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Au détour d’une ruelle fort peu fréquentée....|Alexey|

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MessageSujet: Au détour d’une ruelle fort peu fréquentée....|Alexey| Mar 8 Déc - 1:09

    « Il croit son âme plus obscure que la nuit elle-même et m’a chassé de sa vie, n’est-ce pas l’histoire la plus triste que vous ayez jamais entendues ? » babillais-je espiègle à l’oreille de cette horrible sorcière qui, sans baguette, n’est qu’une poupée prisonnière de ma rancœur.« Je sais... Vous avez l'air émue . Ou, peut-être vous sentez vous coupable, ce qui ne m'étonne guère. Si vous m'aviez laissé en paix, jamais je n'aurais été arrachée à sa vie. Il ne m'aurait abandonné et vous n'auriez pas à le payer de votre sang. Allez, ça effactera vos pêchés, je vous ouvre les portes du paradis. Remerciez-moi au lieu de gémir comme un bébé. »

    Durant des mois, cette misérable mortelle et ses cupides acolytes m’ont retenues captives pour quelques gouttes de mon sang et aujourd’hui, j’ai cette ferme intention de me nourrir du sien. Quel délicieux paradoxe. Il envole un malicieux éclat de rire au timbre cristallin de ma voix mutine et mes traits s’illuminent en prévision de ce festin. Mon hilarité est effrayante et d’ailleurs, elle accélère le rythme cardiaque de ma proie. Pauvre petite chose. « Tu as peur ? » interrogeais-je en m’éloignant à pas feutrés afin d’asseoir ma frêle silhouette sur le sol humide et terreux de ce familier cimetière. Ligotée à un autre saule pleureur, mon repas voudrait me répondre mais je n’ai que faire de ses lamentations. Quoiqu’elle dise, elle mourra !

    « Chuut. Un peu de respect voulez-vous ? Vous m’empêchez d’entendre les battements de votre cœur et j’attends que vous acceptiez l’évidence de votre mort. La peur gâcherait votre goût. Alors, par pitié, je ne voudrais pas que le sang tourne… Appréciez le paysage, écoutez ma voix et mon récit mais s’il vous plait, calmez-vous un peu…» ai-je alors conseillé avec un flegme presque insultant, lui racontant nonchalante ma rancune comme mon amertume malgré ses assommants sanglots….Je conte comme elle pleure et soudain, c’est le silence…Seul persiste à mes tempes le souvenir des derniers battements de son cœur. Alors, je me relève, repue et désolée d’avoir abîmé son cou de cygne quand elle s’est débattue comme une lionne et je quitte ce funeste lieu, jetant un coup d’œil nostalgique sur l’érodée pierre tombale de cette Becky Sanders.

    [i]Son marbre interpelle tant ma mémoire que seule Big Ben m’éveille. Ding….Dong….Il sera l’heure…Bientôt…. Je ne peux m’éterniser plus longtemps au creux de mon passé. L’avenir m’attend et il s’annonce pugnace et menaçant. Une guerre se prépare et les miens s’assemblent pour discuter de l’avenir de notre espèce…. Moi, j’avoue, je m’en moque mais, si mon chef me convoque, je ne peux qu’accéder à sa requête. Pfff…Quel sensé avis pourrais-je offrir quand souffle autour de moi un vent violent de vengeance ? Je mène ma propre bataille contre de vieux ennemis et mon ancienne doctrine.

    J’étais vampire humaine et végétarienne et les grâces d’Alexey ne s’allouent qu’aux sinistres et menaçants personnages tels qu’Eden ou Charlotte. Alors, pour qu’enfin il me revienne, je brûle candeur et innocence sous l’œil averti de ma nouvelle amie. Je chasse et je tue, qu’il reste à mes lèvres l’empreinte des peaux chaudes et sucrées de mes victimes….qu’il demeure à mon parfum un peu de leur sang et ainsi j’espère qu’il me verra à nouveau et qu’enfin, nous partagerons de nouvelles heures de douces confidences. Le verrais-je aujourd’hui ? Répondra-t-il présent à l’invitation de Lokhyan ? Devrais-je affronter son regard et cet étrange sentiment qu’on me nomma jalousie, un jour ? Ainsi anxieuse, je croque l’horizon de mes pupilles curieuses et cherche un peu de courage quand le vent fait craquer les branches et que la lune habille de marbre le corps sans vie de la sorcière. J’esquisse alors un sourire, m’imagine plus forte que Charlotte et enfin, je m’en vais, trop vite et trop tôt…

    Au détour d’une ruelle à pavé fort peu fréquentée, je hume à proximité du hangar mais l'air est vide de connaissance. Je suis la première arrivée alors, me fondant dans la noirceur de la nuit par ma robe aussi noire que mes cheveux déliés, je grimpe sur les toits, guettant l’arrivée d’un autre membre de l’assemblée. Les minutes s'égrainent et personne ne vint, sauf peut-être mon univers : Alexey. Il est encore loin d’ici mais je reconnais le parfum de notre vieille demeure. Il est seul et quelques uns de mes rêves prennent enfin tout leur sens… il prit le temps, durant son exil, de retrouver nos murs et nos meubles…alors, je cours le rejoindre sans quitter les hauteurs de la ville et puisqu'il sait sans doute que j'approche, j'oublie politesse, forme et convenance quand ma curiosité s'exprime avec un enthousiasme rare :


    « Ont-il détruit notre manoir ou Brûler mon piano ? Et Moscou ? Est-elle toujours aussi belle ? Elle me manque tu sais. J’aurais voulu t’accompagner mais, que veux-tu, je ne suis plus digne de ta compagnie à présent…….»

    Certes, les premiers mots s’étaient voulus tendres et sincères mais, l’idée que peut-être, Eden aurait partagé ses souvenirs aux hasards des longs et larges couloirs de notre demeure m’écoeure tant que j’en deviens amère….
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MessageSujet: Re: Au détour d’une ruelle fort peu fréquentée....|Alexey| Jeu 10 Déc - 19:10

    Londres et ses bruits. Londres et ses voitures. Londres et Big Ben. Cette ville avait un arrière-goût de cendres, comme si me trouver en ces lieux n’était et n’avait jamais été ma place. En un sens, c’était la pure vérité : j’étais le chef des Andropov, pour peu que cela signifie encore quelque chose. J’aurais dû m’occuper des affaires des miens, ne pas vagabonder aux quatre coins du globe, pourtant je le faisais. Et j’adorais ça. La vitesse à laquelle j’évoluais désormais me grisait au point le plus haut. J’étais fort, j’étais invincible. J’étais vivant. Et tout cela je le devais à une seule personne. Un être de perfection qui m’avait ouvert les yeux sur mon présent et mon futur. Un être que j’avais appris à apprécier pour ce qu’elle était mais que je tentais toujours de ramener un tant soit peu vers le végétarianisme. Eden Lancaster.
    A peine la vision fugace de son visage diaphane auréolé de lumineux cheveux d’or me parvint que les éclats de voix que nous avions échangés quelques jours plutôt me revinrent dans le même laps de temps. Je supposais qu’elle s’était ainsi emportée car elle se rendait compte que nous commencions à avoir besoin l’un de l’autre… Ou peut-être n’était-ce que l’espérance de mes rêves qui m’avait fait penser ça à cet instant ?


    « Que je vienne avec toi ? Je ne suis pas ton petit chien, Alexey ! »

    Ce ton outragé, chargé de reproches même hantait ma mémoire. Elle n’avait pas voulu m’accompagner. Mais cela n’avait rien à voir avec les réminiscences qui m’accablaient autrefois. Mon âme, je l’avais perdue au profit de ma liberté, c’était un fait clairement établi désormais. Je chassais parfois les hommes, lorsque mon Amazone m’accompagnait, nonobstant ce n’étaient que des proies dites « criminelles » aucune goutte de sang innocent n’était versée. Ce n’était certes qu’une piètre excuse, mais je me confortais dans cette idée lorsque les idées noires revenaient m’assaillir et que je ne pouvais me distraire. Les mains fourrées dans mon long manteau sombre, je marche la tête baissée dans les allées toujours plus sombres de la ville.
    Il faisait moins froid qu’à Moscou. Je le ressentais bien malgré le fait que le marbre dont j’étais fais était au-dessous de zéro depuis bien longtemps. Là-bas, les lacs étaient recouverts d’une épaisse couche de glace d’une trentaine de centimètres et le moindre animal était rentré pour ne pas souffrir du gel. J’y étais retourné il y a de çà deux jours afin de constater les changements de mes propres yeux. Je ne savais pas ce que je m’attendais à retrouver là-bas ; une famille, peut-être ? La mienne avait éclaté en mille et un morceaux de porcelaine. Et j’avais abandonné depuis des lustres toute intention de les réunir pour les recoller. Les fissures n’en seraient que trop visibles. Nous avons trop soufferts, trop changés aussi pour faire semblant d’être restés les mêmes.

    Mes semelles grincèrent sur la neige grisâtre qui trônait lamentablement sur les trottoirs de Londres. Rien à voir avec mon pays natal. Une main lasse vint se glisser dans mes cheveux plus longs, puis sur ma barbe qui aurait bien besoin d’un rasage express. Mon physique, bien qu’indéniablement avantageux, porte les marques de ma sauvagerie naissante. D’abord ma chevelure et ma barbe, puis mes ongles légèrement plus pointus, mes canines qui semblent aussi plus tranchantes et enfin mon regard. C’en était terminé des sublimes couleurs dorées qui animaient mes iris : désormais, c’était une teinte ombragée d’ocre à tendance plus jaune par moment, signe que mon régime oscillait entre deux gibiers. Je n’avais cependant pas honte ; je l’assumais et je me fichais totalement de ce que les autres puissent penser à mon sujet.
    J’étais un homme tout neuf, encore un peu raide de n’avoir pas bougé pendant une durée indéterminable. Pourtant, je voulais maintenant tout voir, tout faire. Ce que je m’étais refusé, je le voulais. Sur-le-champ. La vitesse, la force, l’ivresse. La passion aussi. Celle que j’avais perdu lorsque Charlotte avait coupé les ponts. La douceur dont on m’avait privé lorsqu’Irina fut enlevée. Tout. Je désirais tout, qu’importe le prix. Mais je ne perdais pas pour autant la raison ; il en fallait plus pour me détourner de mon but : débarrasser le monde du Spirit. Et si je me trouvais à arpenter cette ruelle mal famée, c’était pour assister à une Réunion au Sommet. J’ignorais qui y était, néanmoins je ne pouvais ignorer l’appel. Je demeurais le responsable, l’un des plus vieux Vampires.

    Ainsi, à moitié perdu dans mes pensées je n’entendis pas venir la créature. Perchée du haut de son toit, elle m’interpella de sa voix claire et teintante, tel un lutin enjoué. Elle éparpilla mes songes comme le ferait un vent impitoyable à un château de cartes. C’est ainsi que je perçu sa présence, et les effluves qui émanaient d’elle avant de la voir. Elle s’était tout juste nourrie, une auréole de sang l’enveloppait comme un linceul. Je fis la moue. Je n’avais pas spécialement faim, ce qui n’empêchait pas l’animal en moi de gronder de jalousie. Au coin de ses lèvres, à gauche, une minuscule gouttelette demeurait, seul vestige de ce qui fût son repas. Mes yeux d’aigles n’avaient aucun de mal à suivre le doux balancement de la lumière sur cette tâche vermeille, gonflée, qui reflétait la lumière lunaire avec indécence quand sa bouche se mouvait. Je me forçais à détourner le regard pour détailler le reste de son corps.
    Ses traits semblaient s’être émaciés, alors que cela n’était pas possible pour nous autres, Immortels. Une étincelle de folie brillait au fond de ses prunelles de chat sauvage. Elle empruntait les pas de sa nouvelle maîtresse sans grande difficulté à ce qu’il semblait. Les secondes se transformaient en minutes tandis que je la détaillais avec lenteur, cherchant à comparer chaque parcelle de sa peau avec la Muse que j’avais cru connaître. Car c’était bien elle derrière ces airs de sauvageonne. Irina. Je secouais doucement la tête, la baissant pour me remettre en marche. Quelques pas plus tard, je m’arrêtais dans le noir presque complet. Nous ne devions pas nous donner en spectacle aussi près du lieu du rendez-vous. Rajustant d’un air distrait le col de ma chemise blanche, je fixais mes chaussures vernies où le reflet de la Lune en égayait la noirceur. Je la sentis se rapprocher assez pour ne plus que nous soyons à porté de voix. Mes iris se levèrent alors vers sa silhouette longiligne dont j’avais tant de fois vanté inconsciemment les courbes.


    « Tu manges comme une enfant, et tu te comportes comme telle, Irina. Tu n’as rien à faire à cette réunion si tu es incapable de savoir ce qui est vrai de ce qui est faux. » dis-je d’un ton neutre.

    Je sortis les mains de mes poches et fit tourner une chevalière en or massif que je portais au majeur droit. Je l’avais prise dans mon bureau, à Moscou. Elle arborait les armoiries de la famille Andropov. J’y tenais énormément, cela va sans dire.

    « Quand au manoir, non, tout va très bien. Et ton piano est toujours en place. Il n’attend que tes doigts graciles pour faire sonner la mélodie de tes rêves. Il reste quelques Moscovitch aussi… Quant à Moscou, sa température est cette année aussi glacée que ton cœur d’enfant. Tu aurais très bien pu venir, ne t’avais-je pas dit que ta présence à mes côtés serait toujours valable, Irina Andropov ? Tu fais partie de la famille. On devient Andropov, et on le reste qu’importent nos actes. »








      « Celui qui se transforme en bête,
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MessageSujet: Re: Au détour d’une ruelle fort peu fréquentée....|Alexey| Lun 28 Déc - 17:19

    Juchée sur mon perchoir en ardoises, je surplombe la venteuse ruelle en toisant l’ombre de cet être cher à l’allure étonnamment négligée. Curieuse, je le détaille avec minutie, m’ahurissant devant la longueur de ses cheveux d’or harmonisé à sa barbe âgée de quelques jours et me calquant à sa plus leste et plus véloce démarche. Quel étrange pincement au cœur. Chaque pas est semblable au temps érodé l’l’éloignant de moi. Aveuglée de colère, l’aurais-je seulement reconnu s’il ne demeurait son familier et rassurant parfum ? Serait-il lui aussi altéré par ces douloureux mois de séparation ? Bon sang ! Comme j’aimerais le croire… Comme j’aimerais qu’il pose sur mon visage tendu d’espoir un regard transi du désir qu’à sa cause je sois à nouveau acquise… Comme j’aimerais que s’évapore mon voile de cécité lorsqu’il s’agit de notre avenir. Je sais. Crédulité et naïveté sont les moteurs de mes remords et, si je déteste tant sa nouvelle amie, les raisons m’en sont trop floues. Alors, pourquoi repousserait-il cet oiseau de malheur ? Pourquoi chasserait-il ce corbeau pour qu’enfin je retrouve ma place à ses côtés ? Pour répondre aux caprices futiles d’une ignorante enfant ainsi consumée par une haine innommable aux causes inconnues ? J’en doute. Bien qu’il me soit pénible de l’admettre, je suis pour lui aussi transparente que l’air et le vent…mais, comment pourrais-je le blâmer quand moi-même, j’ai tant changé. N’ai-je pas troqué la sagesse d’une tresse pour la sensualité d’une toison noir déliée ? N’ai-je pas remplacé la pureté de mes vêtements blancs pour les faveurs de robes noires ? Seule ma voix cristalline teintant comme une clarine trahit mes us puérils car l’arôme de ma présence puisqu’à mesure qu’il passe, le temps l’imbibe du sang de mes victimes.

    Pressée de l’entendre me conter le décor de notre regrettée demeure, je le hèle, charmante et insouciante, recouvrant durant un instant, l’humanité de mes années végétariennes. Alors, il interrompt sa course et je souris. Ses pupilles inquisitrices dévorent le coin de mes lèvres et mes sombres iris contemplent avec amertume la couleur de ses beaux yeux. Rouges comme le sang ? Noir comme l’ébène ? Caramel comme la douceur ? Ocres comme l’or ? Elles ne sont plus qu’une énigme à la trouble solution, indécise comme son régime et pourtant, d’une telle intensité que j’en baisse les yeux, préférant assurer inutilement mon équilibre en suivant des yeux la rangée de briques que je caresse de mes ballerines. Mains écartées, je sautille comme une enfant s’imaginant funambule mais, insolent, l’artiste de cirque ose un nouveau coup d’œil sur son seul spectateur, découvrant interdite qu’il s’ennuie de son adresse. A présent, il foule à nouveau de son pas décidé les pavés usés de cette rue mal-fréquentée et lui demeure indifférent. Il ignore jusqu’à sa présence et la beauté du tableau. Il néglige même ses questions et donc au cœur éteint du solitaire comédien, s’éveille alors une si profonde tristesse qu’aucune colère ne pourrait l’apaiser.

    Comme à notre dernière rencontre, les larmes me montent aux yeux et pour consolation, je maudis l’ange blond que j’hume au loin. Est-ce pour ces beaux yeux qu’il ne m’accorde plus d’attention ? Est-ce pour lui plaire qu’il redresse le col immaculé de sa chemise blanche ? A cette idée, je deviens folle. Je peste, feule et tape du pied, refusant qu’il me fuie sans autre égard qu’un troublant regard. Je le suis, il s’arrête et observe fixement ses pieds. Qu’attire tant sa concentration pour qu’il abrège ainsi sa course effrénée et que suggère sa soudaine attention pour moi. Elles ne sont que regard insistant et, ainsi accompagnée de boutade et reproche, j’en suis terriblement mal à l’aise. Je perds pied, le rejoint sur la terre ferme, aérienne et vaporeuse sans autre bruit que le timbre de ma réponse :


    « Crois-tu assurément que tu trouveras ta place au sein de l’assemblée quand elle te suivra certainement ? Elle n’a d’influence que sur toi car elle demeure aux yeux des anciens bien moins savoureuse qu’un bonbon à la neige. Alors, par pitié, garde tes leçons pour celle que tu aimes tant et ne juge pas les raisons qui me poussent à rejoindre l’assemblée se préparant. Si j’y suis conviée c’est que moi, contrairement à elle, je peux prévoir ce que vous ne soupçonnez même pas. »

    Si le discours est incisif, il trahit à ma voix tout mon chagrin. Pourquoi faut-il que nos rencontres se ponctuent toujours d’animosité ? Contre quel sentiment mon cœur lutte-t-il ? Pourquoi j’ai mal de n’être que le fantôme de souvenirs heureux ? Pourquoi ne suffit-il pas du reflet de la lune sur le blason de sa chevalière pour m’éblouir ?

    « Mon piano n’est plus qu’un vague souvenir… Pour que courent avec grâce mes doigts sur le clavier, je crains qu’il me manque le talent aujourd’hui. Il n’est pas que de travail, il est aussi de vécu... Aujourd’hui, je ne suis plus faite que de peine, de peur et de colère…. Je suis trop abîmée pour caresser avec délice l’ivoire des ses touches noires et blanches…. » bredouillais-je honteuse d’ainsi avouer que la vie m’a volée l’humanité propre aux véritables artistes. Quelle déception….quelle manque d’honneur.

    J’aimerais, face à lui, ne jamais perdre en contenance et rester maître de moi mais, j’en suis incapable. Mon flegme se mue en une impétueuse passion incontrôlable et s’il parle de notre famille, si j’en reste un membre à part entière, pourquoi ne chasse-t-il pas avec moi ? Pourquoi me refuse-t-il redoutable prédateur quand ces femmes qu’il chérit sont succubes (xd) et/ou carnivores ?

    « Andropov quoiqu’il advienne… C’est ça ? Alors, tu as perdu ton nom Alexey. C’est volontairement que tu n’es plus que l’ombre de la grandeur de ton patronyme puisque bientôt, tu pourrais l’offrir à cette gourgandine qui te dénature et qui t’aveugle….et ce jour la, tiens-le toi pour dit….je te maudirai….Je te maudirai au point de cracher sur ce privilège… au point de la briser de mes mains et ton plus terrible ennemi sera un des tiens…. »

    Ces propos m’exaspèrent et je ne puis le cacher. Ce ne sont pas des menaces que je profère haut et fort en ondulant vers lui tel un serpent. Non. Ce n’est que la plus notoire expression de mon tourment…. Ce n’est que la supplication mal amenée d’une petite fille perdue et abandonné par l’homme qu’elle affectionne plus que la vie elle-même….

    « Car si chaque jour je renie celle que je suis, si mon cœur d’enfant te parait plus froid que les neiges de Moscou, c’est qu’il est épuisé d’attendre que tu ouvres les yeux…. »

    Si proche de lui s’accentue ma petitesse et, dans un élan étonnant de tendresse, j’effleure subrepticement sa joue broussailleuse sans oser toucher sa peau en annonçant penaude, confuse et désolée :

    « Sers-toi de mes yeux comme miroir. Tu ressembles au vampire vagabond qu’il me fallait tant éviter… »
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MessageSujet: Re: Au détour d’une ruelle fort peu fréquentée....|Alexey| Mar 29 Déc - 19:16

    Je demeure silencieux durant son long monologue, ne la quittant pas des yeux. Je respire machinalement, un nuage opaque se formant devant mon visage. Les paroles sortent de sa bouche aussi facilement qu'une lame brûlante coupe une motte de beurre. Si elles me blessent, je n'en laisse rien paraître. Et je m'en émerveille ; d'où me vient cette capacité à fermer mon regard et mon visage ? Comment arrivais-je à faire en sorte que le marbre dont je suis fais ne s'anime pas ? Mais soudain, tout s'effrite. Mon masque tombe dès que sa main effleure ma barbe de quelques jours. Je frémis, mes yeux fuient les siens. Je recule d'un pas.
    Ai-je donc tant changé que ma Muse me compare à ces vampires assoiffés de sang que je lui conseillais de ne pas fréquenter ? J'avale inutilement ma salive, et soupire. Je joue distraitement avec ma chevalière, fuyant toujours ses yeux inquisiteurs et pleins de reproches. Un bruit dans ma poche attire mon attention. La mémoire me revient brusquement ; je lui avais ramené un souvenir... Ou plutôt un cadeau que je n'avais jamais eu l'occasion de lui offrir. Ce n'était jamais le bon moment... Et sa disparition me l'avait fait oublier.

      « Il y a quelque chose... que je souhaite te donner, avant que tu ne me haïsses et que tu ne finisses par me fuir, Irina. »


    D'un geste lent, je tirais de ma poche droite une longue chaîne en argent blanc. Un tintement clair se fit entendre lorsque les breloques s'entrechoquèrent. Un médaillon fait d'onyx se balance doucement dans la brise pratiquement inexistante, et les petits morceaux d'argent et de diamants produisent une délicate mélodie. Je le tiens à hauteur de son visage, le regard baissé mais guettant subtilement une quelconque réaction de sa part. Rien. Le silence. Mon bras tendu ne tremble pas, mais je suis déçu.

      « Il y a longtemps que je désirais te l'offrir, mais quand tu... Après ton enlèvement, les occasions se sont faites rares. » continuais-je d'une voix douce.


    Des éclats de Lune s'accrochèrent au bijou qui étincela de plus belle. Je me souviens parfaitement de cette journée. Car oui, il avait bien fallu que je sorte en plein jour ; rares sont les bijouteries ouvertes surtout en Russie où il fait rapidement nuit.

      D'un air triste, le patriarche observe le soleil disparaître lentement. Il sait qu'il ne risquerait rien à affronter les rayons de l'astre lumineux, mais il préfère se préserver du regard de son peuple. La grande Moscou sait que la famille Andropov veille sur elle, ce qui ne veut pas dire qu'elle sait ouvertement qu'ils sont des Vampires.
      Il enfile à une vitesse incroyable un long manteau, et parcourt tout aussi vite le chemin qui le mènera à son but. Une boutique presque déserte. Le propriétaire est entrain de vérifier si rien n'a disparu. Cling cling. Il sursaute et se retourne. Son visage marqué par les rides de la cinquantaine adopte des traits méfiants. Alexey baisse docilement la tête, un sourire égayant la noirceur dont il est entouré.

        « Nous sommes fermés. »
        « Je suis désolé, mais c'est vraiment important... »


      L'humain continue de l'observer, et l'Immortel sent son hésitation. Il insiste.

        « Cela ne vous prendra que peu de temps. S'il vous plaît. »


      Le Russe est une langue dure à entendre, mais dans sa bouche cela sonne d'une façon tellement douce, tellement irrésistible... L'homme hoche la tête. Il est sous le charme du Vampire.

        « Soit. Désirez-vous que je vous aide à faire votre choix ? »
        « J'ai déjà trouvé ce que je désire. » il désigne d'un geste de la main un collier en devanture « C'est celui-ci que je veux. »
        « En êtes-vous sûr, Monsieur ? Il est cher, et... »


      Il s'interrompt en voyant la liasse de billets que l'Eternel dépose près de la caisse. Elle est tellement imposante qu'il sait par avance que le compte y est, mais il tient quand même à vérifier. Alexey attend patiemment qu'il est fini, son regard doré demeurant posé sur le bijou. Quelques minutes plus tard, le propriétaire relève la tête.

        « Le compte y est. Je vous l'emballe ? »


      Il tend sa main sous le comptoir et sort différents papiers-cadeaux.

        « Non, je compte l'offrir dès mon retour. »
        « Je vois... C'est pour une dame, hein ? »


      Maintenant qu'il est payé, l'humain se détend tandis qu'il sort délicatement le collier du présentoir. Il s'autorise même un léger rire satisfait.

        « Oui. »
        « Elle doit être très importante pour vous, pour que vous lui achetiez pareil trésor. »


      Le chef des Andropov ne répond pas. Il se contente de sourire avec douceur, le visage réjoui de sa Muse venant de lui apparaître.

        « Plus qu'elle ne l'imagine. »


    Mes paupières se ferment, puis s'ouvrent en un millième de seconde. Je reprends conscience de ce qui m'entoure en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Mais rien n'a changé ; le silence est toujours présent, et elle demeure aussi immobile qu'une statue de glace.

      « Que dois-je en faire, Irina ? Si tu n'en veux pas, il n'a plus de raisons d'être. » dis-je d'un ton las, devant son absence de réaction.


    Lentement, mes iris osèrent s'approcher des siens. Et bien que j'ai l'impression de regarder une étrangère, je sais que quelque chose me rattache toujours à elle. Je le sens. Mon Irina... Ma Muse.








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MessageSujet: Re: Au détour d’une ruelle fort peu fréquentée....|Alexey|

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