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(end) Desperate maladies require desperate remedies.

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MessageSujet: (end) Desperate maladies require desperate remedies. Dim 14 Juin - 21:25


    kiarina88 _______________ dansmon-cafe
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La neige craquait à chacun de ses pas. Elle s’enfonçait jusqu’à mi-mollet et une buée glacée s’échappait d’entre ses lèvres fines et roses. Mais cela ne semblait pas l’empêcher de poursuivre sa marche désespérée. Elle mourait de froid et de chaud à la fois. Sous l’épais manteau, sa peau brûlait à cause de l’effort fourni, toutefois, elle bénissait le capuchon au bord de fourrure qu’elle avait rabattu sur sa chevelure ténébreuse. Les seules rougeurs présentes étaient celles qui avaient pris d’assaut le nez fin et aristocratique de la demoiselle.
Elle traversait une large étendue déserte, dépourvue d’arbre, il n’y avait qu’un tapis blanc qui filait au loin, à l’horizon, comme un océan immaculé. Il n’y avait pas âme qui vive et les seuls points sombres des environs étaient les quelques arbres rabougris qui s’avançaient vers elle, menaçants et peu réconfortants. Moscou fuyait inlassablement dans le dos de Satine Blackhart. Les mains enfoncées dans les poches du manteau, elle avait l’impression que son corps allait lâcher prise et elle se força à poursuivre son avancée difficile jusqu’à atteindre l’orée du semblant de forêt qui s’étendait sur des dizaines de kilomètres, abritant une créature sans nom et sans visage. Une créature qui faisait apparemment des ravages, la nuit. Mais il ne faisait pas nuit. Le jour venait à peine de débuter lorsqu’elle s’était glissée hors de ses draps confortables pour se rendre à la salle de bain commune, grelottant de froid. L’Inde n’était déjà pas son endroit favori, mais là-bas, il faisait chaud, alors il ne valait mieux pas imaginer la piètre opinion que Satine pouvait avoir de la ville russe. Elle la détestait littéralement. D’autant plus que depuis leur arrivée, Eethaniel se faisait rare et si, au départ, Satine s’était efforcée de se convaincre que s’était dû à leur dispute, survenue juste avant le départ pour le territoire hivernal, le silence persistant n’annonçait rien qui vaille. Elle pouvait comprendre qu’il soit en colère qu’elle déjoue ses plans, qu’elle le force à réfréner son envie de passer du côté obscur de la vie, mais de là à disparaître si longtemps ? Elle était mortifiée à l’idée que Moscou signifie la fin de leur relation incestueuse.
C’est pour cette raison que son visage était pâle comme un linge, ses grands yeux noisette étaient ouverts comme si elle craignait qu’un clignement de l’œil signifie la fin de son train de vie illusoire. Sur ses joues cadavériques, il restait quelques vestiges des larmes qu’elle avait versées avant de s’emmitoufler dans l’épais manteau émeraude. Des sillons noirs qui provenaient du maquillage qu’elle avait soigneusement appliqué après s’être lavée. Du maquillage qui ne ressemblait à présent plus à rien.
Plus Satine s’éloignait de la ville, plus sa gorge se serrait et son visage se crispait dans une vaine tentative pour réprimer la nouvelle vague de chagrin qui menaçait de la submerger. Elle reniflait cependant discrètement, comme si elle craignait que quelqu’un ne la surprenne encore dans cet état, même à pareille distance du lieu où Hogwarts avait élu domicile. Elle n’aimait pas du tout l’endroit où ils logeaient, les habitants russes, sorciers comme vampires, ne lui inspiraient aucune confiance. Inutile de préciser que c’était plus pour le peuple éternel que sa méfiance s’accroissait. Plus Eethaniel s’y intéressait, plus la haine taraudait l’esprit de la jeune femme.
Parvenue à la lisière de la forêt, elle estima qu’elle était à présent assez éloignée du cœur de la ville pour s’arrêter et se reposer. Où allait-elle ? Elle l’ignorait. Elle voulait juste quitter cet obscur endroit. Eethaniel se contrefichait apparemment de ce qu’il pouvait bien lui arriver, de toute manière, vu que c’est tout juste si elle l’avait aperçu depuis leur arrivée à Moscou. Cette constatation eut tôt fait d’abattre les dernières réserves de Satine qui éclata en sanglots, couvrant son visage frigorifié de ses mains gantées. Ses jambes plièrent instinctivement sous le poids du mal être qui pesait sur son cœur et elle se retrouva agenouillée dans la neige, adossée au tronc rugueux de l’arbre mort le plus proche.
Pourquoi fallait-il qu’il l’abandonne pour ces créatures répugnantes ? Pourquoi n’était-elle pas parvenue à le protéger suffisamment pour qu’il n’en arrive pas à conclure que la seule solution pour s’en sortir, était de se donner corps et surtout âme à des monstres qui en avaient été dépourvus ? C’en était fini de la fière lignée des Blackhart. Si elle perdait Eethaniel, elle mourrait, c’était évident et si ce sort lui était interdit, pour une obscure raison, elle resterait seule jusqu’à la fin de sa vie. Si ses parents voulaient des petits enfants, ils n’avaient qu’à se tourner vers leurs aînés, ce n’est pas d’elle qu’ils viendraient. Après tout, c’était entièrement leur faute si leur cadet se détournait de ses ancêtres, ils étaient les seuls à pouvoir se blâmer de ce terrible malheur qui s’abattait sur la célèbre famille de Pur Sang.
Mais à présent, les conséquences injustes de leur comportement odieux retombaient droit sur elle et elle les maudissait pour cela.
Un craquement sonore interrompit les lamentations de la jeune Emeraude qui cessa immédiatement de sangloter pour jeter un regard circulaire. Elle était partie si loin afin de ne pas être importunée, afin que personne d’autre sinon ces arbres tout aussi morts qu’elle intérieurement soient témoins de son désespoir. Et voilà qu’elle n’était pas seule.

« Qui est là ? » s’exclama-t-elle, à haute voix.

Elle entendit ses mots se répercuter dans les environs déserts et elle passa instinctivement la main sur sa hanche, frôlant du bout des doigts sa ceinture en cuir. Là où aurait dû se trouver sa baguette, il n’y avait rien. Elle n’avait pas jugé nécessaire de l’emporter. Tout ce qu’elle avait avec elle, c’était ce manteau délicieusement chaud qui protégeait ses membres du froid mordant qui sévissait sur la contrée.
Quelle idiote ! Elle avait été imprudente, ce qui ne lui arrivait que rarement, mais elle allait sérieusement le regretter si elle se retrouvait face à un ennemi. Eethaniel apprendrait-il seulement dans quelles circonstances la vie lui avait été ôtée, s’il lui arrivait malheur ? Pour peu qu’il s’en soucie, évidemment. Aigrie par cette pensée, elle frotta d’un geste machinal ses joues humides, afin que les vestiges des larmes ne gèlent pas sur sa peau, ce qui serait d’autant plus douloureux, et elle se redressa lentement, tous les sens en éveil. S’il y avait quelqu’un, elle était bien décidée à l’affronter de face avant de clore les yeux pour l’éternité.
Eternité… Pourquoi cette notion revenait-elle systématiquement hanter l’esprit torturé de Satine Blackhart ?
Elle en était encore à s’interroger sur la bizarrerie de cette malédiction lorsqu’elle découvrit que l’importun n’était autre qu’Eethaniel, l’objet de ses tourments, le centre de son monde misérable.

« Eethaniel ! » glapit-elle spontanément en courant dans sa direction, trébuchant presque au moment de l’atteindre.

Elle se jeta dans ses bras et l’enlaça avec force, se haïssant déjà de sa faiblesse – où étaient passées les bonnes résolutions d’un départ pour un endroit isolé ? – et se qualifiant de traîtresse. Comment avait-elle pu imaginer une seule seconde pouvoir s’éloigner de lui ? Comment aurait-elle pu vivre à plus de dix kilomètres de ce corps rassurant contre lequel elle avait enfoui son visage, les yeux clos. Elle ne réalisa qu’après un instant qu’il était bien peu vêtu pour affronter un froid polaire tel que celui qui régnait dans la toundra russe. D’ailleurs, il était lui-même étrangement glacial, mais ce n’était pas du tout la même sensation que s’il était resté trop longtemps au cœur de la tempête.
Satine s’écarta vivement et pressa ses mains contre les poignets d’Eethaniel, entrouvrant la bouche, cherchant les mots, tellement elle était paniquée à l’idée qu’il n’attrape une pneumonie ou quelque chose de pire.

« Qu’est-ce que tu fais ?! Tu vas mourir de froid dans cette tenue ! Pourquoi n’as-tu pas le manteau de notre maison ! Tu vas attraper une pneumonie ! Tu vas—Tu vas… »

Puis elle se tut.
Elle ferma la bouche, incapable de poursuivre. Son regard se voila d’un rideau de larmes et elle ne put retenir le gémissement douloureux qui s’échappa d’entre ses lèvres. Elle recula, peinant à croire que la situation était telle. C’était impossible. Il ne pouvait pas l’avoir fait—
Il ne pouvait pas avoir choisi cette condition de monstre… C’était tout simplement—
Les jambes flageolantes, elle recula encore de quelques pas avant de s’effondrer, le cœur en miettes, explosé, en cendres.


Dernière édition par Satine Blackhart le Jeu 18 Juin - 21:10, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: (end) Desperate maladies require desperate remedies. Mar 16 Juin - 21:27



Il rebroussa chemin, décidant qu'il avait assez vu de l'endroit. Il emprunta le même sentier et arriva à la lisière. Une silhouette féminine se tenait là. Il ne fallut pas longtemps à Eethaniel pour reconnaître Satine. Que faisait-elle ici ? La toundra était un endroit merveilleux à voir mais difficile à vivre. Il s'approcha alors de là où elle était, ne résistant pas à sa présence, à l'occasion de la revoir et de rompre ce silence qu'il avait imposé, cette absence forcée. Ses pas firent craquer une branche. Elle se retourna, sur la défensive, apparemment peu rassurée d'être seule dans une étendue déserte.. du moins, qui aurait du l'être. Il continua alors d'avancer et déboucher sur l'entrée, non loin d'où elle se tenait.

Tout alla très vite. L'étreinte de sa soeur était rude et désespérée. Mais qu'était-elle réellement face à ses nouveaux pouvoirs, bien que canaliser par le traitement ? Il prit soin d'éviter ce réflexe qu'il avait toujours eu, se contenta de poser son menton sur le haut de son crâne. Ce parfum qui se dégageait d'elle l'avait toujours rassuré, tant il était somptueux. Cependant, depuis ce fameux jour, il savait que les choses ne seraient plus identiques. Se retrouver en contact avec un humain ou même un sorcier était un véritable exercice pour lui, un défi qu'il tentait de relever. L'odeur qui envahissait son esprit n'était plus la même. Chaque personne qu'il croisait et qui n'était pas un vampire était une proie potentielle, bien qu'il ne voyait pas encore les choses comme ça. Il savait qu'en étant aussi instable qu'actuellement, il prenait un énorme risque en laissant sa jumelle s'approcher, surtout d'aussi près. Pourtant, il était persuadé d'en être capable, de tenir le pari. Elle lui avait bien trop manqué pour qu'il craque. Il évita avec soin de laisser son nez se balader dans sa chevelure brune. La tentation serait forte, peut-être trop. Mais lui, y croyait dur comme fer. Comment aurait-il pu lui faire du mal ? Comment aurait-il pu la blesser ? Chaque différent était une épreuve morale. Il ne pouvait pas s'infliger ça. Il s'en voulait déjà de lui faire subir autant de choses. Pourquoi ne l'avait-il pas écouté ? Pourquoi n'avait-il pas cédé à sa requête, comme à chaque fois ? L'immortalité était une chose précieuse et fascinante.. sans doute trop. Au fond de lui-même, il était sur et certain de ce qu'il faisait, de son choix. Il leur offrait là la possibilité de vivre pendant des siècles.. ensemble. Sa priorité avait toujours été là. Il aurait aimé vieillir. Quitter cette apparence d'adolescent. Mais il ne pouvait pas attendre, qui sait, peut-être qu'il aurait été trop tard. Elle, aurait été sublime jusqu'à son dernier souffle. Mais il ne lui lasserait pas cette occasion. Elle resterait elle aussi dans la fleur de l'âge. Il s'avançait peut-être un peu trop. Aurait-elle le courage de lui tenir tête encore longtemps ? De refuser cette opportunité ? Beaucoup trop de facteurs entraient en jeu et donnaient la certitude à Eeth qu'elle finirait par craquer. Pourrait-elle se résoudre à le laisser seul ? Aurait-elle la force de mettre fin à leur relation avant qu'ils ne soient détruits par leurs choix respectifs ? Pourrait-elle mourir sans se dire qu'il l'oublierait ? Et l'accepterait-elle ? Impossible. Elle était bien trop possessive pour le laisser aux griffes d'une autre. Bien que cette autre n'existerait jamais pour lui. Il n'y avait qu'elle.

Il resserra ses bras autour de sa taille toujours aussi fine malgré l'épais manteau qu'elle portait, chassant le doute de son esprit. Elle n'allait pas lutter encore longtemps. Elle se laisserait tenter comme lui l'avait fait. Et enfin, ils pourraient vivre avec un fardeau de moins sur les épaules, le coeur léger de se dire que l'autre sera toujours là pour l'autre et que chaque seconde offerte par l'éternité vampirique était une bénédiction. Puis finalement, elle se détacha de lui - trop vite à son goût - et attrapa ses poignets. Son air soucieux avait envahi son visage qu'il connaissait par coeur, la moindre parcelle. Il l'avait si souvent caresser du bout des doigts. Il avait collé sa joue contre la sienne à plusieurs reprises, il se perdait sans cesse dans son regard si expressif. Alors qu'elle s'inquiétait pour lui, resta immobile, l'observant. Voilà près d'un mois qu'il n'avait pas pu la voir d'aussi près. Il avait du se contenter de l'apercevoir à la va-vite au détour d'un couloir ou de la voir à travers la fenêtre de sa chambre. La séparation n'avait jamais été aussi prononcée et aussi douloureuse. Lokhyan était celui qui lui tenait compagnie presque tout le temps depuis qu'il avait accédé à son voeu, en le mordant et en le prenant sous son aile. Il ne pouvait pas lui parler du mal-être qui prenait possession de son coeur au fil des jours, trop risqué. Satine lui manquait terriblement. Mais s'il évoquait trop souvent sa soeur, les soupçons naîtraient et seraient vite confirmés. Maintenant qu'elle était devant lui, tout ce qu'il avait du réprimer et ranger au fond de lui ressortit, titillant tous ses sens. Il ne pensait même plus à son nouvel état. Les potentielles réactions de sa soeur ne lui vinrent pas à l'esprit. Tout ce à quoi il pensait, c'était à la reprendre dans ses bras, pour s'assurer qu'il n'était pas en train de rêver et qu'il allait encore devoir vivre une journée sans lui adresser la parole, sans peut-être même pouvoir lui adresser un regard qui tenterai d'en dire long sur la douleur qui le brûlait de l'intérieur. Ses pieds revinrent sur terre quand elle se mit à bafouiller, réalisant alors l'horreur. Il la voyait perdre tous ses moyens et elle s'effondra alors qu'il tendait le bras pour la rattraper. Il ouvrit la bouche et se figea quelques secondes, telle une statue. Que pouvait-il lui dire ? Le rejetterait-elle ? Il fit quelques pas et s'agenouilla. Si son sang n'avait pas déjà été glacé, il le serait surement devenu en voyant le regard horrifié de sa cadette. Il tenta de garder ce calme qu'il arborait sans cesse. Mais pourtant, aujourd'hui, il n'y arrivait pas, voyant que la situation était désastreuse. Pris de panique, ne sachant quoi faire ou quoi dire, son rythme cardiaque s'affola de plus en plus. Pouvait-il encore lui parler ? La toucher ? Il osa. Il tenta vainement de rattraper le tout. Il plaça ses paumes froides de part et d'autre du visage tourmentée qui lui faisait fac, plongeant ses iris nouvellement rougeâtres dans les siennes, la forçant à le regarder droit dans les yeux.

Ai-je l'air d'un monstre, Satine ? Est-ce que je t'effraie tant que ça ? Autant que tu le pensais ?

Les traces de ses précédentes larmes étaient encore visibles sur les joues de celle qu'il considérait véritablement comme sa moitié. Était-ce lui qui lui causait autant de peine ? De malheur.? Après tout, il était peut-être bien un monstre. Il ferma les yeux quelques instants, tout en collant son front contre le sien.

Ne m'abandonnes pas, murmura t-il, comme si chaque syllabe venait écorcher son âme.

Il ne bougea plus pendant une poignée de secondes avant de reculer son visage. Il lui lança alors un regard rempli de culpabilité et de tendresse, ne cherchant pas à l'amadouer mais à lui faire comprendre qu'il ne voulait pas lui faire du mal. Que jamais il n'avait eu dans l'intention de la faire souffrir. Il l'avait abandonné contre son gré, en la laissant méditer sur la chose. Lui qui était persuadé qu'elle aurait fini par se mettre à sa place ou à voir le bon côté de son acte, il s'était trompé. Totalement trompé. Il glissa son pouce sur sa pommette si douce, avant de laisser retomber ses bras, appréhendant sa réaction.
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MessageSujet: Re: (end) Desperate maladies require desperate remedies. Mer 17 Juin - 9:28

Elle avait l’impression que son cœur allait exploser ou tout simplement s’arrêter de fonctionner. Le ventre tordu par une terreur insondable, elle resta immobile alors qu’Eethaniel s’approchait.
Il était pareil à lui-même, les mouvements fluides mais calculés, un calme impénétrable sur ses traits sérieux. Pourtant, ce n’était plus lui, du moins, elle avait le sentiment d’être face à un étranger. Un voile de douleur assombrit le visage fin de la jeune Blackhart tandis qu’elle réalisait l’horreur de la situation : il avait fait son choix, malgré ses supplications, malgré ses incertitudes, il avait fait ce choix et elle n’avait rien pu y faire. C’était à ça qu’était réduit leur amour, leur union ? Rien que d’y penser, elle en avait la gorge broyée.
Un mois entier qu’il ne l’avait pas touchée, elle en avait ressenti un manque si cruel qu’elle s’était juré de ne plus le lâcher si elle avait l’occasion de pouvoir le voir plus qu’une fraction de seconde au détour d’un couloir. Combien de fois ne l’avait-elle pas interpellé au cours de ces dernières semaines ? Tout ça pour quoi ? Pour qu’il l’évite soigneusement et disparaisse aussi vite qu’il était apparu. Le temps qu’elle atteigne le coin où elle l’avait entraperçu, il s’était déjà envolé, la laissant plus morte que vive. Ils devaient bien rires, les étudiants qui leur vouaient une haine sans nom. Ce devait être un sacré spectacle que de voir cette capricieuse de Satine se faire littéralement abandonner par le jumeau Blackhart. Oh, ça devient bien jaser, surtout dans les autres Maisons bien que certains élèves Emeraudes aient aussi peu d’estime pour les Blackhart que les autres.
Le voir s’éloigner était une chose, le savoir déjà de l’autre côté de la frontière était tout simplement la mort, ou la sensation qu’elle s’abattait telle une douche froide sur la tête brune de Satine. Elle aurait voulu pouvoir se maîtriser mais elle en était incapable. Il lui était déjà impossible de garder son calme lorsqu’il ne faisait qu’aborder le sujet de son souhait le plus cher alors être confrontée à sa réalité… ? Toutefois, elle parvint garder suffisamment son sang-froid pour le laisser approcher et s’agenouiller. Cependant, elle ne pouvait afficher une mine neutre, elle était bien trop transparente lorsqu’il s’agissait d’Eethaniel, déjà en temps normal, pour parvenir à arborer une mine moins terrorisée à le voir s’abaisser à sa hauteur. Qu’allait-il faire ? Tenter vainement, une fois de plus, de la convaincre que c’était la meilleure des solutions, que ça leur offrirait un avenir commun éternel ? Ou bien s’emporterait-il, ne supportant pas qu’elle craigne son nouveau statut comme s’il s’agissait d’un vulgaire vampire instable et assoiffé de sang ? Lorsqu’elle osa enfin le regarder vraiment, ce fut pour découvrir que le calme naturel d’Eethaniel avait fait place à un désarroi profond, comme s’il ne savait comment réagir face à elle et cette attitude désarmante eut au moins l’avantage d’apaiser ne fût-ce qu’un minimum l’appréhension de Satine à le voir se pencher de la sorte.
Un mois qu’il l’évitait, un mois probablement qu’il bénéficiait de cette nouvelle condition d’éternel. Il devait connaître ses limites et les craindre davantage qu’elle, puisqu’elle ne savait pas ce qui lui traversait l’esprit. Avait-il une envie irrépressible de la tuer ou bien était-il assez maître de lui pour réaliser que c’était à sa jumelle qu’il avait affaire ? Elle aurait bien été incapable de le déterminer.
Les paumes glacées d’Eethaniel se posèrent sur ses joues et elle ferma les yeux un instant, ravivée par son contact. Dieu qu’elle l’aimait, pourquoi fallait-il que ce soit celui qui la faisait vivre qui la fasse tant souffrir, parallèlement ? Lorsqu’elle rouvrit les paupières, c’était pour se retrouver plongée dans les yeux non plus d’un délicieux chocolat d’Eethaniel mais bien une paire d’iris rouges. Cette découverte lui brûla l’estomac et un nouveau rideau de larmes couvrit son regard désemparé.

« Ai-je l’air d’un monstre, Satine ? Est-ce que je t’effraie tant que ça ? Autant que tu le pensais ? »

Elle ferma une nouvelle fois les yeux, et les larmes se ruèrent sur ses joues pour dégringoler au milieu des sillons déjà existants. Il n’était pas un monstre. Jamais il ne le serait, même s’il devait dévorer la moitié de Moscou demain, elle ne le verrait jamais comme un monstre. C’était son jumeau, celui avec qui elle avait tout partagé, depuis leur conception. Comment aurait-elle pu le considérer comme tel ?
Satine ne retrouva la vue qu’un moment où il pressait doucement son front glacé contre le sien. Elle battit des paupières, réprimant avec difficulté le sanglot qui lui écrasait la gorge et qui l’aurait probablement libérée, mais est-ce qu’il l’aurait libéré lui du mal-être qui pesait sur sa conscience ? Satine savait parfaitement que ce ne serait pas le cas, raison pour laquelle elle réprima celui-ci et resta immobile, à la fois soulagée qu’il soit là, devant elle, ayant un réel contact avec lui, et l’envie de fuir la fraîcheur qui se dégageait de lui. Elle voulait retrouver son corps chaud contre lequel se blottir. Elle voulait retrouver les battements réguliers et apaisants de son cœur. Mais tout ça, c’était du passé et cette constatation était d’autant plus douloureuse.

« Ne m’abandonne pas »

Était-ce là une supplication ? Comment osait-il parler d’abandon alors que c’était lui qui l’avait abandonnée sans un regard en arrière pour satisfaire ses désirs ? Tandis que la colère sourde montait à présent lentement dans le cœur de Satine, le gonflant à bloc, il resta immobile puis s’écarta d’elle. Elle capta sciemment son regard où se mêlaient quantité de sentiments mais elle était égoïstement trop accablée par le chagrin et la solitude pour essayer de le comprendre.
Il passa son pouce sur la joue de Satine et elle eut envie de lancer une remarque acerbe du style « ça doit te manquer la chaleur, non ? » mais elle s’en abstint et, comme il laissait retomber son bras, attendant probablement une réaction, une vague de frissons de fureur traversa le corps de la jeune femme. Ça aurait pu avoir des conséquences désastreuses, après tout, elle ignorait à quel point il pouvait maîtriser son nouveau corps, mais elle n’avait que faire de ce qui pouvait arriver, à présent. C’était soit la transformation, soit la mort, c’était aussi simple que ça, il n’y avait plus d’autre option pour elle et tout ça, c’était à cause de lui !
Les doigts fins de Satine s’enfoncèrent dans la neige, en un poing rageur et contre toute attente, elle balança la poignée de neige à la figure d’Eethaniel avant de reculer hors de sa portée. Le comportement capricieux typique d’une enfant pourrie gâtée.

« Que je ne t’abandonne pas ?! » s’écria-t-elle, la voix tremblante, frisant l’hystérie. « C’est toi qui m’as abandonnée, Eethaniel ! Tu—Voilà ce que tu es devenu ! Qu’est-ce que tu veux que je fasse, à présent ? C’est soit la transformation soit la mort, merci pour le choix que tu m’offres ! »

Elle se redressa avec une souplesse presque féline et s’éloigna encore, l’attention toujours focalisée sur le grand corps glacé qui lui faisait face. Elle voulait à la fois le blesser et le rassurer. Mais les mots pour le blesser venaient avec une facilité déconcertante alors que ceux qui auraient pu le rassurer restaient coincés dans un coin de sa tête auquel elle n’avait pas accès. Son tempérament bipolaire, sa tare familiale avait bloqué cet accès il y avait bien des années de cela. Il fallait à tout prix qu’elle se calme mais comment parvenir à récupérer le contrôle de son corps lorsque celui-ci était parcouru de frissons à l’origine inconnue ?

« Mais je ne peux pas devenir une éternelle comme toi, Eethaniel » commença-t-elle, des sanglots dans la voix, à l’idée de mettre des mots aux terreurs qui la hantaient constamment. Elle passa la manche douce sur ses joues dégoulinantes de mascara et de larmes avant de lever les yeux vers lui, désespérée. « Je ne sais déjà pas contrôler ma folie en étant une Sorcière alors qu’est-ce serait dans cet état-là ? » demanda-t-elle en le désignant d’un geste vague. « Je ne serai plus la fille hautaine que tout le monde déteste, je serai la folle, la démente ! Comment veux-tu que je survive à ça ?! »

Elle secoua la tête comme si c’était l’absurdité même que d’envisager une transformation vers ce monde obscur dans lequel son frère jumeau avait basculé. Impuissante face à la détresse qu’elle ressentait et l’incapacité à l'exprimer, elle haussa les épaules d’un air vaincu.

« Et que fais-tu de notre lignée… ? » souffla-t-elle douloureusement en secouant la tête. « Tu crois que ce sont des schizophrènes et des paranoïaques aigus qui vont sauver notre famille ? Malgré ce qu’ils t’ont fait subir, tu étais probablement le seul espoir pour que les Blackhart ne s’éteignent pas. Ton sang aurait sauvé notre futur d’une déchéance assurée par notre sang trop pur… Maintenant tout est terminé. C’est la fin des Blackhart ! »

Satine se prit la tête dans les mains, le cœur partant en vrille. Ces mots, elle ne les avait même pas calculés. Ils étaient sortis le plus naturellement du monde et elle réalisait à présent la portée de ceux-ci mais surtout, la réalité qui y était attachée.
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MessageSujet: Re: (end) Desperate maladies require desperate remedies. Mer 17 Juin - 14:11



Il aurait du se douter qu'elle allait retourner la situation. Il se traita intérieurement d'idiot. Elle avait entièrement raison. C'était lui qui l'avait laissé. Mais à quel prix ? Si elle avait souffert, il en était de même pour lui. D'autant plus quand il l'apercevait ou la scrutait en dehors des murs depuis sa fenêtre. Il avait eu du mal à s'y faire, d'ailleurs, il n'avait finalement jamais vraiment accepter cette séparation mais Lokhyan avait raison. Il devait rester loin des autres, et loin d'elle aussi pendant quelques temps. Il devait apprendre à se contrôler, à résister à la tentation. S'il l'avait vu d'aussi près plus tôt, son amour pour elle n'aurait sans doute pas suffit à calmer l'instinct bestial qui coulait maintenant dans ses veines. Il voyait bien dans quel état son ami se trouvait après avoir tuer Apolheen. Il était totalement perdu, sombrant dans des abysses et n'arrivant plus à s'en échapper. Le problème aurait été décuplé et donc bien pire si la situation avait été la même pour Eethaniel et Satine. Alors il avait pris son mal en patience. Il pensait presque tout le temps à elle. Sa moitié lui manquait sans cesse. Ce n'était pas qu'un simple problème connu par beaucoup de paires de jumeaux, non, c'était ceci ajouté au fait qu'il ne voyait plus celle avec qui il partageait tout. Celle avec qui il avait commencé sa vie et la terminerait. Maintenant, il l'avait devant elle mais elle le repoussait. La douleur était toujours là. Il aurait pu lui trouver un tas de défauts au vu son comportement, d'autant plus qu'il venait de recevoir de la neige en pleine tête - qu'il retira avec le dos sa main -. Mais il ne pouvait pas...

Je n'ai pas eu le choix, j'aurais pu te blesser.. peut-être pire.. Je m'en serais voulu à vie. Mais si tu crois être la seule à avoir souffert, tu te trompes sur toute la ligne. Je n'ai pas cessé de penser à toi pendant ces semaines. Jour et nuit. Tu me manquais.. Mais je ne pouvais pas presser les choses. C'était trop dangereux.

Il était resté immobile, encaissant le moindre mot sans sourciller. Son coeur était oppressé lorsqu'elle éclata en larmes devant lui alors qu'il avait tenté d'être affectueux comme à la normale, pour lui montrer qu'elle avait toujours le même devant lui, même si quelques changements physiques s'étaient produits. L'idée de lui faire d'autant plus mal était si désagréable. Pourtant, il avait toujours eu cette sensation. Personne ne serait assez bien pour elle, lui-même n'était pas à la hauteur.

Bien sur que tu peux, mais tu ne veux pas, tu as peur ! J'ai vu bien plus incontrôlable que tu pourrais l'être. La transformation ne changerait rien à la personne que tu es. Tu ne seras pas démente. Ai-je l'air différent ? Et si tu es si terrifiée à l'idée de ne plus plaire aux autres.. Je ne peux rien faire de plus qu'être à tes côtés et à t'aimer chaque jour un peu plus. Tu y survivras... Je serais toujours là, à tes côtés, pour toi.

Elle venait de s'ouvrir un peu plus clairement sur le problème qui empêchait toute communication rationnelle. Mais elle se referma bien trop vite et commença à délirer.. Du moins, c'est l'impression qu'il eut en entendant de telles paroles.

Finalement, ta mère a réussi à te faire rentrer dans la tête ce qu'elle voulait.

S'il avait utilisé le mot « mère » ce n'était pas par respect. Mais comment aurait-il pu l'appeler autrement ? « Maman » était beaucoup trop affectif. Elle ne méritait pas une telle appellation. Le tout étant renforcé par ce « ta » comme s'il reniait toute affiliation avec elle. Elle et son père ne l'avait jamais considéré comme le fils, alors pourquoi aurait-il du s'attacher à eux ? Pourquoi aurait-il du les voir comme des parents ? Ils n'avaient participé qu'à sa création. Rien de plus. Elle avait toujours été au petit soin pour Satine, la prunelle de ses yeux. Elle avait même été trop étouffante. Et peut-être Satine aurait-elle du l'écouter avant que le grand voyage commence. Elle serait restée en Angleterre et n'aurait pas à souffrir comme elle le faisait à cause de lui. Comme toujours, elle lui avait tenu tête mais dans le fond, Eethaniel ne pouvait s'empêcher de se dire qu'elles étaient semblables. Leur mère était hystérique, elle aussi. Et sa soeur avait profité de son statut privilégié, quoi qu'elle en dise. Lui ne lui en voulait pas, et était même plutôt heureux qu'elle n'ai pas à subir un tel dégout et un tel mépris des deux personnes qui auraient du l'aimer plus que tout au monde. Profiter n'était peut-être pas le bon mot. Mais Satine était capricieuse, d'autant plus à cause de sa bipolarité. Peut-être avait-il participé à lui forger ce caractère aussi désagréable. Mais comment aurait-il pu ne pas accepter à ses désirs, à ses requêtes ? Elle était aussi ce qu'il avait de plus précieux. Elle incarnait un tout. Et ce tout gouvernait son monde, même si parfois, il ne prenait pas forcément en compte l'avis de sa soeur, sachant qu'elle changerait bien d'avis. Comme à cet instant précis. Il ne comprenait pas cette abomination qu'elle avait envers les vampires. Il pouvait comprendre sa jalousie perpétuelle et ses petites crise répétitives. Il pouvait comprendre sa colère contre les autres êtres éternels qui avait accaparé son attention. Mais lui ? Il était différent. Elle aurait du porter un autre regard sur lui.. Mais il n'était qu'un vampire comme les autres pour elle. Elle aurait du se mettre à sa place. Mais elle ne l'avait pas fait, s'obstinant bêtement. Chaque race avait ses avantages et inconvénients. La condition des vampires s'était amélioré grâce à ce traitement, vivant une vie normale, proche de celle de simples moldus. Ils n'avaient plus ce besoin de sang inconsidéré. Alors qu'avait-il de si monstrueux ? Eeth avait eu à faire à des personnalités assez difficiles. Dont cette Charlotte. Elle causait déjà des soucis avant sa transformation mais elle n'acceptait pas qu'il ai pu obtenir ce qu'il voulait, surtout de la part de son propre créateur. S'il y avait bien un monstre, c'était elle. Mais lui ? Il n'allait pas changer. Et la perspective d'être avec Satine pour des siècles était des plus alléchantes. Pourquoi aurait-il gâché ça ? Ça n'avait aucun sens. Quant à leur lignée.. Un soupire s'échappa de ses lèvres.

Penses-tu vraiment que c'est le nom qui fait ton statut, Satine ? Pour les moldus, peut-être.. Mais les sorciers et surtout les vampires n'en ont rien à faire. Notre sang pur n'a rien à voir avec le respect qu'ils nous doivent. Je crois sincèrement que notre famille est perdue depuis longtemps. Je n'ai peut-être aucun trouble apparent, mais mon sang est tout autant souillé. Les gênes sont une science imprévisible. Tu as toi-même honte de ce qui nous sert de frères. Et tu souffres tout autant de ton propre mal. Tu penses que nos enfants auraient été sain ? Il aurait fallu un miracle. Je ne sais pas si tu aurais été capable de donner vie en sachant qu'ils souffriraient autant de toi et tous les autres avant nous...Je n'aurais pas pu participer à un tel carnage. Ils n'auraient pas mérité de vivre dans de telles conditions parce que nos ancêtres ont été assez fous pour lier les lois de la nature. Si tu t'entendais.. bon sang. Il secoua la tête, indigné. On dirait vraiment qu'elle a réussi son coup. Tu es si fière d'être une Blackhart.. Es-tu heureuse d'être assimilée à une famille de cinglés ? Crois-tu vraiment qu'une telle famille mérite de perpétuer après avoir fait tant d'horreur ? Après m'avoir fait souffrir sans aucun remord ? Je ne sais même pas pourquoi j'appelle ça une famille. Ça n'en a jamais été une. Ou du moins, elle ne m'incluait pas. Il marqua une petite pause. La seule que j'ai eu, c'était toi et uniquement toi mon ange..

Pendant tout ce qu'il venait de dire, il n'avait cessé de la fixer, ne voulant pas fuir devant les difficultés, et aussi pour profiter de ce moment pour retrouver ce qui lui plaisait tant chez elle et qu'il n'avait pas oublié tout au long de ce mois d'absence. Ayant bien compris qu'elle préférait rester à distance, il se releva à son tour et se délesta de la neige qui resta accrochée à ses vêtements. Il fit quelques pas dans la neige, celle-ci craquant sous son poids, et il alla s'adosser à un arbre, ne prenant plus la peine de la regarder, peut-être déçu qu'elle tienne des propos aussi impliqués en faveur de leur famille. Il leva la tête vers le ciel monochrome, grisâtre, les nuages remplis de neige se retenant de déverser leur contenu. Les mains dans les poches, il continua de vider son sac, dans une tentative désespérée de lui ouvrir les yeux, et ce, en sa faveur.

Je pensais vraiment que tu changerais d'avis. Que tu aurais compris ce qui m'avait poussé à faire tout ça. Malheureusement, je me suis trompé pour une fois. Je l'avais fais pour toi.. pour te prouver à quel point je t'aime et voilà comment ça se passe... dit-il, la gorge prise à son tour. Si tu veux tout savoir, je n'ai pas bu une goutte de sang depuis que j'ai été transformé, Sauf celui de Lokhyan, mais j'y étais forcé. J'en ai eu envie mais j'ai lutté contre ses pulsions. Pour toi. Parce que je ne suis pas un monstre, comme tu as l'air de le penser. Jamais je ne souhaite en devenir un. Jamais, tu m'entends ? Ce n'était sans doute pas la bonne solution que de te forcer face à un tel choix, je le conçois, mais aurait-tu pris la peine de remettre ton jugement en question ? Maintenant, il y a toujours une troisième option. Tu ne deviens pas éternelle, si tu le souhaites. Je ne peux pas te forcer. Je resterais à tes côtés pendant toute ta vie, jusqu'à ton dernier battement de coeur. Et je continuerais la mienne en regrettant pendant des siècles d'avoir été aussi idiot.
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MessageSujet: Re: (end) Desperate maladies require desperate remedies. Mer 17 Juin - 20:35

Acculée comme elle l’était, toutes les choses qui la hantaient sortaient de sa bouche alors que certains secrets auraient mieux fait de rester scellés. Elle regrettait déjà son dérapage. Comment pouvait-elle lui reprocher ces choses, comment pouvait-elle amener sur la table l’argument de leurs parents ? Elle s’était mal exprimée et il avait compris le sens de ses paroles comme il les entendait, mais au fond, Satine ne donnait pas le même sens à ses mots. Ses idées étaient bien différentes de celles qu’elle avait semblé mettre sur le tapis. Une fois de plus, elle gâchait tout.
Elle gâchait tout et son esprit se vidait tout seul, comme démoralisé, vaincu d’avance. Il n’avait pas eu le choix, lui répétait-il pour la quantième fois ? Elle le savait. Il en était arrivé à un tel désespoir et était tellement malheureux que cet échappatoire semblait la meilleure option, comment lui en vouloir ? Mais ce n’est pas sa décision qu’il voulait justifier, c’était son absence, ce qui signifiait qu’il ne regrettait pas sa métamorphose et cette simple idée donna la nausée à Satine. Amorphe, elle le contempla d’un air absent tandis qu’il poursuivait, tellement désespéré dans le ton, mais déterminé à lui faire comprendre ce qui avait mû son comportement pour qu’il en vienne à disparaître ainsi du jour au lendemain. Il n’avait pas cessé de penser à elle, lui assurait-il et un imperceptible sourire fit frémir les lèvres fines et gercées de Satine, rassurée à l’idée que l’éloignement avait été un véritable enfer pour lui aussi.
Il semblait si sûr de lui lorsqu’il lui assurait qu’elle pourrait se contrôler. Elle aurait été prête à le croire mais elle se connaissait par cœur, elle savait combien elle était faible et malléable. Il suffisait de voir comment un mot, un reproche d’Eethaniel suffisait à la mettre dans tous ses états. Elle vivait depuis dix-huit ans avec ce mal-être qui la rongeait, la peur constante de se laisser aller, le devoir perpétuel de contrôler le moindre de ses faits et gestes. Il avait beau avoir souffert, elle avait eu son lot de tragédie en héritant de ce gène dégénéré par des générations de consanguinités. Pas un instant, elle ne pouvait se permettre d’être celle qu’elle était en sa présence et à force, elle s’usait intérieurement jusqu’à en arriver à un point que la moindre modification de sa vie la terrorisait. Elle aurait voulu pouvoir plonger les yeux fermés à sa suite, mais elle avait été rôdée à cette étrangeté qui habitait son esprit. Ce n’était pas d’Eethaniel qu’elle se méfiait mais bien d’elle-même. N’était-ce pas déjà assez déstabilisant que d’être menée par des émotions presque primales ? Mais qu’en savait-il, finalement ? Elle aurait voulu pouvoir mettre des mots, lui expliquer, lui faire comprendre, mais rien ne lui parvenait sinon des arguments qui tomberaient à l’eau parce que mal compris, des malentendus parmi tant d’autres.
Et ensuite… le coup de poignard. « Ta » mère a réussi… Ses quelques mots glacèrent littéralement Satine sur place, et elle ne pouvait pas mettre ça sur le compte du climat impitoyable de la région. C’était bien les mots d’Eethaniel qui pénétraient son cœur de la sorte. Comment pouvait-il… ? Il touchait une corde sensible, pire, il la coupait net avec la lame d’un couteau émoussé. Figée, tétanisée, elle fixa Eethaniel comme si elle craignait avoir mal entendu alors qu’elle savait parfaitement que son ouïe ne lui avait pas fait défaut. En qualifiant leur mère ainsi, il l’évinçait tout simplement, du moins, c’était le ressenti. Comme s’il cherchait à rompre le lien invisible qui les liait depuis bien avant leur naissance. En nuançant un mot de sa remarque, il venait de réduire à néant le fragile équilibre de sa jumelle. En avait-il seulement conscience ? Le cœur ressemblant à un amas de confettis, elle ferma les paupières et porta la main à sa tempe, légèrement vacillant sous le coup de massue qu’elle venait de ramasser sur la tête. Peut-être que c’était tout ce qu’elle méritait après avoir abordé le sujet des Blackhart, alors qu’il souffrait rien qu’à l’évocation de leur nom. En tous les cas, elle avait perdu toute faculté d’élocution. C’était une véritable insulte que d’être seule à être associée à leur mère, surtout venant de lui. Comment pouvait-il sortir une chose pareille ? Il devait forcément chercher à la blesser. Avait-elle été trop loin ? L’avait-elle poussé à bout ? Il ne pouvait pas le penser réellement, c’était au-delà de tout entendement.
Puis des mots, toujours des mots, lourds de sens et bourrés de vérité, évidemment, mais les pires qu’elle ait eu à entendre. Il dénigrait ce nom sur lequel elle basait tout. Oui, elle avait été élevée avec l’idée qu’ils formaient une suprématie et s’il y avait des années déjà qu’elle avait évincé ses ancêtres de cette force liée à leur nom, elle avait compté sur eux pour remettre sur les rails un nom autrefois plein de dignité, qui faisait la crainte de beaucoup mais qui inspirait un respect sincère et sain. Une valeur qui avait été effacée au fil des générations. Ils auraient été les sauveurs de la race des Blackhart. Mais voilà qu’il semblait évident qu’Eethaniel avait abandonné depuis longtemps cette partie de son identité. Une répulsion sans nom retourna l’estomac de Satine qui se pencha légèrement en avant, ses mains gantées pressées contre son ventre nauséeux.
Elle voulait le supplier d’arrêter, de se taire, mais il poursuivait inlassablement, s’en prenant maintenant à la descendance illusoire qu’ils auraient pu avoir. Elle n’avait pas imaginé une vie sans enfants d’Eethaniel, elle avait conçu toute une chimère avec lui comme protagoniste, ainsi qu’une bande de garnements lui ressemblant traits pour traits. Tout ça, envolé, avec le reste.

« Si tu t’entendais, bon sang… »

Avilie par des mots dont il était parfaitement le maître, elle leva un regard brouillé par les larmes vers lui pour voir qu’il secouait la tête, comme pour dire, muettement, « pauvre folle, que t’es-tu imaginé ? ». Elle n’entendit que très vaguement la suite, ses oreilles bourdonnaient et les crampes se faisaient toujours plus fortes. Il fallait qu’il cesse où elle allait perdre le peu de santé mentale qu’il lui restait. Elle fit abstraction de son allusion à elle. Comment était-elle censée être sa seule famille s’il la reniait de la sorte. « Ta » mère… Elle n’en revenait toujours pas et elle aurait pu s’en accommoder s’il n’avait pas décousu sciemment ou non, tout un pan de rêve, un imaginaire qui avait permis à Satine de rester saine d’esprit jusque là. Mais s’il le lui enlevait, que lui restait-il ?
Elle ne réagit pas lorsqu’il se redressa, s’épousseta et fit quelques pas dans la neige. Le silence était retombé et ce craquement qui lui semblait si doux, à chacun des pas d’Eethaniel, lui semblaient à présent être des déflagrations qui menaçaient de raser tout sur leur passage. Qu’elles rasent tout, ces bombes, Satine n’avait plus rien. Tout avait été brûlé par les mots incendiaires de son frère jumeau.
Il s’était éloigné, s’adossant à un arbre, ne daignant même plus la regarder et les genoux de la jeune femme s’écrasèrent dans la neige. Une branche, cachée dessous, attaqua douloureusement le pantalon mais elle n’en avait cure. Toute la douleur de son corps s’était donné rendez-vous à l’endroit où aurait dû se trouver son cœur.
Il pensait qu’elle changerait d’avis. Un gémissement menaça de s’échapper des lèvres pincées de Satine. Elle sentait le goût salé des larmes qui s’insinuaient entre celles-ci. Il voulait lui prouver à quel point il l’aimait ? Il avait été maladroit sur toute la ligne, cette décision donnait tout simplement le sentiment à Satine qu’elle ne valait rien ou pas suffisamment pour qu’il attende encore quelques temps. Elle ne savait quel était le pire des cas, qu’elle ne vaille rien ou pas assez à ses yeux. Elle se contrefichait qu’il ait bu du sang ou non, c’était bien le cadet de ses soucis. Que cherchait-il à prouver ? Qu’il n’était pas un monstre ? Ne voyait-il pas que c’était le bas de la liste de ce dont elle se souciait ? Mais quel était le problème ? Il en avait créé un neuf. En s’attaquant indirectement à elle, il avait agrandi le fossé et il semblait à Satine que les deux sommets de falaises s’éloignaient toujours plus.

« Maintenant il y a toujours une troisième option » conclut-il, de sa voix lointaine et étrangère. « Tu ne deviens pas éternelle, si tu le souhaites. Je ne peux pas te forcer. Je resterais à tes côtés pendant toute ta vie, jusqu’à ton dernier battement de cœur. Et je continuerai la mienne en regrettant pendant des siècles d’avoir été aussi idiot. »

Les paumes protégées par des gants épais en peau et en fourrure glissèrent du ventre tordu de douleur de Satine vers le sol enneigé. Elle les garda profondément enfoncées dans l’épaisseur glacée puis les plaqua contre ses joues en feu. Une fatigue inqualifiable venait de s’abattre sur ses frêles épaules et elle ne parvenait plus à déglutir, s’étouffant dans ses propres sanglots.
Elle aurait voulu lui expliquer que les autres ne comptaient pas. Leur père, leur mère, leurs frères, tous, ils pouvaient rejoindre les Enfers d’où ils étaient nés. Ce qu’elle voulait, c’est qu’à eux deux, ils regarnissent le nom d’une nouvelle beauté, un respect inspiré non pas par la crainte mais par un amour indissoluble. Mais il était trop tard, sa maladresse venait de tout balayer sur son passage, ne laissant que ravages et mauvais présages dans son sillage.
Retrouvant à grand peine ses capacités mentales puis motrices, Satine s’efforça de retrouver un semblant de calme et, les membres flageolants, elle s’avança d’abord à quatre pattes puis se redressa lentement pour retrouver une marche mal assurée. Elle tournait le dos à la lisière, à Eethaniel. Au loin, l’immense cité à la place Rouge célèbre mondialement s’élevait, ténébreuse, inconsciente du mélodrame qui faisait basculer le quotidien d’une petite Sorcière issue d’une famille de dégénérés. Elle devrait vénérer cette cité car elle était son seul espoir de réconfort à cet instant précis. Elle n’y voyait qu’une chose : la mort. Pourquoi n’avait-elle pas emporté sa baguette, elle en aurait eu fini avec son calvaire en si peu de temps, maintenant, il fallait qu’elle fasse le chemin inverse pour la récupérer.
Vacillant et trébuchant, elle s’avança comme une prêtresse embrassant sa destinée, hypnotisée par la haute stature qui venait de briser ses rêves, sa vie entière et qui allait également résoudre tous ses problèmes.
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A NEW BEGINNING
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MessageSujet: Re: (end) Desperate maladies require desperate remedies. Jeu 18 Juin - 15:43



La situation était particulièrement étrange. Si la distance entre eux deux n'étaient pas si grande, celle de leurs esprits était gigantesque. Les rôles s'étaient presque inversés. Lui qui d'habitude parlait peu, Satine faisant le plus gros de la conversation, il avait vidé une bonne partie de son sac. Il aurait pu en dire encore bien plus, quant à son comportement de d'enfant gâtée. Elle l'avait été, il ne lui en avait jamais voulu, lui qui avait pourtant subi tout le contraire. Mais elle pouvait se montrer égoïste, même à son égard. Il avait toujours tout fait pour répondre à ses attentes. Ce n'était pas sa personne qu'il devait remettre en cause, mais bien celle de sa jumelle. Il n'était pas à la hauteur, certes, pas assez suffisant pour combler ses espérances. Mais ces dernières étaient peut-être impossible à relever entièrement. Était-elle trop exigeante ? Sans doute. Lui qui d'habitude se refusait d'avoir de telles pensées, aussi négatives envers elle, le scène qu'il vivait changea totalement la donne. Il n'éprouva aucun remord au procès qu'il était en train de lui faire intérieurement, ne laissant s'échapper que quelques bribes de tout son ressentiment. Pourquoi fallait-il que ça arrive maintenant ? C'était peut-être un tour de sa transformation. Oui, peut-être. Il l'espérait. Le regard dans le vide, il attendait une réponse de sa part. Elle finissait toujours pas répondre. Pourtant, aucun son ne parvint. Il tourna la tête vers elle, la découvrant d'abord à terre, le visage inondé de larmes légèrement noircies par son maquillage qui s'effaçait un peu plus à chaque perle qui s'échappait de ses yeux. Il fronça les sourcils, ne comprenant pas. Elle était si bornée qu'elle ne lui laissait jamais le dernier mot. Pourtant, elle aussi adopta une autre attitude. Elle avait l'air sincèrement l'air bouleversée et malgré tout la rancœur qui habitait Eethaniel, la tristesse de la voir dans un tel état étreignit son coeur avec force. Elle se releva avec difficulté, lui tournant le dos. Alors, elle abandonnait ? Ça ne lui ressemblait tellement pas. Il avait du dire quelque chose qui n'allait pas. Mais elle n'avait pas l'air d'avoir relever quoi que ça soit d'autre, pas même les mots doux qu'il ne pouvait s'empêcher de lui adresser alors qu'ils étaient vraisemblablement en train de se disputer. Une dispute sans pareille. Celle qu'ils avaient vécu en Inde, quelques temps avant sa disparition forcée n'était rien à côté de celle qui se déroulait actuellement. Qui des deux souffrait le plus ? Trop dur à dire. Si elle le montrait par des larmes et une démarche des plus incertaines, lui gardait ça enfouit. Mais dire qu'il n'avait pas mal aurait été présomptueux. Non, s'il avait réduit à néant le coeur de Satine, le sien était comme transpercé par un bout de verre brisé. Jamais il n'aurait cru voir autant de terreur dans ses yeux, alors que c'était lui qu'elle regardait. Elle qui disait l'aimer. Ce n'était plus le cas. Il n'était pas parfait. Mais elle aussi ne l'était pas. Il l'aimait avec ses défauts. Mais pas elle. Il avait suffi d'un obstacle pour qu'elle renonce à tout ça. Un obstacle qui n'en était pas véritablement un, lui voyant toujours ça comme un don généreux du destin, ou comme un cadeau pour renforcer un peu plus le couple qu'il avait toujours formé.. et qu'il aurait toujours du former.

Avait-il le droit de douter des sentiments de sa soeur ? Sans doute pas, et pourtant, c'était ce qu'il était en train de faire. Il serra les mâchoires à cette pensée, maudissant l'univers entier alors qu'il aurait du se maudire lui seul pour tout ce qu'il vivait alors qu'il n'aurait pas du. Elle aurait du comprendre, peut-être pas tout de suite, mais un mois aurait du être suffisant. Ce n'était pas le cas. Il s'était trompé et l'admettre était douloureux. Il était d'autant plus déçu par les propos qu'elle avait tenu. Comment pouvait-elle encore s'inquiéter pour la destinée des Blackhart alors que leur propre avenir était en train de s'écrouler ! Alors qu'il n'était question uniquement d'eux, et en aucun cas de quelqu'un d'autre. Elle aurait du approuver ce qu'il disait.. Elle n'avait pas choisi de vivre avec ce mal qui la rongeait, comme leurs aînés. Comment aurait-elle pu infliger ça à des innocents ? Elle était beaucoup trop utopiste. Il n'aurait pas pu sauver la famille, elle était déjà en train de s'éteindre.. et jamais il n'aurait fait ça. Pas même pour elle. Leur nom de famille était bien trop souillé, tout comme leur sang trop pur.. Ce n'est pas pour autant que leur patronyme disparaitrait des mémoires. Au contraire, il offrait là une possibilité de perpétuer ce nom aux oreilles des prochaines générations, grâce à cette vie éternelle, grâce à ses actes. Il ne voyait pas le sang de vampire comme une honte. Loin de là, c'était peut-être même un privilège, bien plus important que d'être les descendants de plusieurs fous qui n'ont pas accepté de s'ouvrir aux autres races que la leur. Selon elle, il aurait du incarner le changement. Il l'incarnait. Mais d'une autre façon. Une façon qui lui plaisait bien plus. Et tout était si ambigu. Il aurait volontiers voulu lui donner des enfants, mais qu'aurait été cette vie ? Il n'aurait pas fait les mêmes erreurs que ses parents. Mais il n'aurait pas pu faire face à des dégénérés mentaux. Il n'en aurait pas eu le courage. Conscient qu'ils auraient été la plus belle preuve d'amour qu'Eeth aurait pu donner à Satine, lui en avait vu une autre. Il la garderait pour lui, uniquement pour lui. Et lui n'appartiendrait qu'à elle. Ensemble, pour l'éternité. Était-ce si mal que ça ?

La voyant tituber en direction de la ville, sans même lui adresser un regard ou le moindre mot, il quitta son appui, se dirigeant vers elle la rattraper, à grandes enjambées. Il lui saisit la main et se glissa face à elle, l'empêchant de continuer, la faisant s'arrêter. Elle évita son regard, alors que les sillons de ses larmes étaient visibles. Son visage était déformée par une douleur imaginaire, une douleur qu'il lui avait infligé par son acte et sans doute par ses mots, qui n'avait finalement pas apaisé son fardeau. Elle tenta de le contourner mais retint fermement sa main. Il glissa l'autre sous son menton, la forçant à le regarder.

Je veux que tu y réfléchisses, une dernière fois. Fais-le pour moi, s'il te plait. Prends le temps qu'il te faudra.. Je t'attendrais, et qu'importe ta décision. Je serais toujours là. Toutes mes pensées seront tournées vers toi. Mais je t'en prie, réfléchis-y. Et ne fais pas d'âneries que tu pourrais regretter.

Il glissa ses bras autour d'elle, l'enlaçant une dernière fois, sachant qu'il ne la verrait plus avant longtemps, trop longtemps à son goût. Elle lui devait au moins ça. Il posa son menton sur le haut de son front, tentant tant bien que mal de lui transmettre toute la tendresse qu'il éprouvait.

N'oublies pas que tu es la seule que j'aime et que j'aimerais. Quoi que tu décides, assura t-il une dernière fois. Je serais toujours là.

Il finit alors par la lâcher, effaçant les traces de ses pleurs de son index, et déposant rapidement ses lèvres sur les siennes. Il aurait fallu plus pour rattraper ce mois perdu et les semaines sans elle qui s'annonçaient. Mais il s'en contenterait. Il n'avait pas le choix. Il s'écarta du chemin, la fixant une dernière fois, tentant de garder les dernières images d'elle qu'il puisse dans sa mémoire.
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MessageSujet: Re: (end) Desperate maladies require desperate remedies. Jeu 18 Juin - 21:10

La distance qu’elle parcourut avant qu’Eethaniel ne la rattrape n’était pas énorme. La faiblesse étrange de ses jambes était une réelle entrave à son avancée. De plus, l’épaisseur de neige ne facilitait en rien sa marche mal assurée. À plusieurs reprises, les extrémités gantées frôlèrent la surface glacée, la jeune femme éplorée étant à deux doigts de trébucher une nouvelle fois. La sensation était des plus désagréables, comme si ses membres ne supportaient plus son poids qui, pourtant, était assez faible. Elle était mince, même avec un manteau épais sur le dos. Lorsqu’elle ne portait que sa robe de nuit, elle était encore plus chétive. Elle tenait cette morphologie de leur mère, qui avait toujours semblé minuscule lorsqu’elle se tenait à côté du patriarche Blackhart. Lui-même n’était pas réellement grand, il avait une bonne tête de moins qu’Eethaniel – mais Eethaniel était grand, c’était indéniable, il dépassait généralement ses interlocuteurs d’une bonne tête. Satine devait elle-même constamment lever le nez pour pouvoir le regarder droit dans les yeux – mais c’était sa corpulence qui lui donnait cette aura charismatique. La panse proéminente, il marchait toujours bien droit, le visage froid et peu enclin à sourire. Une tare qui était rapidement devenue familiale, se répandant comme un serpent sournois sur les visages de ses tendres chérubins.
Satine n’aimait pas sourire. C’était associé à de la faiblesse dans son esprit. De plus, elle ne voyait pas trop ce qui aurait pu prêter à sourire dans sa vie. La seule chose qui puisse la rendre heureuse était également celle qui la torturait involontairement. Elle n’avait jamais versé autant de larmes que depuis leur départ d’Hogwarts – la vraie, l’unique, celle d’Angleterre. Et puis sourire aurait forcément attiré les ennuis, les rares fois où elle avait voulu exprimer son bonheur, quelque chose s’abattait sur leur famille, comme pour compenser, équilibrer la situation. Il n’y avait qu’à voir le jour où Eethaniel avait pressé pour la première fois les lèvres contre les siennes. Satine se souvenait avoir été particulièrement bouleversée, sans être choquée ; comme si c’était quelque chose qu’elle avait attendu inconsciemment jusqu’à ce que ça se produise effectivement. La douceur de leur premier baiser était ancrée en elle, tout comme la punition injuste qui avait été infligée quelques heures plus tard à son jumeau. Une fois de plus, elle avait assisté, impuissante, au malheur qui se marquait sur la peau de son tendre amant. Elle avait dû détourner les yeux pour ne pas trahir le nouveau sentiment qui avait pris la place de l’ancien. Elle aimait son frère d’un respect et d’une confiance sans limite. Et cet amour fraternel s’était mué en quelques instants à peine en passion dévorante. Depuis ce jour, elle n’avait jamais cessé de l’aimer de tout son être, encore à présent, alors qu’elle mettait en doute l’essence même de leur union, elle savait que l’amour qu’elle lui portait était toujours intact. Qu’il le serait à jamais ; qu’il soit un vampire ou un Sorcier, il restait son éternel amour, son Eethaniel. Sa nouvelle condition n’y changerait rien, même si les apparences étaient toutes autres.

Malgré le gant de peau, censé la protéger du rude climat russe, elle sentit la fraîcheur des doigts d’Eethaniel s’immiscer à travers les fibres et elle s’arrêta net, coupée dans son élan par la haute silhouette qui venait de s’interposer entre elle et sa folie démesurée. Moscou disparaissait derrière ses épaules et elle en était déboussolée, comme si la folie passagère qui l’avait emportée s’était évaporée et qu’elle se réveillait d’un rêve étrange où elle aurait assisté à la scène d’un poste retranché, incapable de se taire, de cesser les battements affolés de son cœur, de ramener la paix sur leurs âmes déchirées.
Elle était folle à lier, bonne à enfermer. Folle de lui. Une nouvelle rafale de larmes roula sur ses joues mais ce n’était plus le même chagrin, il prenait une autre forme qu’elle aurait été incapable de décrire, de qualifier. Elle secoua la tête comme pour chasser le doute de son esprit. Elle avait un objectif, un instant plus tôt, il fallait qu’elle s’y tienne, elle n’avait jamais été plus sûre d’elle qu’à ce moment là. La mort était une bien belle échappatoire, bien que définitive et elle ne l’effrayait même pas. Elle lui chantait au contraire une douce berceuse pour l’attirer dans ses filets ; là où la douleur s’estomperait… non, là où elle s’évaporerait, ne laissant qu’un profond soulagement, un bien-être sans commune mesure pour apaiser l’esprit tourmenté d’une jeune femme aux gènes dégénérés, avec un lourd passé pesant sur ses frêles épaules. Un poids mort qu’elle et Eethaniel n’auraient pas dû colporter partout où ils allaient.
Il fallait qu’elle rejoigne Moscou, lui assurait une voix pressante, chuchotant à son oreille. Ou bien était-ce le vent ? Elle aurait été bien incapable de le dire. Eethaniel l’entendait-il ? Peu probable.
Satine amorça un mouvement vain pour contourner la haute silhouette qui faisait obstacle à sa bien triste destinée. Il la retint fermement par la main et elle abandonna presque aussitôt. Elle n’était pas faite pour se battre. Pas contre lui.
La main libre d’Eethaniel glissa sous son menton et elle ne résista pas longtemps à la pression qu’il exerça pour qu’elle lève les yeux vers lui. Avec le ciel gris en arrière-plan, il était lumineux, les pupilles de Satine se rétractèrent, dissimulant la lueur d’amour infini qui y brillait.

« Je veux que tu y réfléchisses, une dernière fois. »

Réfléchir à quoi ? Son cerveau lançait un appel désespéré qui n’atteindrait jamais ses lèvres. Il y avait eu une déconnection à mi-chemin entre l’esprit de la jeune Blackhart et sa bouche fine et gercée. Il fallait qu’elle le fasse pour lui, il serait là, il l’attendrait et respecterait sa décision. Pourquoi ne voyait-il pas qu’elle ne serait peut-être jamais capable de prendre cette décision ? Elle était retranchée dans une terreur indissoluble, elle était bien trop faible pour décider quoi que ce soit. Mais peut-être que c’était là tout l’enjeu. Peut-être que son amour était mis à l’épreuve, Dieu devait forcément veiller sur les Blackhart et il devait estimer qu’elle avait bénéficié d’un tel amour bien trop jeune, sans avoir à se battre. Était-ce une épreuve pour lui garantir le repos éternel de l’âme, ainsi confortablement installée entre les bras de celui qu’elle considérait comme sa vie ?

« Et ne fais pas d’âneries que tu pourrais regretter. »

Un sanglot étrangla Satine, honteuse qu’il ait pu imaginer ou deviner ce qui pouvait bien traverser l’esprit tourmenté de sa jumelle. Il n’était pas exigent, tout ce qu’il désirait, c’était un minimum de réflexion de sa part. Était-ce faisable ? Oui, ça l’était. Elle avait beau être guidée par des instincts primaux, elle pouvait encore faire fonctionner sa cervelle, aussi capricieuse et égoïste était-elle.
Il l’enlaça et elle aurait souhaité pouvoir ordonner à ses membres d’en faire autant, rattraper sa bêtise qui allait apparemment lui coûter une nouvelle volée de semaines sans lui. Quelle idiote elle pouvait faire ! Qu’est-ce qu’elle n’aurait pas donné pour pouvoir lire en lui, savoir ce qui lui traversait l’esprit alors qu’il pressait son menton glacial contre le front de la jeune Emeraude.

« N’oublie pas que tu es la seule que j’aime et que j’aimerai. Quoi que tu décides. Je serai toujours là. »

Elle renifla doucement et resta immobile lorsqu’il la lâcha. Elle sentit ses doigts glacés mais d’une douceur infinie, caresser sa joue, effaçant les vestiges de son désespoir comme il était le seul à pouvoir le faire et lorsqu’elle leva les yeux pour lui jeter un regard implorant, ce fut pour découvrir qu’il se penchait et déposait un baiser furtif et trop léger sur ses lèvres douloureuses. Elle aurait voulu avoir la force de passer ses bras autour de sa nuque, se suspendre à son cou et l’embrasser en retour pour lui prouver combien elle l’aimait, elle aussi, malgré les apparences et son piètre comportement. S’il doutait d’elle, elle aurait voulu tout effacer. Si son amour s’amenuisait à cause de ses réactions puériles et effrayées, elle aurait voulu les arroser de baisers pour le faire renaître.
Mais peut-être que tout cela était vain. Peut-être que le destin disait stop à la consanguinité et à l’amour interdit, peut-être le destin cherchait-il tout simplement à les éloigner.
Le regard voilé et affaibli, elle fixa l’uniforme émeraude de son jumeau tandis qu’il s’écartait du chemin pour la laisser poursuivre son retour vers la ville russe, où la vie avait poursuivi son cours, inconsciente du drame familial qui se produisait à quelques centaines de mètres de là.
Lentement, elle se remit en marche sans un regard en arrière, de peur de ne voir en cette silhouette qui s’éloignait, un mauvais présage de l’avenir.


THE END
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MessageSujet: Re: (end) Desperate maladies require desperate remedies.

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(end) Desperate maladies require desperate remedies.

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