse électricité. Ah, ce que j'aimerai que tu vois ça; cet or du soir qui ne peut pas tomber. Ils défient le poète, les bougres! Pourtant moi aussi pris par la tempête, je luis. J'en suis un, ça y est. Bourgeon de lumière dans la ville incandescente. Quelle folie pour rien; la lutte est vaine, ils le savent très bien. Pourquoi m'entrainent ils? Les hommes sont des enfants papa, des enfants qui ne veulent pas dormir et fantasment. Je me rassure, nous sommes plus que cela! Ou peut être me trompe je ... avant d’être objet de convoitise n’étions nous pas l’âme même de ces zones urbaines, doux royaumes d’abondance ? Cœur de l’indomptable, cette création qui échappe à toute main. Désormais la cité se fédère ... elle espère gagner la nuit. Et nous sommes tous des allumeurs de réverbères. L’engrais des rêves.
    Je suis las face à ma feuille, ma plume bute. Les idées germent. Tu m’avais dis de t’écrire, j'attends la maturité. Je bloque sur mes images. Crépuscule, je les ai toutes. Il me manque une matrice, un fil, un truc quoi! De l'action, un machin, un génie, du génie ,une muse, tout cela je n'en sais fichtrement rien. Ca m'afflige, me nuit et conspire à me nuire. Je me promène tous les soirs pour trouver la merveille des merveilles. Je vie crépusculaire sur mon carnet de notes. Papa si je pouvais je t’enverrai ces brouillons multiples, fragments d’accoutumance à ma nouvelle existence. Et tu viendrais me rendre visite. Nous rendre visite. Je sais que tu te consume dans le désir coupable de revoir ta fille. Papa, je ne sais plus te parler, alors même que ma plume est déliée. Trop d’effusion d’atomes crochus mélancoliques. Dans ces nuits d’asphalte, il y a des types, des gosses, des gens paumés. Si tu savais comme je les aime, ces hommes et ces instants où je perçois leur cœur qui pompe d’un seul coup plus de sang, puissamment, où leurs os se remplissent d’une substance étrange qui les rend si solides, si forts d’être un peu plus humains. Rien ne s’explique, tout s’écrit dans les mains, celles qui se tendent, celles qui s’accrochent. Papa te souviens tu du volume d’un silence ? On y cache un paquet de mots, un sourire, un bout de ‘merci’, un lambeau de larme. Même un ‘je t’aime’ si l’on n’y prend pas garde. Papa j’aurai besoin de ces moments de doutes, de fébrilités, de fièvres pour me sentir exister. Pour ne pas être qu’un rocher de ville, un coin de banc, des souvenirs…

    De la raison à la déraison… Si sa transformation l’avait assurément tiré in extremis d’un trépas certain, Alexiel n’arrivait pas à se départir de ces relents d’humanité qu’il ne pouvait se résoudre à ignorer, dédiant ainsi sa capacité à ressasser un passé encore proche à l’archipel de l’insomnie quotidienne. Peut être cette remise en question douloureuse se révélait expiatoire, témoignant de la présence d’ultimes festons d’humanité. Du moins était ce rassurant à croire pour son esprit encore hétérogène. En temps que jeune vampire, sa conscience en était pour le moment au stade formateur, et s’il possédait le potentiel pour devenir l’un des psychopathes peuplant déjà ces nuits, d’autres sentiers plus mesurés s’esquissaient encore. Pour peu qu’il prenne conscience que son cas n’était en rien le résultat d’une fatalité qu’il ne pouvait inférer. Mais cela était une autre histoire. Pour l’heure, désireux d’échapper aux serres menaçante de l’introspection, notre jeune ami prit la fuite par les toits.

    Les couleurs des ruelles. Jamais vives ou vivantes. Certains murs étaient repeints assez fréquemment mais on avait toujours l’impression qu’ils étaient sales, sûrement la peinture était elle même sale…Ce qui devait constituer la nouvelle jeunesse de certains bâtiments se trouvait avoir la vocation de la morosité, avant même de subir l’épreuve du temps. Et tous ces manants muent par leurs propres desseins, peu recommandables, peu ambitieux…Ces nombreuses âmes qui à défaut de savoir ou se poser volettent partout, agaçante, inutiles. Cherchant le cadavre…Soustrayant ses sens à toute autre préoccupation que celle de mettre à nu les rares passants qui à cette heure déambulaient en contre bas de manière faussement assurée, motivés par la seule expectative de trouver une porte ouverte avant que le linceul céleste ne se déverse, impartial, Alexiel s’aperçut bien trop tard qu’il s’aventurait en une zone bien trop fragile, même pour sa silhouette fluette. En moins de temps qu’il n’en faut pour s’en apercevoir, le jeune homme se retrouva au milieu d’une atmosphère poussiéreuse, déséquilibré pas l’amas de décombres qui laissaient un trou béant vers une voûte incertaine dans ce qui, il y’a peu de temps encore, avait était une toiture.
    Son ombre dantesque se révéla petit à petit au trio qu’il avait interrompu. Vêtements léger couvrant à peine sa peau d’albâtre qui loin de craindre les courants glacés s’en abreuvait. Une chemise de lin aux allures d’antan, un vieux pantalon de toile remonté jusqu’à ses genoux, délaissant ses pieds éternellement nus offerts aux quatre vents. Il avait toujours apprécié le confort de ce qui pouvait apparaître comme des guenilles pour ceux qui considérait cette apparence dépareillée comme témoignage d’un quotidien médiocre. Son regard opalin se posa tour à tour sur les protagonistes d’une scène sinon étrange, en tout cas peu singulière. Et ce sentiment emplit la silhouette dangereusement candide d’Alex, d’une satisfaction non feinte qui se traduisit par un rictus énigmatique ; une espièglerie certaine à laquelle s’ajoutait on ne savait qu’elle lueur animale.

    Deux pantins, à l’identique tenue corporelle, comme s’il était trop fatiguant de se détacher un temps soi peu par soi même. Mimétisme intégré par des âmes à coup sûr noyées dans une habitude tout ce qu’il y’avait de plus lassant. Leur stature érigées dans l’embrasure d’une porte que malgré leur assurance apparente, il se refusait à franchir. Ils semblaient craindre la lueur – terne car ici, même le soleil et le ciel semblaient cireux, plein de poussière, ballants entre les dimensions. Il était indéniable que leur patience était mise à rude épreuve… Et par qui d’autre que ce visage féminin renfrogné ? Alexiel percevait la jeune femme dépouillée de tout ce qui fait habituellement la personnalité humaine. Ces traits que l’on adopte sans savoir si il s’agit vraiment de ce que l’on est, de ce que l’on vaut. Le masque de la bonne figure, de la sympathie. Ou dans certain cas d’une assurance certaine, une attitude hautaine qui au final ne tenait pas bien longtemps dans des situations critiques. Une énième chose qu’il prenait avec délice ; se retrouver face au vrai visage de cette piètre humanité. La nuit révélait les vrais visages… C’était même à lui qu’incombait le privilège suprême de faire tomber ces façades courageuses et audacieuse. Il ne connaissait rien de la vie de toutes ces âmes incertaines qu’il croisait et pourtant, il n’avait pas besoin de plus d’une lune pour les cerner et, à de très rares exceptions , en faire le tour. Dans le cas présent, notre jeune ami s’étonna que les deux individus qui minutieusement détaillaient les lieux de leurs pupilles de rapace ne se soit pas encore ratatinés sous le regard de cette gamine irrévérencieuse qui exprimait clairement son impatience à les voir quitter son territoire. Animal. Peut être est ce cette attitude qui inspira Alex… Inspiration mue par le désir de se retrouver seul à seul avec cette inconnue afin d’en apprendre d’avantage. Les personnalités humaines étaient certes bien souvent décevantes, mais les occasions de rencontrer une exception étaient assez rare pour qu’il prenne sur son éternité quelques heures. Chaque atomes d’oxygène avait semblé être aspiré par sa silhouette, enfantant une atmosphère frémissante, une enclume qui s’abattait sur les trachées tentant d’ignorer ce phénomène bien réel. Prince du silence, il le brisa de manière peu attendue. Il venait de tomber du ciel tel un orage imprévu, et son attitude confirmait l’impression d’être sorti de nulle part.

    « C’est bien ce que je pensais, mon grand père n’avait pas prévu que ses poutres seraient habitées lorsqu’il s’est dit que sa toiture tiendrait bien des décennies alors même que lui aurait les deux pieds dans la tombe. »

    Il se releva usant d’une élégance qui suintait de ses moindre membres en mouvance. Quelque chose d’hypnotique,…Les décombres accouchèrent de sa silhouette à l’attitude assurée des plus convainquante. Regard aux milles facettes furtif vers la jeune femme.

    « Je vois que vous avez réussi à vous installer malgré les nids de poussières récurrents… Vous m’excuserez de n’avoir pu venir faire état des lieux en votre compagnie plus tôt, quelques affaires urgentes, la paperasse de l’héritage vous savez… Je m’empresserait de faire venir une équipe afin de vous venir en aide afin de rendre ces combles habitables…Que vos délicates mains ne deviennent point calleuse sous la tache. »

    Ses traits qui se posaient sur chaques détails comme pour évaluer l’ampleur de l’effort à fournir, air professionnel, ne purent s’empêcher de s’étirer en une pointe cynique qu’il destinait à l’inconnue qui lui faisait face. Brusquement il se retourna vers les deux armoires plantées indécises sur le seuil.

    « Nous n’avons pas eu l’honneur d’être présentés, Alexiel Wolstenholme, propriétaire des lieux… Vous désirez ? »
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MessageSujet: Re: L'inspecteur des travaux finis Lun 26 Avr - 18:17

Le spectacle de mon toit défoncé, de mon salon dévasté, et ce bonhomme dégingandé affalé au milieu de tout ce fatras, poussiéreux, pieds nus, me rendaient muette. J'étais sidérée, effarée - ok, scandalisée. Pou couronner le tout, cet espèce de singe malappris était tombé droit sur ma guitare, laquelle gisait maintenant en miettes sous les poutres fracassées de ce qui m'avait tenu lieu d'abri pendant trop peu de temps. Mon déjà si laborieux départ dans la vie, piétiné avec la plus insolente des insouciances... Admettez qu'il y avait de quoi rager.

L'individu hautement suspect ainsi débarqué chez moi n'eut pas l'air tellement dérangé par son exceptionnelle entrée en scène - pas plus que par les regards globuleux que lui jetaient les deux abrutis en visite ni même par celui extrêmement furieux que je lui dédiais. Il se contentait de nous regarder d'un air follement innocent qui me donnait des envies de meurtre. Ce mec, c'était la cerise sur un gâteau déjà franchement indigeste. Il avait l'air chez lui, tranquille, sans souci, pas le moins du monde alarmé à l'idée que le toit avait complètement cédé. Pas gêné, le type. Et il se préoccupait de mes mains délicates Je lui aurais bien asséné une gifle histoire de lui remettre les idées en place, mais l'évocation du terme "propriétaire des lieux" me coupa dans mon élan.

Hey, attendez une minute... Depuis quand le proprio s'appelait Wolstenholme ?

Les deux zozos aux costumes bien taillés avaient l'air de se demander si l'on pouvait bien faire confiance à un hurluberlu de cette sorte et, pour tout avouer, je me posais la même question. Avec une réponse foutrement évidente : non. Qu'il soit ou non le véritable propriétaire de mon appart, il me semblait surtout synonyme d'emmerdes monstrueuses avec le département de l'enfance. J'avais vraiment pas besoin de ça. Je devais trouver une solution avant que les deux autres se remettent de leur surprise et s'en mêlent. Pas une mince affaire, loin de là.

Surtout si je devais commencer par garder mon calme - que j'avais déjà perdu à la vue des deux messieurs.

-Vous êtes son propriétaire ? répéta le plus jeune en fixant le nouveau venu, reprenant ses esprits plus vite que je ne l'avais escompté.

-C'est votre propriétaire ? me demanda l'autre en se penchant vers moi.

J'hésitai, réfléchissant à toute vitesse à mes options. Je n'en avais pas beaucoup. Je pouvais nier et me retrouver avec trois abrutis sur le dos, bombardée de questions de toutes sortes avec à peine le temps de répondre et sans trop savoir où j'allais finir. Ingérable. Ou je pouvais acquiescer, espérer que le déguenillé joue son rôle correctement et me retrouver avec un seul abruti dont je devais encore tirer deux ou trois choses - réparation, pour commencer. Déjà mieux. Si l'on partait du principe que Mr Wolstenholme se tienne à carreau et ne nous ramène pas de lui-même à la solution un.

-Oui, c'est le proprio. Vous fiez pas à ses frusques, c'est qu'il attend toujours mon loyer...

Dans les dents, sieur Wolstenholme. Je lui dédiai un nouveau regard furieux, accompagné d'une nouvelle pique.

-Bien entendu, je crois qu'il pourra toujours l'attendre s'il ne s'occupe pas vite fait bien fait de mon toit.

-Bien entendu, fit le plus jeune distraitement en notant quelques mots dans son carnet.

-Bien entendu, répéta le plus gros tout aussi distraitement en notant également quelques mots dans son carnet.

Ouh, ça sentait mauvais, ça. J'allais me faire éjecter de mon appartement en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, si je n'y prenais pas garde. En même temps, vu l'état lamentable dans lequel il était, à présent, j'aurais aussi vite fait de m'éjecter moi-même. Adieu le confort à bas prix.

-Nous sommes envoyés par le département de l'enfance, section de régulation de la jeunesse, si je puis m'exprimer ainsi.

Lui-même n'avait pas l'air si âgé que ça ; je ne lui donnais pas vingt ans.

-Dans le cas présent, nous sommes chargés de nous assurer du bon déroulement de l'émancipation de miss Savannah Brooks, ici présente.

Une façon politiquement correcte de définir le flicage obsessionnel dont j'étais l'objet depuis mon émancipation.

-Selon vous, miss Brooks est-elle une bonne locataire ?

-Comment définiriez-vous miss Brooks ?

-Miss Brooks ne vous a-t-elle réellement payé aucun loyer à ce jour ?

-L'hébergez-vous gratuitement ?

Quelle raison vous a poussé à accepter de lui louer cette chambre ?

-Diriez-vous que vous êtes proche de miss Brooks ?

-Eh, stop ! Stop ! Ça suffit comme ça les questions !

J'en avais déjà des vertiges. Et puis mieux valait les arrêter là, avant qu'ils ne commencent à poser trop de questions personnelles à mon prétendu proprio. Si je les laissais faire ça, la supercherie serait vite découverte, aucun doute. Et j'avais peur des réponses de l'ange tombé du ciel - certes, il était beau, mais on faisait mieux comme ange qu'un imbécile maladroit qui fracasse tout sur son passage.

-Si vous voulez lui faire passer un interrogatoire, vous avez qu'à le mettre en état d'arrestation et débarrasser le plancher, ça me fera des vacances, lâchai-je. Vous avez même déjà le motif : destruction de biens, effraction... vous avez l'embarras du choix.

Non, visiblement l'idée ne leur plaisait pas. Ils me gratifièrent tous deux d'un regard noir identique, avant de se tourner de nouveau vers l'intrus, carnets en main, prêts à prendre des notes.

Dieu et diable, je le sentais très mal, ce coup-là...



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